Samedi 4 juillet 2009

Annonce

 « Superbe loft de 140 m2. Suite parentale à Los Angeles, 3 chambres à Londres. Cuisine à deux pas des Halles de Paris. Salle de bains avec vue sur le Mont Blanc. Jardin privatif à Tahiti. Terrasse surplombant Central Park. »
— On va le visiter, chérie ?
— D’accord. Téléportons-nous !

André Samie

 

 

 

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Vendredi 3 juillet 2009

Résultat

 

    « Au coup de sifflet final, le Brésil l’emporte de justesse sur la Russie. Un match qui aura tenu ses promesses jusqu’au bout. Le score : 2 524 632 morts à 2 593 546 après achèvement des blessés. »

    Ministère mondial des sports et de la démographie.

 

André Samie

 

 

 

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Jeudi 2 juillet 2009

Une vie de rêve

 

Manger. Boire. Dormir. Nos maîtres veillent à chacun de nos besoins. Nous n’avons qu’à ronronner quand ils nous caressent. Quelle vie de patachon ! Je me demande bien comment les hommes vivaient avant l’arrivée des Aliens ?

André Samie

 

 

 

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Samedi 27 juin 2009

Pied qui croyait prendre


Azarian



L’Escarcelle, une taverne dénuée de charme, aurait dû faire l’affaire pour mon premier rendez-vous avec lui. J’avais entendu dire qu’il était respecté dans le milieu, ce qui en soi n’est pas gage de sécurité. D’ailleurs avec un nom pareil, on se demandait bien dans quels genres de magouilles pouvait tremper le larron. J’en avais entendu des surnoms stupides, mais celui-là, c’était le pompon : Chaussette. De quoi vous faire une belle jambe ! Si je puis dire.

Donc, j’attendais au comptoir, tripotant nerveusement les ficelles de mon col, une cervoise m’aurait bien occupée, mais l’aubergiste semblait coincé avec un vieux poivrot lui tenant la chique (avec le recul c’était du chiqué). Pour me distraire, j’ai gambergé sur cette histoire de surnom. Chausse-trappe, aurait pu dériver en chaussette, non, trop tarabiscoté. Dans le milieu certains utilisaient les chaussettes pour planquer la drogue ou comme fronde mais le gaillard n’était ni un revendeur de rêves, ni un bagarreur. J’allais abandonner quand une odeur fétide de vieille meule avancée m’imprégna les narines. Le bonhomme était là, me tendant une main douteuse dans laquelle il s’était probablement mouché. Ma foi, je pensais bien avoir élucidé son sobriquet.

— Chausset’ pour t’servir, lâcha-t-il en postillonnant copieusement. T’as la camelote gamin ?

Je désignais un paquet posée contre le mur, recouvert de frusques et bien ficelé.

— Ca m’a p’us l’air d’une port’ qu’un tableau ton colis. débita-t-il en m’assenant son haleine putride.

— C’est bien le but, rétorquais-je en évitant de respirer.

— Hé t’es un p‘tit futé toi, s’amusa-t-il en m’envoyant une claque derrière l’épaule. Va don’ nous dégoter une tabl’, j’nous trouve d’quoi se rincer le palais.

Le terme « rincer » convenait parfaitement à la cervoise digne d’une eau de lessive.  Bien que désireux d’échapper aux effluves de mon vis-à-vis, je tentai de vérifier mon hypothèse sur le sobriquet du bonhomme.

— Ah, ça jeunot, ça remonte à loin. Du temps où j’donnais encore dans «la voltige ». Mont’ en l’air, com’ toi petit. J’avais pris le coup d’ toujours ôter mes guiboles avant un barbotage : plus discret. Mais ce jour-là, l’bourgeois que je venais délester était un vicelard. Vla t’y pas qui l’avait fricoté une plaque de glu juste devant son coffre fort. De nuit j’ai vu qu’du feu. J’sentais bin q’ca m’collait la patte, mais j’ai pensé qu’l’ménage laissait à désirer. Mais plus ça allait plus ça collait ! Et j’ai fini par comprendre. J’sais pas si c’était une glu de sorcier, mais bougre nom ! ça collait bien. Et pour m’carapater, j’ai dû laisser mes chaussettes.

— Ridicule comme piège, répondis-je. Si vous aviez eu des chaussures, vous filiez tout pareil.

— C’est là qu’tu trompes le môme. La combine c’tait pas de coincer le tire-laine, mais d’ garder ses bottes. Car figure-toi qu’dans c’te bourgade, y’a que sept cordonniers en tout et pour tout. Et y’sont tous à même de reconnaître leur boulot. T’penses bin qu’ l’ client revient régulièrement. Comprends ‘ty l’astuce ? Si t’as les galoches, t’as le bonhomme. Sauf que pour les chaussettes ! c’est une aut’ paire de manches, gloussa-t-il. Allez ! à une prochaine, lança-t-il en s’en allant le tableau sous le bras.

Quant à moi ma bourse ayant retrouvé un poids raisonnable, je me dirigeais vers l’aubergiste. Et commençait à lui conter l’histoire de Chaussette. Sur quoi, celui-ci parti d’un grand éclat de rire.

— Te fatigue pas, je la connais la ritournelle à Chaussette. T’aurais bien dû me demander avant gamin, maintenant c’est trop tard.

— Comment ça ? questionnai-je inquiet.

— Si on l’appelle Chaussette ce vieux briscard c’est parce qu’il n’a pas son pareil pour repérer les pieds tendres. Il te les réchauffe et les fait marcher. Allez, explique moi, c’était quoi votre marché ? minauda le tavernier en se penchant pour la confidence.

Loin d’être un habitué de l’Escarcelle, je rechignai à m’épandre sur mes affaires. Pourtant, j’étais ferré et je finis par parler du tableau volé et en donner une description, dont le nom du peintre. A la fin l’aubergiste s’exclama :

— T’aurais pu en tirer trois fois ça mon gars !


 * * *


— Et voilà comment je me suis fait rouler par Chaussette.

— J’imagine que si t’es là à moisir avec moi, c’est que t’as essayé de retrouver la Chaussette et de lui arranger le portrait, supputa mon compagnon de cellule.

— J’en ai pas eu l’occasion. J’ai appris un peu trop tard qu’on surnommait l’aubergiste la Balance. Mais je me doute bien que Chaussette devait le savoir. Il doit être loin à l’heure qu’il est. Tu vois il avait bien tricoter son coup.  

