Lundi 12 mai 2008



Nano et Rana


Marie-Catherine Daniel


Nano pleure. Il pleure à se fendre le cœur. Rana en a assez. Elle plante ses crocs dans la cuisse de son frère…qui hurle de plus belle ! Alors Rana se dresse et saisit Nano par la truffe. Doucement mais aussi fermement que Maman, elle force le louveteau à se coucher sur le dos. Nano se tait enfin. Sa sœur n’est pas aussi rassurante que les adultes mais si elle croit qu’elle peut les remplacer, il veut bien essayer.
« J’ai faim, gémit-il !
— Tu ne sais pas chasser, gronde Rana, méprisante.
— Toi non plus, répond Nano, vexé.
— Alors il faut trouver les parents !
— C’est impossible glapit Nano, dont l’angoisse revient. Ils sont partis pour toujours. Et si on sort, on mourra aussi ! »
La colère de Rana explose. Elle saute à la gorge de son frère. Cette fois-ci, Nano le sent, c’est pour de vrai ! Alors, sans réfléchir, il creuse frénétiquement un tunnel dans la substance blanche qui bouche l’entrée et s’élance dehors.
Dehors, le monde est lumineux. Blanc, noir, bleu, plein d’odeurs. Il embaume de fraîcheur, de saveurs délicates et passionnantes. Nano stoppe net, stupéfait. Le monde d’Hiver n’est pas comme celui d’Automne. Cependant, il n’a rien d’effrayant.
Rana le rejoint. Elle rit.
« Je t’ai fait peur, hein ? Et maintenant, on est dehors et tout va bien. »

Les louveteaux sont seuls depuis trois jours. Papa et Maman sont partis chasser mais, avant qu’ils ne reviennent, un cataclysme s’est déclenché. Une tempête de neige vient d’anéantir le monde qu’il connaissait. Le nouveau monde est beau mais Papa et Maman en font-ils partie ?

Pour l’instant, les louveteaux ont oublié leurs problèmes. Ils jouent à mordre la neige, à y creuser des trous, à se rouler dedans. C’est très amusant et ça étanche la soif.
Ils découvrent peu à peu des choses familières. Sous la neige, il y a l’herbe et la terre aux senteurs atténuées mais bien présentes. Ils reconnaissent malgré ses plaques de fourrure immaculée, le gros rocher où Papa aime à se prélasser. Et les arbres sont toujours là, même s’ils ont perdu toutes leurs feuilles mordorées.
Rana est la première à retrouver son calme. Elle hume longuement les fumets de la forêt. Nano lui mordille la mâchoire inférieure. Comme aucune odeur de loup adulte ne pénètre la truffe délicate, la soeur soulage une fois de plus son inquiétude en grondant après le frère. Le louveteau s’assoit sagement et attend.
Rana se décide : ils chercheront les parents le long du ruisseau. Comme ça, ils ne se perdront pas.
Elle démarre en jappant « Suis-moi ! ».

Ils n’ont pas couru cinq cent pas que le premier danger survient. C’est un renard. Nano et Rana en ont déjà vu un à la fin de l’été. Maman a eu vite fait de le chasser. Mais Maman n’est pas là et le fauve est bien plus gros que celui de la dernière fois. Surtout, il fait face. Nano en fait pipi de peur. Il se jette sur le dos, la queue repliée sur le ventre. Rana, elle, se hérisse. Ainsi, elle est plus grosse que son ennemi. Celui-ci sait que son expérience du combat est certainement suffisante pour compenser la différence de poids. Cependant, la détermination de la petite louve finit par le convaincre que sa faim n’est pas encore assez grande pour le vérifier. Il s’éloigne nonchalamment.
Nano a honte de son attitude. Pourtant Rana  ne grogne pas. Au contraire, elle lui lèche la face et lui explique :
« Ne te soumets qu’à un loup. Aucun autre ennemi ne t’accordera grâce. Tu dois fuir ou te défendre. Fais exactement comme moi et à nous deux, nous serons forts comme Papa. »
Nano, rasséréné, promet.

Plus loin, c’est lui qui découvre un oiseau mort. Il ne l’a pas senti parce qu’il est gelé mais un rayon de soleil a fait scintiller une plume bleue sous un buisson. Nano se jette sur la proie, son ventre tordu de désir. Il l’a déjà dans sa gueule quand brusquement il la recrache. La viande est pour Rana. Cela est juste même si la saveur sur sa langue lui fait dégouliner la bave jusqu’au menton. Et même s’il ne sait pas très bien pourquoi. Il appelle sa sœur. Qui engloutit l’oiseau en trois bouchées. Nano a préféré ne pas regarder. Et c’est comme ça, qu’il a vu un autre oiseau. Et encore un autre. Et encore un autre. Une bande de passereaux migrateurs s’est fait surprendre par l’hiver trop précoce. Ils sont morts de froid. Mais leur mort, c’est la vie pour Rana et Nano qui se régalent.
Ils reprennent la route, le ventre plein et le sourire au coin des babines.

Ils trottent longtemps. Nano imagine qu’il est Papa et sa fatigue recule. Il pense tellement au grand loup que ses pattes s’allongent, que sa queue se redresse, que son odeur se met à flotter autour de lui.
Son odeur ?
« Rana, aboie Nano, j’ai senti Papa ! »
L’odeur du loup bientôt doublée de celle de la louve s’enfonce dans la forêt. Puis un lourd et inquiétant fumet fait se hérisser les louveteaux du museau à la queue. En même temps, le vent leur apporte des bruits de colère. Ils se précipitent.

Au fond d’une combe, un monstre gigantesque accule Papa et Maman à l’entrée d’une grotte. D’énormes pattes, aux griffes interminables, essaient d’arracher leur tête. Les loups esquivent, cherchent à se glisser sous les battoirs enragés. Soudain Maman hurle de rage et de douleur : une griffe vient d’écorcher son crâne. Alors Rana déboule dans la combe et d’un seul élan saute à la nuque du monstre. Instinctivement, Nano dévale la pente à son tour et bondit. Hélas, l’ignoble bête s’est retournée et s’est dressée. C’est sur sa poitrine, entre les griffes impitoyables que le louveteau atterrit. Il se voit perdu ! Mais les adultes s’agrippent déjà cruellement à l’arrière-train et la bête retombe sur ses pattes. Son ventre frôle le museau de Nano... qui mord de toutes ses forces et relâche immédiatement. Il recommence. La troisième fois, ses mâchoires claquent dans le vide. La Bête vient de s’avouer vaincue : elle fuit.
Le louveteau la regarde disparaître derrière la crête de la combe. Il n’arrive pas à croire que c’est fini. Il en a encore la mâchoire qui pend. Quand il s’en rend compte et qu’il voit Papa trotter vers lui, il se sent tout bête et ferme vite la gueule. Mais le rire du grand loup n’a rien de moqueur. Bien au contraire, il est plein de remerciements et d’admiration.
Papa en un tour de langue lui nettoie le museau et lui exprime combien il l’aime.

