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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 08:38

Si on l'appelait la ville

Michel Vanstaen

Me voilà donc plongé dans les archives. J’ai pensé que comme début, cela en valait bien un autre. Seulement l’ampleur de la tâche me laisse quelque part par là. Il me faut une stratégie de recherche. La corrélation entre la montée de la population, le tissu socio-culturo-pastoujoursbo-économique, et toutes les choses qui se produisent surtout quand on n’a pas besoin d’elles, va me servir de base de départ.
Quelques semaines plus tard, une idée assez précise de la situation a fini par voir le jour. C’est très simple : j’y comprends rien ! Non pas que je patauge. Disons que j’ai la sensation de nager à reculons. Bien que pour remonter le temps, la méthode peut faire ses preuves.
 Rien d’exceptionnel n’était sorti de ces milliers de documents, numériques ou pas, poussiéreux ou pas, triés ou pas, ou pas, ou pas, ou pas. Rien de rien de pas grand-chose. Un simple aperçu de ce que je perçois comme la partie visible, soupçonnant que l’invisible en rigole encore.
En vérité, la ville avait évolué de bric et de broc au gré des fluctuations économiques, suivant une courbe que rien n’avait fait dévier d’une bonne vieille courbe ascendante. Toute l’infrastructure, les communications, les « télé » du même nom s’étaient mises au diapason avec plus ou moins de réussite. Les politiques semblaient avoir toujours été les dénominateurs communs des changements majeurs. Rien de surprenant. L’évolution avec un é comme évolution.
Pourtant, je reste sur ma faim, l’impression au ventre de tourner en rond dans la normalité la plus absolue.
Je sens qu’une décision s’impose. Entre deux cafés, la nature de celle-ci me saute aux yeux. Je dois y aller de moi-même, arpenter la ville, la toucher, la respirer, devenir une sorte de confident intime. Je dois explorer, voir comme la première fois, disparaître pour mieux ressentir les émotions. Du coup, je me sens une énergie nouvelle. Par où commencer ? Noyé sous le trop plein de l’exaltation, je manque partir au feeling, là où mes pieds me mèneraient. J’eus beau attendre, rien ne bougea. Ce fut un espoir fou. Le vieil adage ne dit-il pas « que sans la tête, les pieds, c’est pas le pied ! » ?
Le centre historique sera ma première destination. Ville crucifiée dans la ville, elle en fut l’instigatrice autant que la mémoire. Du contact velouté de ces vieilles pierres, j’attends peut-être l’illumination, ou du moins une piste.
De train en voiture, de métro aérien en souterrain métro, je me heurte à ce panneau sculpté dans le granit : « Ici, tout commença. Voyageur, imprègne-toi de mille siècles de vent et de soleil ». Justement, jamais rappel publicitaire ne m’avait aussi bien collé à la peau. Je m’imprègne ! Je m’imprègne ! Je m’imprègne !
Je marche la tête collée à la lucarne de mes espoirs. J’arpente des voies, des ruelles, j’essaie de ne penser à rien, de me laisser pénétrer par tout ce qui accepte mon hospitalité. Je croise des monuments, de toutes formes, de toutes époques ; églises, temples, ruines, je feuillette un immense ouvrage dont chaque page est recouvert du scintillement de centaines de milliers de grains de temps. Je regarde les maisons, ateliers et autres ; les toits usés et tarabiscotés semblent en échange permanent avec les cieux. Je participe à des visites organisées, mais le plus souvent, moyennant finance, je suis lâché seul dans tel ou tel endroit. Je ne sens plus mes jambes, mes pieds font corps avec les pavés, tous mes sens sont en activité permanente, la tête ne gérant plus rien, se contentant de ressentir.
Le jour commence à décliner. Je tourne un coin de rue pour me retrouver nez à mur avec un bâtiment qui, à première vue, n’a rien d’extraordinaire, mais qui me stoppe net. Va savoir pourquoi ! Il y a des messages qui n’ont rien mais qui se suffisent à eux-mêmes. Une ouverture légèrement de guingois, un peu sur ma droite ; une porte à peine entr’ouverte, que seule ma position permet de remarquer, et me voici à l’intérieur.
Une cour de petites dimensions s’ouvre sur trois portes. Curieusement, je choisis celle de droite sans même me poser la question ; la fatigue d’une journée de marche. La pénombre me surprend. Quelques secondes d’adaptation et je m’imagine dans un autre espace. Nul bruit, nul odeur, rien de l’extérieur n’a pénétré ses murs depuis,…, va savoir ! Je me sens, comment dire, reposé, physiquement et moralement. Ici, les miasmes du réel côtoient les ombres de l’intangible. Dois-je avoir peur ? Et pourquoi est-ce que je me pose cette question ? Sans doute pour l’évacuer et être plus réceptif ? Ce que je ressens est un curieux mélange de sérénité inavouée, de curiosité, et d’une sensation étrange de ne pas être seul, mais pas au sens physique du terme. Je ne peux empêcher mes mains de toucher les murs, comme un trait d’union entre ce présent et un autre, enchâssé dans les illusions du passé.
Brusquement, je me retrouve dans la rue, sans la moindre conscience du chemin parcouru. Je suis ébranlé, sans vraiment me l’avouer. Il me faut un moment pour vérifier si, de la tête aux pieds, je suis au complet. Et surtout pour retrouver ma route, la même qu’à l’aller ; alors pourquoi ce paradoxe ?
Ma chambre d’hôtel me semble d’un coup tellement reposante. Je m’allonge, les yeux paralysés dans l’encadrement de la fenêtre. Le sommeil s’insinue par tous les pores de mon corps. Un dernier éclair pour me demander quelle heure il peut bien être, me penser que je m’en fous. Et à la ligne.