— T’as pourtant l’air de pas avoir le moral dans les chaussettes, railla mon collègue.

— Eh bien j’imagine la tête de ce vieux roublard quand il essayera de revendre le tableau. Et ça me console.

Devant l’air interrogateur de l’autre, je continuai :

— Mon surnom, moi, c’est l’Artiste.


En savoir plus...  : 

On peut trouver Azarian sur le forum littéraire (SFFF) des Songes du Crépuscule,

et on peut trouver  cette histoire et d'autres sur son blog : Au Chaos d'Azarian,

ou encore passer par la  fiche auteur d'Azarian .

 

 

Par Macada - Publié dans : Nouvelles (litt. gen.)
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Mardi 23 juin 2009


Avril

Paroles et voix : Silane
Musique : Olivier Sébastien



Avril a dans son sang qui coule,
La joie, elle rit à la lune
Son effroi, tendresse sans fin, sans fin,
Elle qui est lumière d’un été,
Chanson des grillons, volonté,
Fleurs et amours chantonnées, chantonnées.
Dévoile son sourire charmant,
Elle qui enfin n’est plus enfant
Elle est le droit même d’être libre, d’être libre.
Quand son corps danse, tourbillonne,
Et qu’elle est douceur, volupté,
Elle est Magie de la Terre, de notre Terre.

 Refrain :
Elle est fille d’Ève, Elle est fille d’Ève,
Et recherche de son chant
Son véritable amant.
Elle est fille d’Ève,
Elle est fille d’Ève,
Et elle cherche la voie, sa voie

Avril a dans ses yeux la lumière,
Elle a quitté les flammes de l’Enfer
Pour rejoindre son père le Ciel, le Ciel.
Dans cet univers de bonheur,
Elle sera là, femme éternelle
Ailes d’argent, d’or solaire, or solaire
Avril s’est donnée au Vent.
Il était son galant, amant.
La fille d’Ève est devenue mère, devenue Mer.
Elle a continué à danser,
Elle est maintenant mariée,
Elle est Magie de l’Univers, l’Univers.





Petite histoire : Silane n'avait pas encore 15 ans quand Olivier Sébastien lui a proposé de mettre des textes et une voix sur sa musique.  Vous pouvez  trouver d'autres réalisations de ces deux complices, ICI.
La fiche auteur de Silane est 
ICI

Par Macada - Publié dans : Poésies et chansons
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Jeudi 18 juin 2009

Gramoun


Marie-Catherine Daniel



Elle sort doucement, la bouteille de dessous la pile de grenouillettes aux couleurs tendres. Lentement, elle dévisse le bouchon puis hume avec délices le vieux rhum si désiré. Elle a tout prévu : dans le bonnet de layette blanche du baptême, repose le petit verre délicat offert par la Chinoise de la boutique le jour où elle lui a annoncé l’heureux événement. Tranquillement, elle verse l’alcool. En buvant, son regard se perd loin, là-bas vers la mer. Le soleil du bonheur vient de toucher l’horizon. Elle sourit : que la liberté est chère mais qu’elle est belle !

Le deuxième verre est encore plus doux. Elle a presque envie de pleurer mais... non !, le temps des larmes, même de joie, est terminé. Terminé.


 

On frappe à la porte. Elle se fige.

« Police, ouvrez Madame, nous savons que vous êtes là ! »

Le verre se brise en éclats de sang du couchant. Stéphanie aimerait faire de même mais Gramoun ricane dans sa tête et l’en empêche.


***


L’enfant est né coiffé : « un bon signe »  a plaisanté la sage-femme, qui a crû nécessaire d’ajouter que cela porte chance. Sauf que sous la « coiffe », les cheveux étaient maillés et là, la sage-femme n’a rien dit.

Les premiers jours, Stéphanie a soigneusement lavé la tête du nourrisson avec le shampoing spécial prescrit par le médecin. Elle lui a donné le sein des heures durant sans se décourager du peu de lait qui en coulait. Elle a supporté les cris du bébé et quand, enfin, ils se sont apaisés, elle a cru que son amour de mère avait triomphé du mauvais sort. Elle a accepté, alors, de passer au biberon. Puis, comme les cheveux de la fontanelle restaient maillés malgré ses soins, elle a consulté la tisaneuse. Trois jours plus tard, les boucles libérées de leur gangue, le bébé apprenait à sourire. Stéphanie est allée remercier Saint-Expédit et tout sourire, elle a préparé le baptême.


 

Mais quand le vieux curé a eu un malaise juste au moment où il oignait l’enfant, que celui-ci a poussé un cri si puissant qu’on aurait dit celui d’un coq en train de brûler vif, Stéphanie a su que l’enfer ne faisait que commencer.


 

Pendant des jours et des nuits, elle a essayé de redonner le sein au nourrisson malgré les cris de sa mère qui la traitait de folle car le lait ne venait pas. La colère du bébé remplissait la maison de jour et de nuit, soutenue par les biberons de la mère qui menaçait Stéphanie de l’assistance sociale si celle-ci ne la laissait pas faire.

Elles sont allées voir le curé qui leur a conseillé patience et prières et s’est extasié de la ressemblance entre le garçon et Stéphanie. Elles ont fait le tour des églises et surtout des autels dédiés à Saint-Expédit. Dans les bus qui les menaient à Saint-Philippe, Saint-Benoît, Plaine des Palmistes, Saint-Gilles, des chuchotements effrayés et, une ou deux fois, des signes de croix entr’aperçus du coin de l’œil, les accompagnaient. La hargne de l’enfant, pourtant revêtu de sa robe de baptême, était si ardente quand les présences sacrées l’enveloppaient, que Stéphanie et sa mère attendaient d’être seules avec lui pour pénétrer dans l’église ou s’approcher de l’oratoire.

Stéphanie, épuisée, de ces longues nuits sans sommeil a fini par aller voir le médecin qui lui a prescrit des somnifères. Pour soulager un peu sa mère qui refusait d’en prendre aussi, elle a trouvé l’astuce du bain. Trempé longtemps dans l’eau refroidie au frigo pour cet usage, le nourrisson finissait par s’engourdir et dormait quelques heures.

Mais il est tombé malade et bien sûr, la mère a insisté pour que Stéphanie l’emmène chez le docteur. Celui-ci a trouvé le bébé adorable et bien éveillé quoiqu’un peu chétif. Son rhume n’était affaire que de quelques jours, de fortifiant et de mouche-bébé. Pour calmer les pleurs, il a proposé de doubler la dose de lait maternisé, a donné une pommade pour les gencives et rappelé à Stéphanie de bien prendre ses somnifères et de ne pas oublier de s’occuper un peu d’elle.