Puis, s’asseyant bien droit, le chef de meute pointe sa truffe vers le ciel :
« Nano, Rana, à vous l’honneur ! »
Les louveteaux en tremblent de fierté. Pour la première fois, ce sont eux qui entonnent le Chant du Clan :
« HOUOUOUOUOUOUOUOUOUOU ! »



 

Petite histoire : "Nano et Rana" a été publiée dans le webzine  Plume à la main #4 de GabrielleTrompeLaMort en septembre 2007


Elle est aussi parue dans l'Antre-Lire (le site) en novembre 2007

 

par Macada publié dans : Histoires (enfant, jeunesse)
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Jeudi 8 mai 2008

 Dieu !... Que les
murs sont froids tout au long des impasses

Où n’arrive jamais le
sourire du soleil.

Des silhouettes
brumeuses, incertaines, y passent et repassent,

Sorties du fond de mes
nuits sans sommeil.



Mais les yeux, derrière
les fenêtres,

Traversent les rideaux et
percent les secrets.

Les sinistres corbeaux
peuvent poster leurs lettres,

Les cris de la misère
n’atteignent pas les fées.



Des larmes de sang,
parfois, aux pointes des couteaux.

Des larmes de givre,
aussi, posées sur les berceaux.

Des pieds nus sur l’asphalte et des manteaux troués.


Dieu !... Que les murs sont froids au fond de ces ruelles.



Dans ces espaces gris,
même les cœurs se gèlent.


Dieu !...Mais
pourquoi : Dieu ? Puisqu’il n’est jamais là…


Janine Laval (poème et illustration)


Petite histoire : Janine est l'une des habitants de l'Antre-Lire. Ce texte y est "à paraître" mais d'autres s'y trouvent déjà...

Vous pouvez aussi aller admirer ses compositions visuelles ou poétique dans son Bric à Brac.



par Macada publié dans : Poésies et chansons
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Mercredi 7 mai 2008

Dautenbon

Le blog de Sandrine Brossel


C’est arrivé après le débat sur les terrains de basket dans le blog de D_K. Sandrine avait apporté des oranges pour la mi-temps. Comme j’avais encore sur l’estomac un 1er mai Tchernobylé (honte à moi, je ne retrouve plus la référence), j’avais mis la mienne de côté histoire de ne pas mélanger les genres.

Mais je ne l’avais pas rangée, cette orange - oh, non ! pas question de l’oublier - je l’avais laissée sur l’écran. Dans le coin en haut à gauche, hors de portée de ma souris (sa laisse est très courte... Oui, elle est encore en laisse, et alors ? On voit que vous ne la connaissez pas !)

(Enfin bon, en tout cas) C’est comme ça, qu’hier matin, en guise de petit-déjeuner, j’ai mordu dans le fruit délicieux.

Et qu’arrive-t-il quand une jeune fille - ou tout comme - croque dans un fruit délicieux ?

Voilà, c’est exactement ce qui s’est passé : je suis tombée.

Tombée en amour pour le palimpseste du pays Palimpseste de Sandrine. Tout un monde fabuleux en construction avec :

Un carnet de voyage pour s’y perdre ;


une Lisons à la silhouette de frite qui cultive les mots ; une girafe qui cueille des fraises ; une histoire de lorgnette ; des goûts et des couleurs ; et plein de considérations diverses et rigolotes ...



Ça s’appelle Dautenbon, la feuille de choux toujours fraîche et on tombe dedans quand on n’est pas si petit que ça.


Merci Sandrine de nous apporter tes oranges !

par Macada publié dans : Coups de coeur
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Dimanche 4 mai 2008


Elle s'écrit


Audrey Jordan




Lundi


Elle était belle ma solitude. Sombre et légère. Elle n’appartenait qu’à moi, je n’appartenais qu’à elle. Et je connaissais ce sentiment de puissance…


— Vous désirez autre chose ?

Anaïs releva la tête, agacée. Un serveur se tenait devant elle, affichant un sourire qui se voulait avenant.

— Un autre café, s’il vous plaît.

L’homme acquiesça et regagna le bar. Voilà ! Elle avait perdu sa phrase ! Une demi-heure qu’elle écrivait frénétiquement sur son carnet, ce qui avait au moins le mérite d’intriguer fortement son voisin, et l’irruption d’un serveur au mauvais moment avait interrompu le fil de ses pensées. Et Dieu sait qu’il était fragile ces derniers mois ! Elle avait vu cette annonce sur le net pour un fanzine. Le thème, c’était la solitude. Elle avait bien pensé, au début, envoyer quelques vieux poèmes car sur le sujet, elle en avait écrit plusieurs ; mais elle s’était finalement dit que c’était une bonne occasion pour exercer à nouveau sa plume. Deux ans qu’elle n’avait pas proposé de nouvelles à un magazine, il était plus que temps de s’y remettre. Voilà donc comment elle s’était retrouvée attablée, seule, dans ce café. Il était dans sa rue et pourtant, c’était la première fois qu’elle y mettait les pieds.

    Trois ans, maintenant, qu’elle s’était installée dans ce quartier. Elle avait vécu en autiste. Elle ne savait rien de ses voisins, simples bonjours polis échangés le matin sur le palier. L’épicerie du coin était son seul paradis, elle avait investi cet endroit qui embaumait les odeurs de son enfance, pour seule sortie quotidienne. Bien sûr, c’était plus cher que dans les supermarchés mais elle n’aimait pas la foule, elle avait l’impression d’étouffer. Marc s’occupait chaque semaine, du « gros », il s’arrêtait à la grande surface la plus proche et arrivait à la maison les bras chargés de courses tel son sauveur. Il n’oubliait jamais sa cartouche de cigarettes achetée sur le chemin du retour. Grâce à lui, elle pouvait continuer à s’enfumer les poumons sans jamais dépasser la place Beaumont qui clôturait sa rue. Et si, aujourd’hui elle s’était décidée à agrandir son univers, ce n’était pas qu’elle souffrait de cette maladie humaine que l’on nomme l’ennui. Elle avait été poussée dehors par ces maudits travaux engagés dans l’appartement en dessous de chez elle. Une semaine que ce vacarme permanent l’empêchait d’écrire. Enervée, elle avait quitté son domicile en claquant la porte, emportant son carnet sans idée précise. Elle avait d’abord pensé à aller au parc mais l’idée de prendre le bus qui, à cette heure de pointe, devait être bondé, l’avait arrêtée. Elle avait repéré ce petit café caché derrière un salon de coiffure, presque vide. C’était parfait. Ici, elle trouverait le calme auquel elle aspirait. Elle s’y était installée et avait commandé un café.