***

Je sillonne la ville de sous-ville en sous-ville, de quartier en quartier, de place en parvis, de boulevard en ruelle, de tout, de rien, d’ici, de là, de nuit, de jour, de frimas en soleil, éveillé, endormi, ivre (ce qui dénote quel soin j’apporte à appréhender le problème sous tous ses aspects). Je suis crevé. Aucun moyen de transport n’a de secret pour moi. J’ai l’impression d’être le double cartographié de toutes ses étendues parcourues. J’ai vu tellement. J’ai écouté tellement. Je me suis immergé dans les moindres couches de la société (Est-ce décent de traiter les gens de couches ?).
Et je me retrouve chez moi, après je ne sais plus combien de mois d’errances. La logique aimerait que je me lance de suite dans un condensé de mes réflexions avec conclusion à la clé. Je n’ai qu’une envie. Ne plus voir les rues bouger, les maisons s’effacer, les si passer là, les ici n’en plus être l’instant d’après. Arrêtez de bouger. Stop !!!
Je sais pertinemment que je dois laisser reposer jusqu’à la moindre parcelle emmagasinée, n’en retirer que la manne. Après, on verra !

***

Je passe le plus clair de mon temps à dormir ou ne rien faire. Pourtant, je sens être dans la partie la plus concrète de mes investigations. Je travaille sous la partie immergée de l’iceberg. Pas que je le veuille. Seulement, cela s’est mis en place tout seul, le feeling, ou je ne sais quoi.
Ma chambre est lumineuse, calme et intime. Je m’y sens en retrait de moi-même, serein. Pourtant, c’est là, dans ce lieu magique, que ma vie allait prendre ce que l’on appelle un tournant ( ?).
Curieusement, ce soir, allongé tranquille, me reviennent en mémoire la plupart de mes pérégrinations. Un lien sous-jacent est en gestation. Je suis, plus que jamais, conscient de ne pas mener la danse, de n’être que le passage, choisi par je ne sais quoi, pour en penser tout autant.
Rien n’a de logique apparente, conclusion rapide de mon si long voyage. Mais l’apparat n’a d’existence que si l’on s’en contente ; pardon, que si l’on peut s’en contenter. Je me sens creuser, partir en introspection profonde. Des éléments à n’en plus espérer se mettent en transes dans les méandres de mon cerveau. Population, adéquation, économie, historique, autoroutes, climats, maladies, naissances, superficie, politique, résultats, peut-être, parce que, pourquoi ? Et bien d’autres, venus rien que pour le plaisir.
Et, d’un coup, tout prend fin, le monde peut re-respirer normalement. J’ai ma réponse. Elle ne me fait aucun effet, à peine un peu de dépit. Mais comme on dit au royaume des dépeuplés, c’est la vie ! En fin de compte, c’est impossible. Que la population se soit stabilisée, soit. Mais toutes les théories, du possible au politique, ne tiennent pas la route. La population s’est stabilisée, point. C’est la ministre qui va être ravie. Mais, désolé, c’est une réponse comme une autre.
Je ferme les yeux, quelque part satisfait que ce soit fini. Je plonge, quelques lueurs se profilent encore à l’horizon. Cependant, il me reste un manque. Oh, infime.
 Pourquoi ?