Elle a suivi les conseils. Tout le temps du rhume, le mouche-bébé a extirpé tant et tant d’infection que le petit corps se détendait de jour en jour. Et de nouveau, un doux sourire est venu de temps à autre éclairer ses yeux clairs. Stéphanie a laissé sa mère doubler la dose du biberon. Pour la première fois, le nourrisson, a dormi une nuit complète. La jeune femme  a fêté l’événement en allant chez le coiffeur.


 

Mais le rhume s’est trop vite arrêté de couler. Stéphanie a eu beau injecter et réinjecter de l’eau salée dans les narines, la saleté ne pouvait plus être atteinte. A commencé alors, une période de cauchemars : l’enfant s’est remis à hurler, partout sur son corps en commençant par les ailes du nez, sont apparues des plaques d’un eczéma purulent. Une flambée foudroyante de l’infection balayait les quelques barrières érigées par les prières et les soins : la vilenie suintait de partout. Stéphanie a repris les bains froids y ajoutant de la teinture d’aloès à dose de plus en plus forte. Chaque aube et chaque crépuscule, elle s’est prosternée, les genoux sur une règle de bois, devant la Vierge et Son Enfant. De jour en jour, de nuit en nuit, les jérémiades et les cris de sa mère lui sont devenus de plus en plus insupportables. La mégère la traitait de tous les noms, l’accusant de ne savoir rien faire, de tout mal faire, d’être souillée elle aussi, exigeant qu’elle retourne voir le curé ou « quelqu’un d’autre ».

Quand les premières dents sont sorties, c’étaient les canines !

Stéphanie est allée voir le sorcier.


 

Celui-ci l’a scruté longuement, lui intimant d’un geste de ne pas parler. Elle n’a pas pu soutenir longtemps les yeux flamboyants et sa tête s’est abaissée.

« Il y a un arbre dans ta cour, a annoncé lugubrement le mage. Et qu’y avait-il dans cet arbre ? »

Stéphanie a brusquement tout compris : Paul et elle étaient assis sous le manguier de la cour quand Paul lui a annoncé son départ pour la métropole; elle a senti son sang se retirer de tout son corps. A ce moment-là, pour nier la douleur, elle a donné à Paul les traits de Gramoun. L’invocation de son grand-père et grand-oncle tout à la fois a réussi : son amour pour Paul a immédiatement disparu et elle a regardé l’homme partir avec un sourire méprisant. Dans son ventre, l’enfant a pris le poids d’un pilon.


 

La cérémonie a eu lieu à minuit à la pleine lune suivante. Le sorcier, déjà bien imbibé de rhum, est arrivé vers 11 heures, suivi de son assistant portant le cabri et un grand sac de sport plein à craquer. Stéphanie, une heure plus tard, était trop saoule pour qu’autre chose que des scènes grimaçantes lui tiennent lieu de souvenirs : un sabot de bouc ensanglanté qu’elle glisse sous la tête de lit ; la face déformée du mage, les lèvres collées aux siennes pour lui déverser dans la bouche un alcool aux relents de vomi ; elle, faisant la même chose à l’enfant qui hurle, s’étrangle, et se tait enfin ; l’assistant impassible, qui tapote doucement le djembé lancinant.


 

Mais l’eczéma s’est à peine calmé et ce sont les molaires qui ont percé. Il fallait attendre le RMI du mois suivant pour retourner voir le sorcier.

Alors, Stéphanie, puisque l’enfant avait des dents, a arrêté le lait et l’a mis aux légumes. Elle a jeûné aussi et interdit à sa mère de stocker ou de consommer tout produit animal à l’intérieur de la maison.

Le bébé a maigri et le Mal qui se cachait sous la chair rose est apparu : le pus teintait le corps entier d’un jaune maladif, le ventre est devenu un bubon dur aux veines saillantes, mais ce que la  mère n’a pas pu supporter c’est de voir révéler le faciès de Gramoun à mesure que fondaient les joues rougies par l’eczéma.


 

Stéphanie n’a pas eu de larmes à offrir à sa mère. Elle ne voulait même pas insister auprès du curé qui refusait de mener l’enterrement mais la sœur de son père a pris les choses en main. Il n’y a pas eu de veillée, ce qui a permis à Stéphanie de ne pas montrer sa honte au grand jour. Au cimetière, elle a raconté aux voisins venus scruter son désespoir, qu’une amie s‘occupait du bébé pendant quelques jours. Même sa tante n’a pas franchi le seuil de la maison.


 

La nuit qui a suivi l’enterrement, Stéphanie a donné un biberon additionné de rhum à Gramoun. Il a ricané, plein de joie mauvaise, fêtant sa victoire en se vautrant dans le lit de sa fille morte de sa réincarnation.

Quand il s’est endormi le sourire aux lèvres, Stéphanie s’est glissée dans l’obscurité jusqu’à la maison du sorcier.

Elle lui a offert sa jeunesse et a obtenu l’ultime rite d’exorcisme.


 

Gramoun dormait toujours quand elle a glissé le lacet autour de sa tête et la petite croix de buis mouillée d’eau bénite a scintillé d’un éclat rouge en touchant la poitrine cacochyme mais cela ne l’a pas réveillé.

Gramoun dormait toujours quand Stéphanie s’est glissée avec lui dans la nuit sombre et bruissante.

Gramoun dormait toujours quand sa petite fille l’a jeté dans la ravine. Un coup de vent et de pluie a étouffé le bruit de sa chute en enfer.


 

***


 

Mais le sorcier n’est pas aussi puissant que Gramoun. Ou peut-être la jeunesse de Stéphanie était trop entamée pour être suffisante ?

Les policiers sont là et, dans les bras de l’un d’eux, Gramoun gazouille comme un bébé.

Stéphanie réalise alors ce qu’Ils doivent penser. Des larmes de soulagement embuent ses yeux. Non ! Le sorcier est puissant ! Son calvaire est terminé et celui de Gramoun va commencer. Pour lui l’assistance sociale et, pour elle, la liberté d’être… même si c’est en prison.


 

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Dimanche 14 juin 2009
Centre du monde…


Centre du monde, moi ?

Meuh non… vous plaisantez…

Je ne suis rien.