    Une tasse se posa comme par magie sous son nez. Anaïs sursauta :

— Merci, murmura-t-elle machinalement sans relever la tête.

Il fallait qu’elle fasse une pause, elle commençait à avoir mal à la tête. Trop de choses bourdonnaient dans son esprit. Des personnages, des actions, des paroles, comme un essaim d’abeilles. Elle but son café rapidement et s’alluma une cigarette. Son regard se posa sur la baie vitrée. Dehors, il commençait à pleuvoir. Elle regarda sa montre, il fallait aller chercher les petits à l’école. Elle rangea ses affaires, se dirigea vers le comptoir pour payer et sortit dans la rue.

 


Mardi


    Marc était malade. Il avait la grippe comme pratiquement tout le monde, en cette saison. Anaïs regardait la liste de courses accrochée sur le frigo depuis un bout de temps, maintenant. Elle ouvrit la porte : une bouteille de lait et une plaque de beurre. Rien à faire, il était toujours désespérément vide. Elle se mit à rire. Bien sûr, elle était stupide. Il n’allait pas se remplir tout seul ! Elle décrocha le papier d’un geste énergique et prit ses clefs de voiture. C’était ridicule ! De quoi avait-elle si peur ? Aller dans un supermarché, ce n’était pas si terrible ! On était en semaine, en pleine journée, il n’y aurait personne aux caisses, elle aurait bouclé l’affaire en une demi-heure…

    La route était déserte, elle mit à peine dix minutes pour se rendre au centre commercial. Elle se gara loin des autres voitures. Elle n’avait jamais réussi à faire un créneau correct et préférait que la place voisine soit libre. Anaïs contempla le monstre aux enseignes lumineuses. Il ressemblait à un hôpital. Seules ces pancartes publicitaires rappelaient son appartenance au monde commercial. Un grand bâtiment blanc qui déployait ses galeries marchandes comme des tentacules. Un énorme poulpe informe. Cette dernière réflexion déclencha chez elle un rire clair et fort. Un vieil homme qui  passait à côté de la voiture s’arrêta pour la dévisager avant de continuer son chemin. Elle rougit. Sans doute l’avait-il prise pour une folle ? Elle ouvrit la portière et descendit.

    Elle parcourait les rayons, fiévreuse, son pull lui collant au corps. C’était beaucoup trop grand et il faisait beaucoup trop chaud. Elle n’arrivait pas à trouver les articles inscrits sur cette maudite liste. Voilà une heure qu’elle tournait en rond, essayant d’appréhender l’agencement du magasin, en vain. Pour elle, il n’avait aucune logique. Elle s’arrêta un moment devant les yaourts pour profiter un peu de la fraîcheur et reprendre ses esprits. Ce n’était tout de même pas sorcier ! Tout le monde faisait ses courses, il fallait qu’elle se calme, elle n’était pas plus stupide qu’une autre…

— Vous allez bien, madame ?

Un homme d’une trentaine d’années se tenait devant elle, son nom était épinglé sur sa chemise : Nicolas.

— Oui, oui, ça va. Merci. C’est juste qu’il fait une chaleur horrible dans ce magasin !

— Je vous suggère de vous arrêter au Coin café sur votre droite afin de vous désaltérer. Bonne journée, madame.

Anaïs le regarda s’éloigner, ahurie. Un café dans un supermarché ? En voilà une idée bizarre ! Il y avait donc des gens assez fous pour aimer faire leurs courses au point d’y passer leurs journées ? En tout cas, elle, elle avait eu sa dose. La prochaine fois, elle penserait à se faire livrer.   

    Elle retrouva la sortie tant bien que mal, se rendant compte arrivée à la caisse qu’elle avait pris trois packs de yaourts et oublié le shampoing. Epuisée, elle n’eut pas le courage de revenir en arrière. Elle passa à la caisse rapidement et jeta pêle-mêle ses courses dans le coffre, pressée de quitter au plus vite cet enfer.

    Elle était rentrée chez elle et regardait la télévision lorsque la sonnette retentit. Elle se leva en râlant pour aller ouvrir. C’était sa voisine.

— Je me suis permise de ramener Lucas et Alice comme vous étiez en retard…

Elle avait oublié ses enfants à l’école ! Comment avait-elle pu oublier une chose pareille ?

— Je suis confuse, bafouilla-t-elle, effondrée.

La femme lui lança un regard inquisiteur et poussa vers leur mère deux enfants en larmes. Anaïs s’écarta pour les laisser entrer.

— Je suis vraiment désolée. Mon mari et moi, nous avons la grippe et nous nous sommes endormis. Je vous remercie.

— Y a pas de quoi, répondit-elle froidement, bonne soirée.

Une fois la porte fermée, Anaïs fit face à ses enfants.

— Maman est désolée…

Mais elle assista impuissante à la fuite de sa fille qui gagna sa chambre en courant. Que devait-elle faire ? La suivre pour la consoler ?

— Maman ? Je peux regarder la télé ?

— Oui, bien sûr mon chéri.

Son fils se précipita sur la télécommande et s’empressa de lui tourner le dos, captivé par un dessin animé.

    


Mercredi


Marc était mort dans la nuit. Une attaque. C’était à peine compréhensible. Hier encore, il allait bien, un peu grippé comme tout le monde mais rien de grave. Et puis, ce matin, elle l’avait trouvé inerte dans le lit, dans leur lit. Elle n’avait rien entendu, rien pu faire. Comment allait-elle annoncer cela aux enfants quand ils sortiraient de l’école ? Heureusement, sa mère devait arriver d’un moment à l’autre. Elle tournait en rond dans l’appartement, désoeuvrée. Comment se comporte une femme qui vient de perdre son mari, son dernier refuge contre la vie ?

Elle se laissa tomber, lasse, sur un fauteuil. Attendre. Elle allait attendre. Peut-être que le temps reviendrait en arrière. Peut-être qu’il s’était trompé de roue et qu’elle se réveillerait auprès de son époux, sa respiration serait paisible. Elle pourrait suivre les battements de son cœur en les collant aux siens. Une seule et même personne, sa force et sa fragilité à elle réunies à chaque coup. 