 Et l’idée s’impose d’ELLE-MÊME !  

Paralysé, mon corps n’est plus qu’un tremblement. Froid ! Froid ! Froid ! La terreur doit ressembler à un paradis comparé à ce flash d’ultime compréhension. Je ne trouve plus ma respiration. Je m’en fous. Je viens de découvrir infiniment plus effrayant. Je tente de remuer un doigt, histoire de quoi ? J’en sais rien. Faire, n’importe quoi pour ne pas sombrer. Heureusement, je sombre.
Je me réveille au sortir de la douche, non, je ne suis trempé que de sueur. Je reprends ma vocation de pèlerin, repart en quête, mais ce coup-ci avec une réponse en poche et une envie de vomir en permanence. Je dois savoir. Car si cela s’avère, je suis plus que concerné. Saleté de mission ! Saleté de ministre ! Saleté de ville !

***

C’est avec une barbe de plus de vingt jours, lavé depuis peu, mais par accident, que je me présente à l’adresse que la ministre m’a communiquée. C’est elle-même qui m’accueille. Les cheveux défaits, vêtu d’un jean et d’une chemise délavée, elle ne fait plus trop membre du gouvernement, mais m’en apparaît nettement plus sympathique, et surtout nettement plus inquiétante, car son regard et toute son apparence me disent que l’on va causer vrai. Et toutes mes craintes de revenir au galop (désolé mes craintes sont quadrupèdes) !
Je la suis sur une terrasse qui offre un panorama somptueux sur cette … de ville. Nous nous installons dans des fauteuils que mon pauvre dos remercie encore. Mon ambiance intérieure n’est pas à la hausse mais je fais avec. Aucun mot n’a été échangé que je me retrouve avec ma boisson préférée dans les mains.
_ Alors, me fait-elle, on est bel et bien dans la merde ?
Cela ne fait plus du tout politique, mais çà me refout salement la trouille.
_ Oui, …et je crois bien, cent fois oui ! me « contente-je » de répondre.
_ Racontez-moi.