Ou peut-être un pivot…

Un repère, un fanal à la flamme tremblante

Qui permettrait, parfois,

A votre humanité

De se repérer mieux…

Et c’est modestement

Que j’avance cela.

Mais,

Centre du monde moi ?

Ce ne sont pas les quelques qualités,

Remarquables sans doute,

Que je crois posséder

Qui peuvent justifier…

Non,

Centre du monde, moi ?

Enfin, si vous voulez,

Et vraiment ça me gêne…

Mais si vous insistez…



Alpéro

En savoir plus ... : Alpéro .
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Mercredi 10 juin 2009
Dis papa, dis maman, c’est quoi vivre ?

Michel Vanstaen



    Elle pose le livre sur la table de chevet, le prix machin chose, elle ne sait plus très bien, mais elle se doit de le lire. Que montrer aux collègues de travail si ce n’est son intérêt pour la culture. Elle remonte le drap, se pose le masque sur les yeux, ferme la lumière et s’enfonce doucement dans le lit.

    Il pose le cognac sur la table, s’allume une dernière cigarette et se laisse dériver au fil de ses pensées. La journée s’est  bien passée. Les contrats en prévision ont tous été honorés. Le président lui a même souri subrepticement au détour d’un couloir. L’avenir s’annonce lumineux.

     Un bref passage à la salle de bain et il la retrouve déjà endormie. Il se blottit contre son corps et laisse ses lumières intérieures s’éteindre l’une après l’autre.

     ELLE et  LUI.

 

***

 

    Bertrand repousse du pied le caillou qui lui meurtrit la cheville, remet le carton en place et vérifie que la couverture protège au mieux Clarisse. Avec tous ses trous, tu parles d’une protection, mais ils n’ont que celle là. Heureusement, ce soir, le vent n’est pas de la partie. La pluie, ils ont appris à s’en fiche, abrités sous un porche parmi tant d’autres.

    Clarisse bouge dans son sommeil en émettant des bruits bizarres. Cela ressemble à des ronflements, mais salement rouillés. Pourvu qu’elle ne se chope pas quelque chose, c’est toujours la galère pour se faire soigner.

    Il se cale sur le côté et laisse le temps prendre possession de ses rêves.

    A ces moments là, il pense toujours à Clarisse. Elle a la chance, sans doute la dernière, de s’endormir à peine allongée. Lui attend souvent longtemps, utilisant ces longs instants à chercher le moyen de s’en sortir. Ce ne sont pas les hypothèses qui lui manquent. Les moyens de leur donner vie, il ne le sait que trop bien, sont tellement illusoires.

    Il ferme de nouveau les yeux et se laisse bercer par les gémissements de sa femme.

    CLARISSE et BERTRAND.

 

***

 

    Le réveil sonne toujours trop tôt pour lui. D’une main endormie, il trouve la bête maléfique et l’éteint d’un geste maladroit. Sept heures du matin, ce n’est pas une heure pour des gens comme eux. Ah, les délices des grasses matinées bien au chaud ! Mais aujourd’hui, le quotidien les attend.

    Elle s’est éveillée également, se glisse hors du lit et se dirige vers la salle de bain. C’est à lui de préparer le petit déjeuner, pas assez rapide !

 

***

 

    Le bruit de la circulation tire Clarisse de ces mauvais rêves. Bertrand ronfle à poings fermés. On dirait une locomotive des temps passés. Rien que la pensée d’avant lui fout le bourdon. Elle se secoue comme un animal trempé et se décide à le laisser dormir. Encore quelques minutes de bienheureuse inconscience, il ne les a pas volées.

 

***

    Un bisou vite fait et elle se dirige vers le parking. Lui préfère le métro. C’est vrai que travailler en plein centre ville... Enfin, on ne peut pas tout avoir ! Il resserre le col de son manteau, il ne fait pas chaud ce matin. Elle prend la route de la zone industrielle. Elle aime cette voiture, le chauffage est ultra rapide. Elle a horreur d’avoir froid au volant.

    Il attend quelques minutes que la rame sorte de l’ombre.

    Elle attend quelques minutes pour sortir de la ligne des feux rouges.

 

***

 

    Ils se dirigent vers l’avenue. Clarisse a tapé deux cigarettes à des lycéens en partance. Le temps est couvert et s’est bien rafraîchi. Ils resserrent leurs vieux anoraks. C’est plus symbolique qu’autre chose. Bertrand marche de son pas saccadé, un vieux problème de genou mal soigné. Comme d’habitude, le regard des gens est un mélange de fuite et de curiosité. Au début, cela les a fait rire, puis sourire. Ensuite est venue la haine. Pourquoi ? Qu’ont-ils donc de différent ? Ils respirent, ils mangent (de temps en temps), ils pissent, ils défèquent, comme tout le monde, comme le premier regard du matin, comme tous ces gens qu’ils croisent. Bon dieu, ce n’est pas vrai ! C’est çà qu’on appelle la justice sociale ?

    Ils arrivent devant le bistrot. Le patron les a pris en sympathie et leur offre le café du matin, souvent le seul de la journée.

    Une goutte d’eau dans un océan de vide.

 

***

 

    La pause de midi est son moment préféré. Du qu’en dira t on jusqu’aux discussions métaphysiques, elle se sent dans son élément. Rien ne lui échappe, ni les facéties des uns, ni les certitudes des autres. Ce qu’elle adore par-dessus tout, ce qui la fait vraiment vibrer, la publicité. Vanter les mérites de ceci, énumérer les avantages de cela, le rêve profondément ancré de ressembler à toutes ses postures, de ne faire qu’une avec cet amalgame de choix, de vies, de libertés. Elle se sent comme guidée, c’est tellement facile, tellement reposant.

    Lui n’a pas trop l’impression d’être en pause. Même au self, on parle boulot, mais il aime çà. La journée se doit d’être un long enchevêtrement de décisions, de coups de téléphone, de réunions. C’est comme cela que l’on avancera, que la société fera des bénéfices, et qu’il pourra embrasser au plus près sa carrière.

    Elle arrange son maquillage et se retrouve assise à son bureau.

    Il se regarde un instant dans la glace de l’entrée.