Je l’aimais. A ma manière, mais je l’aimais. Il était mon soutien, l’épaule sur laquelle pleurer. Il était mon rire, ma chair, mon corps. C’est pour lui que j’étais femme, pour lui que j’étais mère. Je ne suis plus rien désormais. Le peu de flamme qui me restait s’est éteint dans les larmes que j’ai versées. Une rage sourde hurle en moi mais mon corps reste inerte. Je ne peux que donner cette apparence d’indifférence. La douleur anesthésie les sens. Ils pourront me croire cruelle, sans cœur. Que savent-ils de l’Amour qui déchire mes entrailles ? Il faudrait que je me donne en spectacle, que je hurle, que je frappe, pour que mes sentiments soient plus forts ? Je l’aimais, je l’aime encore car la mort ne tue rien. Elle n’est qu’absence, absence de l’autre. Absence de soi. 
 



Jeudi


Je me sens si seule, désormais. Une rivière isolée sur une terre aride.


Anaïs jeta le carnet sur le fauteuil, en rage. Pourquoi continuait-elle à écrire cette satanée nouvelle, maintenant ? Quel intérêt ? Des larmes amères coulaient sur ses joues. Tu m’as oubliée, tu m’as abandonnée, Marc. C’est injuste. Tu sais bien que je suis trop fragile pour affronter la vie seule. Je te déteste ! Pourquoi tu m’as fait ça ? Et les enfants ? As-tu pensé aux enfants ? Que vont-ils devenir avec une accidentée de la vie comme moi ?

Elle essuya son visage sur sa manche, renifla un grand coup et ramassa son carnet. Il fallait qu’elle finisse cette nouvelle coûte que coûte. Elle ne savait pas pourquoi mais il fallait qu’elle finisse.


Il n’y avait plus d’espoir. Le monde l’avait engloutie pour la recracher, ensuite, dans une nausée de Haine. Une tache de vomi sur le sol, voilà ce qu’elle était. Tout le monde s’écartait de son chemin avec un profond dégoût. Et pourtant, parfois, elle aimait cela…Vivre dans le rejet… Elle éprouvait un tel sentiment de puissance dans sa solitude, d’orgueil. Oui, être différent, ne pas se fondre dans la masse…Mais n’était-ce pas que mensonge, illusion, pure création de son esprit afin de rejeter la souffrance dans les méandres du dédain ? Etre seule et n’aimer personne afin de ne jamais connaître Déception, déesse du solitaire ? Si elle n’approchait personne, ses remparts resteraient intacts, inviolés, son palais ne souffrirait jamais l’hypocrisie, l’abus ou le pouvoir.

Mais ne manquerait-il pas quelque chose ? Oui, mais quoi ? Quoi de si précieux, de si indispensable à sa vie ? L’amitié, deux cœurs qui battent à l’unisson ? Des mots qui s’avancent et se retirent ? Des mots qui se cherchent et se déguisent ?

 Des mots qui n’ont pas besoin d’être prononcés.


La lumière du jour commençait à baisser. Elle plissa les yeux pour déchiffrer l’horloge, elle avait oublié de mettre ses lunettes. Il devait être cinq heures. Dans un quart d’heure, sa mère allait arriver, viendraient ensuite les amis et la famille qui habitaient loin et passeraient la nuit chez elle. Demain, onze heures, on enterrerait Marc. Elle aurait voulu quelque chose d’intime mais sa famille avait insisté pour tout organiser. Elle avait fini par accepter avec soulagement, elle ne s’en sentait pas la force et puis, l’enterrer si vite… Maintenant, elle regrettait de ne pas avoir pris les choses en main. Accueillir toutes ces personnes chez elle ne l’enchantait guère. Heureusement, sa mère serait là. Une petite voix pleine de sanglots coupa sa réflexion :

— Maman ? Je veux….Papa !

Sa petite fille se tenait devant elle, serrant un lapin en peluche de toutes ses forces entre ses bras potelés. Les larmes baignaient son visage. La crise n’était pas loin. Anaïs ferma les yeux. Il fallait faire quelque chose, vite. Oui, mais quoi ? Lui répéter que son papa était mort et ne reviendrait pas ?

— Tu veux un verre de lait ma chérie ?

Elle voyait déjà la scène avec horreur. Dans quelques minutes, elle se mettrait à hurler. Ce serait l’enfer et elle ne saurait pas quoi faire. Une fois de plus, elle resterait paralysée devant les cris de sa fille sans pouvoir établir le dialogue. Mais la crise tant redoutée ne venait pas. Ses larmes coulaient en silence. C’était encore plus effrayant. La tête lui tournait. Son enfant reculait devant elle. La porte claqua. Sa mère entra les bras chargés de course et se dirigea vers la cuisine. La petite fille se précipita à sa suite pour chercher le maigre réconfort qu’elle-même n’avait pas su lui offrir.

Anaïs secoua la tête dans un mouvement de désespoir. Il était tant qu’elle se remue. Il fallait qu’elle le fasse pour eux. Plus personne désormais ne serait là pour faire les choses à sa place.

Elle se leva d’un pas décidé et se regarda dans le miroir. Ses traits étaient tirés, ses yeux rougis, on lui aurait facilement donné dix ans de plus. Anaïs saisit la trousse bleue qui traînait sur la console au dessous du miroir et entreprit de se maquiller. 

 


Vendredi


    Il aurait fallu de la pluie pour un enterrement, elle s’accorde mieux à notre chagrin. Mais ce jour-là, le soleil aveuglant semblait nous narguer. Comme si la mort n’avait pas de carte de séjour, la vie investissait tout.


Anaïs était absente, perdue dans ses souvenirs. Elle sursauta quand les gens commencèrent à se diriger vers leur voiture. C’était donc déjà fini ? Si simple que cela ? Une vie enterrée, deux ou trois mots prononcés et la vie reprenait ses droits. Elle regarda son fils sourire à une parole de son oncle. Mon Dieu ! Comme elle aurait voulu ne jamais grandir ! Se jeter dans les bras de sa mère et s’y réfugier. Mais elle n’était plus une enfant, les autres la jugeraient et se moqueraient de sa faiblesse.

Elle resserra son manteau sur elle pour essayer de vaincre le froid qui envahissait son cœur. La pancarte devant elle indiquait « allée des tilleuls », ça serait désormais sa dernière résidence. La rue de son enfance portait le même nom. Là où elle avait vu son mari pour la première fois, sur son vélo, le pantalon et les joues barbouillés de boue… Quelle ironie ! La vie se joue de nous, disait sa grand-mère, elle se joue et nous abuse, afin de nous cacher sa nature profonde. Qui supporterait de savoir que tout ceci n’est qu’une mascarade ? C’est pour cela, que le mensonge est une des premières qualités de l’Homme.