***

C’est vers le cinquième verre que je termine mon récit.
Son regard semble perdu dans les derniers instants du jour.
_ J’ai également, à quelques variantes près, suivi le même parcours que vous. Depuis ce bâtiment dans le centre historique jusqu’au processus mental qui nous a conduits jusqu’ici. Croyez-vous que l’on en ait encore pour longtemps ?
 A peine surpris qu’elle ait parcouru le même itinéraire, je réfléchis deux secondes ; la question a le mérite de lever toutes les ambiguïtés.
_ A vrai dire, je n’en sais rien. Mais ce n’est pas son intérêt de laisser traîner. ….Que cela nous plaise ou pas.
En disant cela, j’avais lâché mes derniers espoirs.
J’avais abandonné également le décompte des verres.
Je la regarde dans les yeux, en espérant tout en n’en ayant rien à faire, que ce ne soit pas trop suppliant :
_ Pourquoi nous ?
_ Si je le savais ! Peut-être que nos barrières de l’imaginaire sont plus flexibles. A vrai dire, je n’en sais vraiment rien et ne me pose même plus la question.
_ Alors, comment est-ce que cela a pu arriver ? J’ai des fois l’impression d’être complètement timbré de penser çà.
_ Nous ne le sommes pas, je n’irai pas jusqu’à dire, si cela peut vous rassurer, mais le coeur y est. Je ne sais pas si l’on peut parler de conscience, ou simplement d’instinct, mais le fait est là, c’est elle qui gère. La population a commencé a stagné il y a environ 400 ans. C’est à ce moment que ses actes, à ses yeux, ou ce que vous voulez, nous sont devenus visibles. Sommes-nous les premiers ? Sans hypocrisie, aucun intérêt pour nous.
Je laisse passer un moment :
_ Au point où l’on en est, vous excuserez une question bête.
_ Aucun souci.
_ Où sont les pieds et où se trouve la tête ?
_ Partout !
Je ne peux retenir un regard autour de nous.
_ C’est du moins comme cela que je l’imagine, reprend-elle. C’est un tout. Je pense qu’il faut accepter un fait : nous sommes d’elle, à l’échelle microbienne sans doute, mais on est bien là.
_ D’accord, mais si on tentait de mettre les bouts, elle n’est quand même pas universelle ?
_ Non, mais il faudrait la traverser, sous terre, sur terre ou dans les airs. Et m’étonnerait qu’elle nous laisse faire.
_ Et si on hurlait la nouvelle sur… Non, désespérais-je encore, elle aurait vite fait de nous faire sombrer dans le ridicule, avant de s’occuper de nous plus personnellement.
J’ai beau être au fin fond du fond, je remarque que les bouteilles ne sont jamais vides. Sans doute un truc de ministre, que l’on apprend en travaux pratiques à l’école des ministres. Vu les circonstances, ce ne doit pas être le moment, mais je commence à en tenir une bonne. Par contre la ministre, soit elle boit peu, soit elle tient l’alcool comme pas deux, soit elle s’en fout.
Je reprends :
_ J’aimerais quand même comprendre comment elle fonctionne. Quand sait-elle qu’il faut agir ? Quels sont ses paramètres ? Et, nom de dieu, comment s’y prend- t-elle ? Et, avec nous, quelle sera sa façon de procéder ?
La boule sur l’estomac n’a rien à voir avec l’alcool. Mes regards se perdent sur tous les horizons à la recherche d’une menace éventuelle.
Elle me regarde sans rien dire, ses yeux ont la couleur de la peur.
_ Tous les scénarios sont possibles : accident de la route, chute d’immeuble, explosion de gaz, noyade, déraillement de train, incendie, j’en passe et des moins sympas. Mais je ne sais pourquoi, je la sens douée pour l’imagination. J’ai passé des nuits blanches à me le demander. Autant se torturer avec ça.
Elle me désigne le contenu de nos verres.
_ Et si c’était comme çà, confirmais-je, ivre mort jusqu’au bout.
_ Ce serait un moindre mal, effectivement.
La nuit a rempli l’espace depuis un bon moment. Les quelques étoiles visibles sont tellement froides. Et c’est à ce moment précis que je prends la signification complète de tout cela en pleine figure. Tranquillement assis à picoler, nous l’attendons ! Il faut que je me le répète. Nous l’attendons !
J’essaie de calmer ma respiration.
_ Je sais, dit-elle.  
Le silence retombe.
_ Il y a quand même deux choses que j’aimerais éclaircir, c’en est marrant à quel point la curiosité a la vie dure. C’est quoi ce bâtiment, là-bas ? Elle nous y a testé ou quoi ? Et pourquoi elle a jugé que son expansion devait s’arrêter à ce moment précis ? Elle aurait pu remplir toute la planète sans se poser de question.
Elle pose son énième verre, regarde ses pieds comme si cela devait arriver par là.
_ Et pourquoi pas l’âge du troisième matelot au fond à droite, me répond-elle en souriant.  Son sourire me fait du bien, j’avais déjà oublié que cela existe.