 

***

    Ils ont fait la manche toute la matinée, dans le froid et le mépris, tout juste de quoi se payer deux sandwiches. C’est assis sur le bord de la fontaine qu’a lieu le repas. Cela fait longtemps qu’ils ne s’occupent plus de savoir si l’eau est potable ou non. La pluie ne tombe toujours pas, mais c’est imminent. Une cigarette qui a vécu plus d’une vie de mégot leur insuffle un peu de chaleur. Bertrand observe Clarisse à la dérobée. Qu’est-elle devenue ? Que sont-ils devenus ? Elle était belle, mais tant de rudesse sont passés au-delà  de ces yeux que c’en était un autre temps. Quel chemin tortueux  les a menés là ? Et s’il était parti avant, s’il l’avait quittée alors que tout était encore normal, elle aurait pris un autre chemin, elle y serait arrivée, il en est sûr. Mais cette pensée lui déchire les tripes. L’abandonner pour qu’elle ne le devienne pas. Car ils le sont, avec ou sans étiquette. Il lui prend doucement la main. Elle a compris.

    Ils reprennent le chemin de la rue.

 

***

    La journée s’achève pour lui. Le temps de saluer ses collaborateurs et il se retrouve dans la grisaille humaine qui arpente les trottoirs. Il ne s’y intéresse pas, se dirige vers la bouche de métro.

    Elle se retrouve dans le cocon feutré de sa voiture, pensant au millier de choses à faire avant de rentrer. Elle sait très bien qu’elle n’en fera qu’une infime partie, mais cela remplit l’espace.

 

***

    L’après-midi a été salué par une pluie discontinue. Ils se sont protégés comme ils ont pu, tantôt dans une entrée d’immeuble, le plus souvent le long des murs. Le ciel se dégage en ce début de soirée. C’est le moment de demander quelques pièces. Mais les passants sont bien trop conditionnés à passer. La moisson est maigre. 

 

***

    Ce  matin, la douleur lui perfore le bas ventre. Un univers à elle seule, avec ses vagues, ses replis, son insistance. Le docteur a essayé de l’amadouer avec le mot magique : stress. Un peu de repos et tout rentrera dans l’ordre. Mais elle ne l’entend pas ainsi et le lui fait savoir de toute sa violence refoulée. Cela fait une semaine qu’il est en arrêt, ce qui ne l’empêche pas de téléphoner au bureau. Pas question de se laisser déconnecter !

    Elle a quitté la maison comme tous les jours, mais avec un passager clandestin. La peur a pris possession de ses entrailles. Si elle ne s’imposait qu’aux toilettes, cela pourrait aller. Mais elle a élu domicile dans les méandres de son ventre, se cachant, se déjouant de ses tentatives naïves. Hier soir, solitaire dans la salle de bain, elle a pleuré. Enfin, quelque chose de sérieux. La peur a momentanément reculé, la laissant profiter de la chaleur de son mari. Mais aujourd’hui, retour à la case départ.

 

***

    Clarisse a les mains froides. Pas de la température ambiante qui, ce matin, leur fout la paix. Toute la nuit, Bertrand a respiré bizarrement, comme si un intrus avait squatté sa gorge. Elle ne sait comment l’exprimer, un raclement, une brûlure, un truc pas  normal. Il a beaucoup bougé dans son sommeil, se réveillant pour se rendormir aussitôt. Elle a du le déplacer pour que sa tête ne heurte pas le trottoir à chaque quinte de toux. Evidemment, c’est le moment qu’a choisi le carton pour se déchirer. Une nuit de merde ! Avec autre chose en prime, une inquiétude en sourdine. Mais pas le temps de s’en occuper, elle a décidé d’aller au centre médical. Tant pis si la queue dure toute la journée, cela fait maintenant assez longtemps que Bertrand se trimballe cette saloperie.

    Ses yeux s’ouvrent et embrassent l’espace de ceux de sa femme.

 

***

    Elle arpente la salle d’attente à l’écart des autres, n’a aucune envie de parler. Elle se mord la langue trop souvent, comme si cela pouvait ralentir les battements de son cœur. Depuis combien de temps est-il entré ? Une demi-heure, un monde ? Elle s’en fout, se concentrant sur sa démarche tremblante. Pas question de s’arrêter, la peur en profiterait pour la harceler à nouveau. Elle a découvert récemment l’existence d’un vide à l’intérieur de sa tête, à moins que ce ne soit son corps, elle ne sait pas très bien. Mais elle ne veut pas tomber. Jamais, jamais ! Le pressentiment de devoir y poser des mots la terrorise et la rassure. Mais pour l’instant, elle attend, elle attend, elle attend.

    L’horizon apporte soudain son écume de blancheur. Ce ne sont que des infirmiers. Elle se précipite, mais aucun ne s’est occupé de lui. Ils lui conseillent d’attendre. Elle connaît.

    Son regard appréhende les alentours. La blancheur de l’hospital, la couleur de la pureté pour mieux faire la nique aux armadas de microbes, de virus. Mais ce sont les images de la merde et de l’urine qui s’imposent. Elle a envie de fuir. Mais par où, tout semble se terminer dans un cocon de blanc putréfié. Sa respiration se fait haletante. Il faut se reprendre. Elle pense très fort à lui, se fait mal, a l’impression que son crâne vient de retrouver sa soupape de sécurité, et s’aperçoit que sa cheville a heurté un radiateur. Tout le monde la regarde. Merde !

 

***

    Pas simple de s’y retrouver dans ce marécage de formulaires. Clarisse n’y comprend rien. Clarisse en a marre. Clarisse est venu pour que l’on soigne Bertrand.

Une infirmière essaie de l’aider, mais elle a l’air tout aussi paumée. Elle s’excuse, précisant qu’elle est intérimaire, qu’elle s’y connaît en piqûres et compagnie, mais que la paperasse, ce n’est pas son fort. Elle va se renseigner, promis. Clarisse n’a qu’à l’attendre là. Là, en l’occurrence, est un mélange de salle de classe dépoussiérée, d’arrière cours après la pluie, et de ce que l’on voudra du moment que çà arrête de puer.

    Ils sont arrivés tôt ce matin, ce qui leur a permis de rentrer assez vite, mais pas assez. Il a fallu attendre leur tour. Attendre ! Qu’est-ce qu’ils font tout au long des jours, apeurés quand la nuit devient somnambule et menace de les dévorer. Attendre, toujours et encore ! Avec dans le regard des gens cette pitié qui cache la peur, ce mépris qui cache la peur, ce rejet qui cache la peur, cette peur pas fichue de se voir en face. Attendre !!! Mais rien ne vient. Noyés dans un amalgame d’immeubles, de rues, de porches, d’abris précaires, ils n’ont même plus droit à l’horizon. Alors, l’attente, tu parles ! Cependant, elle s’assied dans un coin, les genoux repliés sur la poitrine. L’idée de dormir lui effleure les yeux, mais pas maintenant, alors que Bertrand est quelque part, si près et déjà bien trop loin.