Comme elle avait raison ! En une nuit, le décor s’était écroulé. Le décor d’une vie. Des noëls joyeux autour du sapin, des naissances, un mariage heureux et tranquille, quelques publications dans des revues mais que lui restait-il désormais ? Des enfants qu’elle n’avait jamais pu aimer seule ? Les amis qu’elle n’avait jamais eus ? Que ferait-elle désormais ? Comment gagnerait-elle sa vie, elle, qui était trop peureuse pour franchir la place Beaumont ?

Elle était montée dans la voiture sans même s’en apercevoir. On lui parlait ou plutôt des lèvres remuaient, elle acquiesçait en silence à des paroles qui se voulaient réconfortantes mais qu’elle ne saisissait pas. Un monde de pantomimes se dressait devant elle. La voiture s’arrêtait, on rentrait à la maison, on enlevait les manteaux, une table se dressait et tout ce petit monde s’agitait autour d’elle pour simuler la vie. Mais elle n’était pas là, elle n’en faisait pas partie. Des étrangers lui lançaient des regards condescendants et elle devenait toute petite, invisible. Elle ne comprenait plus rien. Un carnet de cuir reposait sur une commode, elle le reconnaissait, il l’attirait. Mais elle ne pouvait le saisir. Pas maintenant, plus tard.


Samedi  


    Le plus cruel lorsque l’on pleure, ce sont ces cicatrices qui restent après l’orage. Ces yeux bouffis que je regarde dans la glace et qui me rappellent mon malheur alors que je voudrais déjà l’oublier, l’effacer de ma mémoire. J’ai appris à dormir, j’ai compris bien tôt les bienfaits de la sieste après la tempête. Appeler les marchands de sable, faux marchands de rêves, qui n’apportent que cette petite mort où l’esprit s’oublie un instant dans les méandres du sommeil. Je comprends l’attrait de la mort. Prolonger cela à l’infini lorsque les tempêtes se succèdent sans jamais laisser de répit, quelle tentation !

    La solitude n’est pas un choix de vie, c’est un point de fuite. On dresse des remparts, on bâtit une tour et on s’y enferme mais on espère toujours que quelqu’un va nous en délivrer. En vérité, personne ne vient jamais car on a trop pris soin de jeter la clef aux oubliettes. Les mots de passe pour entrer sont trop compliqués et même le plus téméraire se décourage. On se défend de toute culpabilité par orgueil et aussi car il est bien difficile d’arriver à en sortir quand l’accoutumance s’est installée. J’ai peur de franchir ma porte, il suffirait que quelqu’un me tende la main…Un pas en avant, un pas derrière la ligne et à moi, la liberté ! Mais toutes les mains me semblent hostiles, elles ont été si dures celles que j’ai connues autrefois. La main qui frappait ma joue, enfant, lorsque je revenais avec une mauvaise note de l’école. La main qui me jurait fidélité et qui m’a trahie. La main qui a violé mon corsage dans la rue, un soir d’hiver…

    Je comprends la tentation de la nuit, je comprends. Ma main repose sur une boîte de comprimés. Elle aussi, elle m’est hostile, elle me tente. Elle veut porter à ma bouche un goût de mort, combler ma solitude par une autre absence, qui elle, au moins, a le mérite de ne pas avoir conscience de son état. Ma grand-mère avait raison. Il est temps d’interrompre cette mascarade. Pourquoi hésiter encore ?

   


Dimanche  


Elle regardait fixement le carnet de cuir. Qu’allait-elle faire maintenant ? Elle avait envoyé le mail ce matin, sa nouvelle était partie et elle se sentait plus désoeuvrée que jamais.

Les mots s’étaient écoulés tranquillement, toute la nuit. Ils avaient tourné les pages à sa place, une à une. Mais la vie, elle, n’avait pas encore mis le mot « fin. » La vie n’était pas faite de mots. Elle avait cru exorciser sa souffrance mais elle s’était rapidement rendue compte de son erreur. Elle n’avait pas su trouver de mots pour dire le froid qui envahissait son cœur. Anaïs alluma une cigarette. Il fallait qu’elle soit forte, qu’elle s’en sorte…Mais ce n’était pas vrai. Toutes ces belles histoires dont on abreuve les enfants….Un jour, tu verras, la vie tournera du bon côté pour toi, tout s’arrangera…Tout le monde a son instant de Bonheur…Tout était faux. Il y a des personnes, en ce monde, qui n’ont pas cette chance. C’est ainsi. Il y a des personnes qui sont toujours seules. Elle avait toujours été seule. Pourtant, elle s’était mariée, elle avait eu de beaux enfants en parfaite santé, elle n’avait connu ni la faim ni le froid. Mais rien n’avait  pu combler le vide qui étreignait son cœur. Non, rien. Ses enfants lui étaient étrangers, elle n’avait jamais su être mère. Elle aurait tellement aimé courir dans leur chambre, les prendre dans ses bras, leur dire des paroles réconfortantes…Mais comment leur faire croire en la vie alors qu’elle n’y croyait pas elle-même ?

    Elle avait fait sa valise sans même s’en rendre compte. Dans un état second, elle avait rejoint la gare.

— Pour quelle destination ?

— Bordeaux.

Elle avait choisi la ville au hasard. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait faire. Fuir, c’était son idée fixe. Elle était seule dans le train. Personne n’occupait la place d’à côté. Seule, c’était toute sa vie. Elle regardait les voyageurs embarquer, le train bouger, le paysage défiler. Rien ne lui paraissait réel. Elle ferma les yeux, épuisée et s’endormit.


Lundi

    Sa mère l’avait découverte morte dans son lit. Un vieux carnet de cuir était posé sur le chevet à côté de boîtes de comprimés vides. Elle l’avait ouvert, pensant trouver une explication à son acte. Les pages étaient toutes blanches. Aucune lettre d’adieu n’accompagnait son départ. De toute évidence, ce carnet n’avait jamais servi malgré l’usure  de la couverture. Elle avait pourtant souvent vu sa fille le serrer contre elle. C’était à n’y rien comprendre. Peut-être avait-il une valeur sentimentale ? Marc lui avait-t-il offert ? Quelle importance désormais ? Elle l’avait remis à sa place. Elle n’était pas sûre de vouloir comprendre. Sa fille était morte et aucune explication ne la ferait revenir.


    Le nez collé à la vitre, elle regardait les champs filer à toute vitesse. Son carnet serré contre son coeur. Il était vide. Vide comme sa mémoire. Ses souvenirs s’effilochaient au fur et à mesure que le train avançait. Le paysage n’était plus que lettres et mots s’effaçant sous une gomme invisible. Elle n’était qu’un être de mots après tout. Les mots qu’elles n’avaient jamais su dire ailleurs que sur des feuilles de papier imaginaires. Les mots qui manquaient à sa vie. Elle n’était pas d’ici et ce train l’emmenait ailleurs. Loin de sa folie.