_ Ce foutu bâtiment ! Comme vous l’avez dit, elle nous y a testé, ou appelez ça comme vous voudrez. En tous cas, on n’y a pas été par hasard. C’est elle qui l’a voulu. Je pense qu’elle a su à ce moment précis, bien avant que nous ne nous en rendions compte nous-même. Et ça montre à quel point elle a pris de l’avance. Quant à savoir ce que c’est exactement, il faudrait la comprendre bien mieux. Et désolé, je pense que nous n’en aurons pas le temps.
Sa voix a chuté sur ses derniers mots. Une tension palpable a remplacé l’atmosphère vivifiante de la nuit.
_ Le pourquoi du comment ? Je n’ai que des suppositions. Je rêve d’avoir sa vision de sa situation, …pardon, de notre situation. Elle est la conscience d’une sorte de dieu que nous aurions créé, avant d’en perdre complètement le fil. Elle fait partie intégrante de son environnement, ressent son impact et inversement. Elle n’a pas évolué, ni au hasard, et encore moins selon notre volonté. Nous le croyons, mais quelle importance que le cafard ou la fourmi se prennent pour le centre de monde ? J’ai l’intime conviction que tout a débuté dès la première pierre. Je sais, cela paraît complètement absurde. Mais on ne parle plus d’esprit humain, ni d’humain tout court, on parle d’elle, d’autre chose, oserais-je dire de l’avenir de l’humanité, d’une évolution à laquelle personne n’aurait pensé. Je n’en sais rien, évidemment. Donnez-moi un verre, merci.
Un léger picotement me frôle la joue.
Elle boit d’un trait et reprend :
_ Vous vous rappelez ces histoires de monde-machine qui ont été en vogue pour la énième fois il y a quelques années ? Ce qui arrive s’en rapproche, sans en être évidemment la copie conforme, ni la caricature. Nous sommes à une époque charnière de son évolution. La population ne veut plus dire la ville, elles ne sont plus en adéquation. Nous sommes devenus inutiles. Elle continuera seule. Comment, vers où, pourquoi, sous quelle forme ? Mystère ! Peut-être qu’il y aura des survivants, qui vivront dans ce corps dangereux n’ayant plus rien à voir d’avec sa mission première. Leur vie sera celle de parasites, minuscules, insaisissables. A moins qu’elle n’accepte un petit nombre d’entre nous, en souvenir, histoire de se rappeler sa genèse.
 Un imperceptible mouvement de l’air ambiant lui coupe la parole. J’ai l’impression que mon équilibre m’échappe ; machinalement, je m’accroche aux bras du fauteuil. Cela ne dure que quelques secondes, le temps d’avoir un aperçu des portes dorées de l’enfer. Nos regards se croisent. La lourde machinerie s’est mise en marche. Je pense et ne pense plus à la fois, ça fait un effet des plus bizarres.
_ Un petit dernier pour la route ?  
Mais sa voix n’y est pas, elle crève de trouille, je crève de trouille, on crève, tout simplement. Ce n’est pas de la parade, simplement une signature au bas du « part chemin ». Nous, petits humains de service, larves autodidactes, créateurs de splendides merveilles comme de monstrueuses conneries, insignifiants à côté de ce que l’on a créé, géniaux imbéciles et tarés cosmiques. Nous, qui t’avons donné la vie sans le savoir, qui t’avons nourrie, bercée, nettoyée (si j’avais su, j’aurais pisser plus souvent sur tes murs), qui t’avons applaudie plus qu’à ton tour. Nous, les moins que tout, les sans racines, les adeptes de la petitesse, les faiseurs de miracles à rebrousse poils. Nous, qui avançons sans même savoir pourquoi, mais qui le faisons le coeur léger et l’envie de vomir aux lèvres. Nous, les pareils que les différents quand nous essayons de leur inculquer nos petits mensonges éphémères de petite vie sur voie de garage. Nous, les voyeurs de cieux étoilés au péril des brouillards les plus intenses. Nous ! Qui ? Nous ! Que, quoi, lequel ? Nous ! Les rompus de l’ennui, les balafrés de l’apocalypse, les exaltés de la vie, les repriseurs de vieux rêves, les signets de l’infini, les ineffables, les sans fables au doux breuvage du poète. Nous, qui nous fourvoyons pour mieux avancer. Nous, les peut-être, nous, les jamais, nous, le contraire des autres et le négatif des uns, nous !!!
Nous, si tu savais, toi qui arrives du fin fond de ton histoire, ensorcelée de cette vie nouvelle, toi qui ne cherche que la rupture, si tu savais !
Si tu savais ce que tu nous ennuies.
Elle me regarde et lève son verre :
_ A la ville !
_ A la ville !   


 

Petite histoire : Michel est l'un des habitants de l'Antre-Lire. Ce texte y est "à paraître" mais d'autres s'y trouvent déjà...

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Published by Macada - dans Nouvelles (SFFF)
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