 

***

    Mort ! Le mot est resté coincé dans sa gorge. Ce qu’il implique, bloqué dans les méandres de sa compréhension. D’autres mots essaient de s’agripper à elle. Tout est devenu opaque. Elle ressent les mains de sa mère qui effleure ses cheveux, la douceur de l’épaule de son père quand l’agilité des larmes la dépasse. Son enfance la tire en arrière tel un aimant. Elle voudrait revenir, faire le chemin en sens inverse, dégurgiter le temps. Mais elle transpire de plein fouet l’illusion, la fuite éperdue. Elle sent une main sur son bras. L’espoir fou ! Elle ouvre les yeux en grand. C’est le docteur, l’annonceur de la mort :

    –– Vous voulez un verre d’eau ?

    « Pour te l’envoyer en pleine gueule ! » Aussitôt, elle a honte de sa pensée. Mais pourquoi lui a t-il dit çà ? Pourquoi veut-il tout casser ? Ce n’est pas vrai. Non ! Non ! Non ! Elle ne veut pas. Qu’on lui rende LUI. Tout de suite ! Maintenant ! Mais un étau la maintient face à la réalité, la broie comme un vieux rêve inutilisé. Ses mains se posent sur ses joues. Plus jamais les siennes. Le monde se comprime encore un peu plus. Alentour, rien n’a bougé. Comme si ! Elle comprend que c’est encore une vacherie, qu’on essaie de lui faire croire. Mais en même temps, les mots font leur chemin, s’imprime en contretemps de la réalité. Cependant, le rythme est lancé, la musique se berce au sérail d’un vide qu’elle n’ose pas encore regarder. Elle se dégage de l’étreinte de tous ces gens, blancs comme la mort. Ses pas sont timides, incertains, renouvelés à chaque fois. Soudain, la folle étreinte du soleil l’enveloppe de vertiges. Elle n’en a cure. Elle avance.

    ELLE ! 

 

***

    Clarisse regarde l’eau couler de la fontaine. Le débit a changé, plus grave, chargé d’une masse de plomb. Assise sur le bord, ses mains courent sur la pierre, à la recherche de… Ses pleurs ont écrasés le silence, écartelé le peu qu’il lui reste, le rien qu’il lui reste. Les gens passent comme avant, vagues déridées d’un autre temps, pourtant si proche. Tout semble en retrait, décalé, refoulé. Les odeurs ont changées, se sont inversées, ont repris les chemins d’avant. Clarisse s’écroule une fois de plus.

    La saloperie a eu raison de Bertrand. C’est l’infirmière qui lui a annoncé, maladroite, tragique. L’intérim de la mort n’est pas non plus sa vocation. Elle a encaissé la voix serrée, comme à chaque insulte, chaque repli de son existence. Elle est partie sans un cri, ce qu’elle ressent est ailleurs, là où les choses sont cassées à jamais, là où la douleur se couche sur sa peau, se répand dans le moindre interstice de sa respiration. Clarisse n’est devenue que Clarisse.

    Elle se lève, se dirige au hasard.

    CLARISSE !

 

***

    Les deux femmes marchent sur le même trottoir. Elles se croisent, ne le savent pas. Une pluie de nuages s’agrippe aux angles cassés des toits. La nuit soigne son entrée sur deux visages cicatrisés de larmes.

    La ville, de nouveau, ferme ses portes.

 

 

En savoir plus ...Michel Vanstaen .

Par Macada - Publié dans : Nouvelles (litt. gen.)
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Samedi 6 juin 2009
Elle vient le matin

Sébastien Ayreault


J’étais réveillé mais encore au lit, je relisais pour la énième fois « Objectif Lune » quand on a sonné à la porte. J’ai sursauté et regardé mon réveil. 8 heures à peine. De l’autre côté de la cloison, ma mère a demandé à mon père :
- On n’est pas dimanche?
 Mais mon père n’a pas eu le temps de répondre,
Tout juste le temps de tousser.
 La sonnerie a de nouveau retenti, plus dure, puis une grosse voix s’est faite entendre, puis des poings contre la porte, biens lourds, et la maison entière a semblé d’un coup basculer dans une obscurité froide. J’ai balancé Hergé par dessus bord, éteint ma lampe, et me suis planqué sous la couette. Dans un éclair j’ai vu une caboche pleine de sang, les yeux grand ouvert, rouler sur la chaussée : Prendre la fuite. Le plus vite possible. Pieds nus traverser l’épouvante et sortir de ce monde saignant, de ce monde hurlant, cognant, frappant à tout rompre. Même la nuit, même aux heures du silence, le monde vous gueule dans la tête. Entre les murs de la tête. Il dégueule le monde, nuit et jour, il vous attaque dans votre sommeil, vous étrangle, vous met la tronche en bouillie, y’a pas de raison, pas de saisons, t’y passeras toi aussi, un dimanche matin ou plus tard, on te découpera la bouche, les tripes, les boyaux…

Et puis, et puis j’ai entendu ma mère grogner un truc à propos des témoins de Java. Les témoins de Java étaient des types qui parfois sonnaient aux portes des gens, on ne pouvait pas dire qu’ils étaient méchants, non, mais c’était de sacrés emmerdeurs, ça oui! On ne savait pas trop d’où ils venaient, on ne savait pas trop où ils allaient, et enfin de compte, on ne savait pas non plus très bien qui était Java. Ou peut-être Jéhovah. Va savoir…

- J’ai l’impression qu’c’est Alain, a dit mon père.
- Ton frère? Mais qu’est-ce qui lui prend? Il est tombé du lit?
- J’arrive, a gueulé mon père, j’m’habille.
- Ferme la porte, a dit ma mère.

La tête décapitée gisait dans le fossé. Je me voyais dans mon pyjama vert, pieds nus, en larmes, tout près de cette tête.
Si tu cours, t’es mort. 

Mon père a ouvert la porte : c’était bien Alain. Et rien à voir avec les témoins de Java de ma mère.
J’ai tendu l’oreille.
- J’espère qu’t’as un tuyau sérieux pour le tiercé ! a dit mon père, un rien rigolard.
- C’est pas pour le tiercé, Antoine.
 La voix de mon oncle était terrifiante,
 Toute dans les basses.
- Antoine est mort, il a dit.