 


Petite histoire : "Elle s'écrit" a été publiée dans




que vous pouvez télécharger
ICI  (j'en profite pour remercier les éditrices, Louve, Lau et Bloody pour la qualité de leur travail :-) )

par Macada publié dans : Nouvelles (litt. gen.)
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Jeudi 1 mai 2008

Le cagnard 


Il a des yeux de letchis écorchés

La haine au ventre

Un petit nez écrasé, souffreteux,

La haine au ventre

Le souffle rauque, étranglé, cancéreux

La haine au ventre


Le coeur brisé d'un sans-père et sans-mère

Seize ans violés, dépecés, moucatés

La haine au ventre


Un bourbon de meute qui jouit de chasse

Et pas de voix quand il aboie

Pas de parole, pas de morale


Et pourtant il m'a dit merci.


 

 

 

Les mots créoles :
*cagnard : voyou
* moucaté : moqué (littéralement "emmerdé")
*bourbon : ici, chien bâtard/chien errant

 

par Macada publié dans : Poésies et chansons
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Mardi 29 avril 2008

 

François Villon (1431- après 1463)

Bravo Daniel !  La devinette du billet d'hier parle bien de François Villon.


Je ne me sens pas bien capable de parler de ce mauvais garçon qui me garde sous son charme depuis bien des années. Surtout,  internet  vous en dira autant que vous en voulez (Par exemple, sa bio : ici et ses oeuvres complètes : ).

Voici juste des poèmes - les plus connus je pense - que j'écoute sans me lasser.



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[...]
Hé ! Dieu, si j'eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes meurs dédié,
J'eusse maison et couche molle !
Mais quoi ? Je fuyaie l'école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole,
À peu que le coeur ne me fend.
[...]
extrait du Grand testament


(c'est mon pôpa qui le déclamait le mieux, quand on fuyait école et usine pour aller à la pêche, ouais !)

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L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


(Chanté/dit par Léo Ferré, c'est à vous faire dresser les poils de bras)

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Ballade des Dames du temps jadis

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?


(Chanté par Georges Brassens, on se découvre ménestrel ou coiffée d'un hennin de Dame - voire les deux ;-) )




par Macada publié dans : Poésies et chansons
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Lundi 28 avril 2008

En ces temps reculés était un ripailleur un tant soit peu lettré.

Sa pitance follement acquise lui ferma maison et couche molle. Rimes bien faites et malandrins furent donc son vin quotidien. Ainsi qu’amours déraisonnables beaucoup plus que déraisonnées.

(Bref, si le temps eût été inversé, rires et regrets feraient de lui un Alcofribas plein de spleen.)

Assis à l’ombre du gibet, ses testaments nous a légués, puis au matin fut exilé.

N’ayons pas nos coeurs, contre lui, endurcis !

par Macada publié dans : Poésies et chansons
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Jeudi 24 avril 2008

 



Rouge et Bleu, une histoire d'Oiseaux (Fin)

Anthony Boulanger


27 février 2104

Troisième jour depuis le Trente-septième Réveil


Clyne Anderson et Yeff Sarden sont de sortie aujourd'hui.

La première se rend sur le futur site de la base permanente, à l'ombre de Olympus Mons, le second accompagne la jeune femme pour pouvoir collecter de nouveaux échantillons de sols se situant à une profondeur de deux ou trois mètres. En reprenant les analyses des microorganismes revenus avec Phoenix III, il a en effet eu l'intuition que l'oxyde de fer jouait un rôle prépondérant dans l'inhibition des métabolismes martiens.

Clyne semble virevolter aux côtés du microbiologiste. La pesanteur martienne, trois fois inférieure à celle de Terre, lui procure une sensation de liberté renouvelée à chaque sortie. Yeff se sent plutôt pataud de son côté. Même s'il s'est entraîné en simulateur, il n'est pas à l'aise en combinaison.


Les deux humains ne se doutent pas qu'ils sont observés au moment même où ils marchent. Ils ne peuvent pas voir le masque de silicium dont est recouvert Lyrcyn. Ils ne peuvent entendre les battements de ses cœurs minéraux, le renouvellement violent des fluides siliceux qui baignent ses organes.

Pourtant, la haine fait rage dans le corps et l'esprit du H'espar. La créature ne s'attendait pas à tomber aussi rapidement sur des H'üma.

Il sent l'eau que contiennent les corps de ces Fils d'Alcyons malgré la distance, cette eau tout aussi néfaste et honnie que la friri'i, la poussière de fer oxydé, qui entoure en ce moment les trois êtres vivants.

Lyrcyn se lève. Il a pris une décision. Il va ramener ces deux H'üma au Dieu Phoenix pour nourrir l'Oiseau de leur Sacrifice, puis il pénétrera l'esprit de leur mutar desséchée  – à condition que ces êtres en ait une – pour trouver l'endroit où ils cachent leur Feu.


***


27 février 2104 ?

Pensées de Yeff Sarden


Je… Je suis allongé ? En mouvement ?

Que s’est-il passé ?

Je me souviens de Clyne qui me désignait les satellites de Mars, Phobos et Deimos, que nous distinguions malgré la poussière. Je me souviens d'un mouvement qui venait de la montagne, comme si un morceau de roche se détachait et fonçait sur nous. Puis, c'est le sol qui s'est précipité à ma rencontre. Et plus rien.

Ah, si, il y a eu ce cri, comme celui d'un faucon gigantesque qui m'a vrillé les tympans, et ce bruit de vagues.

Pourquoi entends-je cela alors que l'on me traîne sur un sol desséché qui n'a pas connu l'eau depuis des éons ?

Qui me transporte à cette vitesse alors que Clyne est étendue à côté moi ? Bon sang, elle a l'air inconsciente !

Rester calme. Ne pas paniquer. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans les vapes, mais la base a déjà dû commencer à nous chercher. On a forcément raté un check point radio. Rester calme.

Je suis perdu sur Mars, avec une collègue inconsciente sur les bras, et apparemment prisonnier de quelque chose.

Rester calme.

Mais… Mais on rentre dans la montagne ! On…


***


Quatrième jour depuis le Trente-septième Réveil

Chroniques de Lyrcyn


Dans le sas, j'ai nettoyé la friri'i qui couvrait mes prisonniers et ôté les H'espar qui s'étaient sacrifiés pour moi. Je les remercierai lors de leur prochaine mutar.

Puis j'ai apporté les H'üma au Dieu Phoenix.

L'un d'entre eux avait apparemment achevé sa mutar. Il était à présent immobile alors que je l'ai vu dressé sur deux appendices quand il était à l’extérieur. Je l'ai examiné, l'enveloppe blanche était en fait une armure semblable à la mienne, et il y avait un corps mou à l’intérieur. La cuirasse portait un trou à l'endroit où je l'ai frappé. Apparemment, la friri'i est mortelle pour ces créatures aussi.