 

 

En savoir plus...  : 

Ce texte est aussi publié  dans le numéro 41 de la revue  La Page Blanche  (une fort bonne adresse de lecture en ligne...).

La fiche auteur de Sébastien se trouve : 
ici.

Par Macada - Publié dans : Textes courts
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Samedi 30 mai 2009

Attention : Virus


Joëlle Brethes



Ier juin 2065.

   Lydie profitait d’un long congé dans son domespace de repos quand le phénomène avait débuté. Discrètement. Insidieusement. Juste une petite plage circulaire autour de l’ombilic. Une ombre à peine visible qui, peu à peu, s’intensifiait au centre tandis que le pourtour s’élargissait. C’est Paul, son compagnon, qui s’en était aperçu le premier :

   — C’est quoi, ça ? Tu te fais coloriser, maintenant ? Je croyais que tu avais ces nouvelles techniques en horreur !

   Elle s’était examinée, s’était étonnée puis inquiétée. Depuis lors, chaque matin, elle mesurait la progression de la tache. Un ami médecin, à qui elle avait demandé conseil avait haussé les épaules, se voulant rassurant, mais il avait aussitôt contacté ses confrères de l’Institut interstellaire.

   Il s’était vite avéré que Lydie n’était pas un cas unique. Une cinquantaine d’autres spationautes avait développé l’inquiétant syndrome.

   Uniquement des femmes.

   L’une des malades, suivie depuis l’apparition du mal et isolée dans un complexe médical sous haute surveillance militaire en était à son 83ème jour d’observation. Seuls son visage et l’extrémité de ses membres étaient exempts de la curieuse pigmentation. Son nez, en revanche s’était épaté et aplati, ses yeux s'étaient étrécis et ses orteils ainsi que ses doigts avaient presque doublé de volume.

   Qu’était-il donc arrivé à ces jeunes femmes ?

   Pouvait-on envisager un remède à ce mal indolore mais angoissant ? D’autant plus angoissant que les organes internes des malades réagissaient de façon étrange : une curieuse mutation débutait, puis stoppait de façon incompréhensible avant d'amorcer un retour à la normale.

   Mais la métamorphose pouvait reprendre à n’importe quel moment.

   Et s’achever.

   De quelle façon ?


 

   — Il faut absolument cerner l’agent contaminateur ! tonna, ce matin-là, le Major Berthier. Il y a bien, entre ces femmes, un point commun qui explique cette fâcheuse contagion. La rumeur commence à circuler dans les milieux scientifiques et on a enregistré une baisse sensible de recrutement féminin ces dernières semaines.

   Un point commun ! c’est évidemment ce qui avait été tenté ! Âge, taille poids, antécédents médicaux, domiciles, affectations successives... Les données s’additionnaient dans le gros ordinateur de la base spatiale européenne de Francfort mais rien n’en était encore sorti. Qu’elles fussent d’origine européenne, asiatique ou africaine, grandes ou petites, chrétiennes, musulmanes ou athées, mariées ou non, homo ou hétérosexuelles, toutes celles qui attrapaient la maladie devenaient progressivement vertes, s’épataient du nez, se rétrécissaient des globes oculaires et devenaient impossibles à chausser et à ganter.

   Leur parcours professionnel avait été sensiblement identique. La rotation planifiée et suivie scrupuleusement par l’ensemble des personnels volants conduisait en effet tous les spationautes des deux sexes, sans exception, sur les différentes stations spatiales : Mir, Lux, AumhO, Paihrsy. Tous ces jeunes gens avaient en outre fréquenté les plates-formes de leurs homologues Martiens et Vénusiens.

   Une pudeur idiote, la crainte, surtout, d’un conflit diplomatique (ou pire) avec les extraterrestres récemment admis dans la confédération avait empêché un dialogue franc sur le problème. Il allait pourtant falloir s’y résoudre.

   Une réunion des différentes parties fut donc organisée au palais parisien de l’UNESCO.

   Le Major s’éclaircit la gorge. Il adapta son traducteur instantané dans son oreille droite et fit signe à ses collègues de l’imiter. Puis, après moult précautions oratoires et plusieurs couplets amphigouriques sur les bienfaits de la récente coopération entre les trois peuples, il exposa les faits aux dignes représentants martiens et vénusiens dûment protégés par leurs masques et combinaisons thermiques respectifs. Ceux-ci écoutèrent en silence et sans surprise apparente le discours du militaire puis, s’étant juste consultés du regard, ils quittèrent pesamment la pièce.

   — Et voilà ! explosa le docteur Khlone, responsable des recherches éco-ethno-bioterrestres. Nous les avons choqués. C’est la rupture ! Vous savez pourtant bien que ces gens-là sont en avance sur nous ! Ils n’auraient qu’à lever le petit doigt pour transformer la Terre en un désert de ruines ou de sable et de cendre. Parfaitement ! Comme ils l’ont fait sur la lune avec nos ancêtres. Ça les arrangerait : ils pourraient s’installer à notre place après avoir occis jusqu’au dernier d’entre nous. C’était pas malin de leur donner un prétexte ! Pas malin du tout ! Je vous avais pourtant prévenus.

   Très décontenancée, la délégation s’éparpilla, la peur au ventre.

   — De toute façon, glapissait le généticien Shutox en longeant le couloir à longues enjambées, c’est à eux que nous devons cette maladie, quel qu’en soit le vecteur : les malades sont verts comme les Martiens et ont le faciès et les membres des Vénusiens.

   Personne ne répondit mais tous soupirèrent. C’était bien évidemment un phénomène qui n’avait échappé à aucun d’entre eux.

   Le soir même, la plus ancienne des malades mourut. Ses poumons et son cœur avaient proprement et simplement implosé.

   La terrifiante nouvelle se propagea aussitôt et le Terrien lambda, stupéfait et consterné, apprit à la fois l’existence de la maladie et le caractère fatal de son issue.

   Les manifestations de colère éclatèrent parmi les civils, et la panique s'accrut chez les spationautes du monde entier. Même les hommes frissonnèrent bien qu’aucun cas n’eût été recensé dans leurs rangs et qu'il fût admis que la mal était exclusivement féminin.


 

   Le mois suivant, quatre nouvelles malades décédèrent, et une demi-douzaine de nouveaux cas se déclarèrent. On enregistra un grand nombre de démissions dans les centres spatiaux. Que faire ? Fallait-il fermer les infrastructures et abandonner tous les projets d’exploration et d’exploitation extraterrestres ?

   Après avoir été fêtés, invités, adulés, les spationautes étaient fuis comme des pestiférés : pouvait-on être sûr que la maladie, circonscrite provisoirement dans leur milieu, ne se révélerait pas contagieuse à longue échéance pour les civils ?

   Après avoir été respectés et interrogés avec intérêt, les Martiens et leurs confrères Vénusiens étaient eux aussi mis à l’index : porteurs sains du « virus du 3ème millénaire », c’étaient, à n’en pas douter, les anges de la mort...

   Bref, la situation devenait invivable.


 

   Cette conjoncture inconfortable durait depuis plusieurs semaines quand, de façon assez mystérieuse, l’épidémie cessa. Les contaminés achevèrent de mourir, bien sûr, mais aucun nouveau cas ne fut déclaré. On en fit grande publicité, les primes d’engagement furent multipliées par dix, et les recrutements reprirent donc. Timidement d’abord, puis de façon plus hardie.


 

   Ce 4 décembre 2065, dixième anniversaire du premier pas humain sur Mars, Max Friedman, le président de la confédération européenne demanda à visiter les locaux du Centre principal d’entraînement des spationautes, à Moscou. Ce n’était pourtant ni l’excellence des structures du centre ni l’efficacité de l’entraînement dispensé aux spationautes qui avaient motivé cette demande. Non ! si Friedman avait ainsi insisté, c’est que son propre fils, Bruce, y avait été admis neuf semaines plus tôt pour y suivre l’entraînement réglementaire.

   Shutox et Khlone qui présidaient la visite se rengorgeaient devant l’admiration respectueuse manifestée par celui qui dirigeait presque 10 milliards d’êtres humains...

   Après avoir été véhiculée dans des kilomètres de couloir et s’être fait admettre dans une vingtaine d’unités d’entraînement, la délégation arriva devant une vaste porte qui n’autorisait le passage qu’aux personnels munis de cartes spéciales. La cabine de visite ralentit et marqua un léger temps d’arrêt avant de se remettre en marche.

   — Mais... Protesta Friedman, nous n’entrons pas ?

   — Désolé, Monsieur le Président, fit Khlone, mais l’admission est strictement contrôlée.

   — Je suis le Président, tout de même ! répliqua Friedman avec bonhomie.

   Après avoir opposé un nouveau refus aussi aimable que ferme, et reçu en retour une exhortation aussi polie que menaçante, Khlone et Shutox durent se résoudre à obtempérer.

   La salle était très grande. Son pourtour était équipé d’une cinquantaine de petits boxes étanches aux cloisons transparentes. La totalité de ces boxes était occupée par des jeune gens endormis allongés sur une table de verre. Un appareillage compliqué obstruait les bouches, les narines et les oreilles. Une console centrale enregistrait des données... Friedman fronça les sourcils, perplexe : les jeunes gens, quel que soit leur sexe étaient entièrement nus.

   — Simulation de l’atmosphère des stations orbitales de Mars ou de Vénus, fit sobrement Shutox. Tous les spationautes passent dans ces boxes avant chaque mission.

   Il se lança dans des explications que le président écouta avec beaucoup d’attention.

   — Je comprends, mais faut-il vraiment qu’ils soient nus ? fit remarquer Friedman. Ce n’est pas que je sois particulièrement pudique, mais...

   Il s’interrompit. L’une des deux formes, derrière la console venait de se lever et se dirigeait dans leur direction. Un extraterrestre. Il pénétra dans le box devant lequel le petit groupe devisait et s’affaira près d’une jeune femme endormie.

   — Ils sont vraiment laids, ces Martiens, chuchota Friedman.

   — Ce Martien-là est une Martienne, fit simplement Shutox ; la couleur de sa peau tire sur le bleu et ses yeux sont d’or. Les Martiens sont plus franchement verts et leurs yeux sont rubis.

   — Une Martienne, en effet, confirma Khlone. Bizarre !

   Les deux scientifiques se jetèrent un regard perplexe. Suivant une obscure coutume intergalactique appliquée par Mars et Vénus, seuls les hommes travaillaient dans les centres spatiaux terrestres. Les femmes n’étaient admises que dans la diplomatie et le commerce. Que signifiait, par conséquent, la présence de ces Martiennes à Moscou ?

   — À force de se faire brocarder pour leur sexisme, avança Khlone, ils ont apparemment fini par changer leurs habitudes.

   — Eh bien moi !… je me demande...

   Shutox fit claquer ses doigts et fonça vers la sortie.

   — Qu’est-ce qui lui prend ? gronda Friedman interloqué.

   Khlone eut un geste d’ignorance. Quelques minutes plus tard, il invita son hôte à retourner dans le grand hall d’accueil où une collation attendait les visiteurs.


 

   Shutox fut impossible à joindre pendant tout le trimestre suivant. Puis il convoqua son collègue et les responsables des différents centres. Il prétendait avoir résolu le mystère de l’épidémie qui avait causé la mort d’une soixantaine de jolies jeunes femmes, toutes promises à un bel avenir inter-stellaire... Il annonçait du jamais vu, de l’incroyable, de l’horrible.


 

   Il y eut des remous tout le temps qu’il s’exprima ; des « oh ! » des « ah ! » de surprise ; des « C’est scandaleux ! » pleins de colère ; des « Pourquoi ne sont ils pas là pour répondre de leurs actes ? »...


 

   Le lendemain, malgré l’appel à la discrétion de Shutox (après tout, les extraterrestres, même s’ils n’avaient pas battu leur coulpe en public, avaient au moins pris la situation en mains et s’étaient montrés efficaces !) la presse se déchaîna :

   « Centres spatiaux très spéciaux » titrait le Galacticus holographique international qui poursuivait impitoyablement : « Les Martiennes et Vénusiennes récemment nommées aux postes de leurs lubriques compagnons résisteront-elles au charme de nos spationautes ? »


 

   Non, évidemment !


 

   Quelques jours plus tard, au bord de sa luxueuse piscine, le président Friedman, atterré, fit remarquer à son fils Bruce qu'un halo bleuâtre entourait son ombilic...

 

FIN

 



En savoir plus...  : 

Attention : virus a obtenu le 3ème prix du concours de nouvelles Infini en 2006.
La fiche auteur de Joëlle  se trouve : 
ici

Par Macada - Publié dans : Nouvelles (SFFF)
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