Le Dieu a regardé, a écouté, et a craché ses flammes sur le H'üma mort. Il a dit que l'eau risquait de nous tuer s’il ne le purifiait pas. A la fin de la cérémonie, il ne restait rien de la créature. Tous les H'espar présents s'en sont étonnés. Quand l'Oiseau nous purifie, nos corps en ressortent luisants et sains. Ces H'üma sont monstrueux…

Le Dieux Phoenix nous a interdit de toucher à l'autre abomination, celle qui bouge encore. Il a dit qu'il voulait étudier les Fils de ses ennemis pour mieux les détruire. Il m'a permis de rester avec lui pour l'aider dans sa sainte tâche.


***

27 février 2104 ?

Quatrième jour depuis le Trente-septième Réveil


Yeff est terré dans un coin, perdu quelque part dans un gigantesque bâtiment minéral.

Il a oublié ses injonctions au calme, mais qui pourrait rester stoïque quand son esprit est impuissant à comprendre ce qui se passe ?

Il est le premier être humain à découvrir les secrets que recèle l'intérieur de Olympus Mons… Qui aurait pu croire que ce gigantesque volcan était creux ? Traîné sur le sol, visage tourné vers le plafond, l'homme a vu des centaines de bâtiments – ou peut-être était-ce tout autre chose en ce monde – défiler autour de lui, des élancées de minéraux translucides aux formes les plus irrégulières qui soient, des structures fractales qui s'étendent sur des mètres et se perdent dans les hauteurs de la caverne.

Tout n'était qu'opalescence et ombre tamisée, baignade dans une clarté rouge, reflétée de toute part, déclinée en un camaïeu enivrant.

Ensuite il y avait eu les grandes colonnes le long du chemin. Yeff était conduit au Temple.

L'homme a vu l'Oiseau de Feu et l'a reconnu, en tous points semblable à ce que tant de mythes et de légendes terriennes décrivent. L'homme a senti la chaleur qu'il pouvait dégager. Il le regarde constamment, il répète son nom.

Phoenix.

Phoenix.

Comment un tel être pouvait-il exister ? Etait-ce une illusion créée par son esprit malade, un lambeau de démence qui errait à la limite de sa conscience ? Mais ce n'était pourtant pas un spectre qui avait détruit le corps de Clyne, le réduisant à l'état de cendres volatiles. Phoenix, encore et toujours…

Quelle ironie que les missions qui aient prouvé la présence de vie sur Mars aient été baptisées du nom de ce terrible geôlier.

Quelle ironie que la seule entité qui ne lui soit pas totalement étrangère en cette terre soit celle qui ait causé la mort de son amie.


Yeff se sent observé. Par l'Oiseau certes, par tout ce qui l'entoure également. L'homme a l'impression de voir des yeux dans les pierres, bien qu'il sache que les créatures de ce lieu n'en ont pas.

Yeff observe également. Que sont ces innombrables entités siliceuses qui grouillent sur le sol ? S’agit-il des descendants des créatures dont Phoenix III avait ramené des fragments ? Leurs pattes d'insectes laissent penser que oui… Et cette chose qui l'a capturé et amené à l'intérieur de la montagne, ce golem cristallin… Qu'est-il exactement ? Une des formes de vie la plus évoluée de ce monde ?

L'humain regarde le H'espar et celui-ci regarde le H'üma à son tour. Corps de silice contre corps de carbone, corps translucide contre corps opaque. Yeff voit le liquide refluer dans les excroissances de verre. Il observe son poignet où les vaisseaux sanguins pulsent au même rythme que son cœur. De temps en temps, le golem bouge. Il change de forme, des espèces d’anneaux s’ajoutent à son propre corps.

- Vous ne pourrez pas me retenir longtemps prisonnier, vous savez, dit Yeff.

Aucune réponse, aucune réaction. Face à ce silence, il s’interroge sur le mode de communication de ces créatures. De temps en temps, l'homme voit des éclairs traverser les carcasses, se propager à travers les êtres insectoïdes, jusqu'au golem. Est-ce là la clé ? Le silicium est un semi-conducteur après tout… L'électricité, générée Yeff ne savait comment, transporte-t-elle leurs messages, leurs mots ? L'homme a-t-il en face de lui une espèce d'ordinateur biologique ? Voilà qui est plus que réducteur pour ce qui doit être le fruit de centaines de millions d'années d'évolution.

Le microbiologiste jette un nouveau coup d'œil à son poignet. La radio intégrée à la combinaison est muette. Quelque chose empêche l'instrument de fonctionner. Sûrement Sans doute toute cette électricité… Une idée germe dans l'esprit de l'homme. Une idée folle, une idée désespérée. A côté de lui, un étrange être se meut lentement, un être hérissé de lames minérales à l'aspect terriblement tranchant.

Yeff s'en saisit. Pas de réaction. Il le porte à ses yeux et voit le même liquide dans les entrailles vitreuses de cet être que dans celles du golem. Quel est leur lien de parenté ? Peu importe à ce moment. L'humain empoigne fermement sa dague improvisée. Il l'utilise pour démonter le panneau électronique de sa radio, il met à jour les fils d'almelec, l'alliage d'aluminium, de magnésium et de silicium. Il croit entendre l'électricité crépiter lorsqu'il les arrache. Yeff Sarden regarde une dernière fois le Phoenix et l'entité qui l'a capturé. Puis il plaque les fils dénudés sur le sol.


Un cri d'une brutalité phénoménale résonne soudain aux oreilles des habitants de Olympus Mons. Un cri qui provient du Fils de l'Alcyon et qui s'éteint aussi vite qu'il a commencé.


Yeff a enlevé les fils du sol. Il a vu le golem se raidir lorsqu'il a commencé à envoyer le courant dans le sol.

La créature s'est tournée vers lui, elle s'est levée et a ondulé ou s'est écoulée, Yeff ne savait pas trop bien. Elle est venue jusqu'à lui et a posé une de ses extensions vitreuses sur la radio. Les voyants et l'écran ont clignoté tandis que l'être envoyait à son tour des décharges dans le système.

Les deux êtres, l'humain et le golem, le H'espar et le H'üma, se sont regardés…


Yeff pouvait-il se douter que par son geste, il venait de jeter un pont entre deux peuples que des millions de kilomètres, que des voies d'évolution totalement dissemblables séparaient ?

Car c'est bien par cet homme que prit fin la guerre qui, depuis des millions d'années, opposait les Phoenix aux Alcyons, opposait la Planète Rouge à la Planète Bleue, le Feu à l'Eau, les incendies et la lave aux déluges et aux océans, …


Il avait suffi d'une radio, d'un court-circuit, et de beaucoup de temps par la suite… Beaucoup de temps pour que le H'espar instruise le H'üma du langage de la foudre. Puis il avait encore fallu que le ERV ramène Yeff et ses connaissances sur Terre, que les Hommes se dotent du matériel capable de moduler les arcs électriques à l'infini et de créer les interfaces qui leur permettraient de communiquer efficacement avec leurs cousins extraplanétaires.

A cela avait succédé une phase de doute immense, tandis que l'Humanité prenait conscience, à travers les Chroniques martiennes, des millénaires de batailles qui avaient secoué autrefois la Terre et Mars, les Phoenix et les Alcyons, tandis qu’elle craignait les éventuelles rancœurs pouvant couver chez les H'espar toujours endormis.

Et seulement au bout d'un autre millénaire et d'un nombre considérable de nouveaux Réveils, le descendant de Yeff Sarden offrit à Lyrcyn et son peuple l'énergie nucléaire, le Feu qui permit aux Fils des Phoenix de retrouver leur splendeur passée…



 

 

 

Petite histoire : "Rouge et Bleu, une histoire d'Oiseaux" a été publiée dans les Brèves du Crépuscule n°2, le webzine du forum des Songes du Crépuscule. Anthony remercie particulièrement  Alain Valet pour ses corrections du texte et pour l'avoir illustré.

Anthony est l'un des habitants de l'Antre-Lire. Ce texte y est "à paraître" mais d'autres s'y trouvent déjà...


par Macada publié dans : Nouvelles (SFFF)
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Mardi 22 avril 2008

 



Rouge et Bleu, une histoire d'Oiseaux

Anthony Boulanger



24 octobre 2088

Dépêche de l'AFP

La conférence finale pour "Giant Phoenix Mars Mission" s'est tenue le 23 octobre 2088, dans la zone virtuelle sécurisée ZVX-2602.

Les organisations participantes étaient (classées par nombre d'avatars présents) :

- North-American Aeronautics and Space Administration (N-AASA)

- Agence Spatiale Européenne (ASE)

- China Space Science and Technology Corporation (CSSTC)

- Université d'Arizona (UA)

- Japan and Australian Aerospace Exploration Agency (JAAXA)

- Laboratoires d'Exobiologie (liste détaillée en annexe A.1)

- Laboratoires de Géologie et de Sciences des Structures (liste détaillée en annexe A.2)

- Laboratoires de Microbiologie (liste détaillée en annexe A.3)

- Laboratoires de Chimie Générale et Chimie Organique (liste détaillée en annexe A.4)

En 2008, la sonde Phoenix atterrissait sur le pôle arctique de Mars avec pour mission d'enquêter sur l'eau, et donc sur la vie, que la Planète Rouge pouvait receler. Très vite, la visualisation de structures assimilables à des colonies de micro-organismes sporulés, par les microscopes embarqués, a enthousiasmé les milieux scientifiques.

En 2019, Phoenix II reprenait la mission de son prédécesseur dont l'instrumentation ne permettait pas une étude exobiologique approfondie. La perte du lander lors de l'atterrissage sur Mars a mené au lancement de Phoenix III en 2025.


Le retour sur Terre de cette troisième sonde et des échantillons de sols qu'elle avait prélevés marqua un tournant dans l'histoire des exosciences.

En effet, si la vie, telle que nous la connaissons sur notre Planète Bleue, est basée sur l'utilisation du carbone, la culture et les analyses des souches dormantes de microorganismes martiens ont montré que l'ensemble des métabolismes était basé sur l'utilisation du silicium. Cet atome est en effet tétravalent comme le carbone et peut former de multiples complexes stables, dont des molécules inconnues mais néanmoins assimilables à des sucres, des protéines et autres composés cellulaires.

De plus, certains prélèvements, datant d'il y a moins de trois mille ans, contenaient plusieurs fragments de dérivés siliceux macroscopiques. Leurs structures (articulations des minéraux, présence de "griffes") présentent des similitudes étonnantes avec celles de pattes d'insectes terrestres.


Les différents partenaires ont donc voté hier, à l'unanimité, les crédits nécessaires au lancement de la mission Giant Phoenix. Cette mission est basée sur le concept "Mars Direct", initialement développé par Zubrin et Baker en 1990. Elle permettra l'envoi de scientifiques sur le sol martien, ainsi que celui d'équipements de recherche de haut niveau. Les problématiques fondamentales seront la recherche et l'étude des formes de vie martienne, aussi bien microbiologiques que pluricellulaires. Les prémices d'une base permanente seront également creusées dans le flanc ouest d'Olympus Mons, le plus haut relief de notre système solaire.


Tout comme celles qui l’ont précédée, cette mission a été baptisée du nom de Phoenix, l'oiseau fabuleux pouvant renaître de ses cendres. Mais la multiplicité des sondes, la présence d'un lanceur lourd, d'un ERV (Earth Return Vehicle), et les budgets colossaux mis en jeu justifient amplement l'adjectif Giant.

Thomas Knocker


***


25 février 2104

Journal de bord de Yeff Sarden

L'installation de la serre du campement temporaire est maintenant terminée. Nous allons pouvoir vivre en totale autarcie très prochainement : le seul problème reste encore et toujours l'encrassage constant des cellules photovoltaïques. Les ingénieurs avaient assuré que les tempêtes de Mars nous débarrasseraient continuellement de la poussière rouge d'oxyde de fer, mais celle-ci se révèle aussi fine que du talc et s'infiltre partout.

De toute façon, l'énergie solaire devait nous aider jusqu'à ce que Clyne ait réalisé la percée dans Pavonis Mons. En attendant, il nous suffit de nous brancher sur le réacteur nucléaire de notre ERV pour combler les besoins énergétiques. J'ai justement demandé à Clyne quelques infos sur l'avancement de ses travaux. Selon elle, la poche d'hydrogène sera atteinte dans moins de trois jours si la roche ne se révèle pas plus dure qu’actuellement. Si je me souviens bien de ce que m'a expliqué notre chimiste, qui est également notre géologue, en faisant réagir l'hydrogène avec le dioxyde de carbone de l'atmosphère, nous allons pouvoir récupérer du méthane et de l'eau. Qui dit méthane dit énergie, et qui dit eau dit oxygène par électrolyse. La boucle est bouclée, nous aurons de l'énergie à ne savoir qu'en faire, de quoi boire et de quoi respirer ! D'après les calculs de Clyne, le contenu de Pavonis Mons suffira à alimenter une colonie conséquente pendant un ou deux millénaires.