Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de l'Antre-Lire
  • Le blog de l'Antre-Lire
  • : 'zine littéraire - Lecture (sur le web)- Ecriture - Auteurs et textes en tout genre et pour tout genre (humains, enfants, poètes, loups, babouks...)
  • Contact

Recherche

23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 07:34
(photo. DV)

MES VOYAGES MALGACHES


Il y a Sylvie,  ma coloc de bureau mais elle ne s’y pose qu'un ou deux jours par semaine. Elle est "zanatane" - je crois qu'on dit comme ça. Bref c'est une blanche dont la famille est installée à Madagascar depuis pas mal de générations. Une grosse partie de la famille de Sylvie est "rentrée" en France depuis l'Indépendance, mais pas sa mère, ni sa soeur et les enfants de celle-ci. Sylvie, elle, c'est à Fort-Dauphin qu'elle "rentre" dès qu'elle le peut. Vous comprenez, sa mère et sa soeur s'occupent de l'hôtel familial mais elles peuvent en être chassées à tout moment. Par le gouvernement, par des émeutiers, par le manque de touristes. Tout est possible à Madagascar et tout a déjà failli ou s'est déjà passé. Alors Sylvie, elle bosse ici : elle assure les coups durs et la retraite toujours envisageable.


Il y a Paul, un autre collègue à moi. On se croise dans les couloirs, une petite bise : "Ca va ?""Ca va". De temps à autre, on s'assoit dans la salle café, on fait un point professionnel : où en sont ses dossiers, où en sont les miens, ce genre de choses. Et puis, plus rarement, on se prend le temps d'une vraie discussion. Religieuse. Parce que Paul, Dieu, c'est la partie la plus importante de sa vie. Il prêche le dimanche au Marché Malgache, sa voiture est toujours pleine de petits dépliants à distribuer dans les temples, sur les étals et je ne sais trop où (mais pas au boulot !). On parle suicide et paradis. Moi, je le titille en argumentant que je ne vois pas pourquoi les petits cons qui traversent et retraversent la quatre voies en scooter, ils auraient plus droit au paradis que ceux qui vont direct au pont de Belle-Pierre. Il essaie de m'expliquer. Je ne comprends pas. Des fois, l'un de nous accule l'autre :  un temps de silence, un petit sourire. Et puis, on se ressaisit vite et c'est reparti sur le désir réel et le désir avoué. Au final, nos convictions n'ont pas bougé d'un iota : pour lui, pas de paradis pour ceux du pont, pour moi, pas de paradis pour personne. N'empêche, ça fait quatre ans qu’en dehors du boulot, on se retrouve dans un Point Ecoute. Parce que si on s'entend si bien, c'est qu'on est bien d'accord sur le principal: les utilisations non-orthodoxes des ponts et des scooters ça nous semble bien triste.


Il y a aussi Rakotomanantsoa. Je ne sais pas comment ça se prononce : les noms malgaches n'ont pas la même phonétique qu'en français. On l'appelle Rakou mais là non plus, je ne suis pas sûre que ce soit un diminutif malgache. Quand je le lui ai demandé, il a eu l'air de ne pas comprendre : il m’a juste répété que je pouvais l’appeler ainsi. Il prépare une thèse en Economie. Sa bourse lui permet de vivoter ici et de faire vivre sa famille à Tana. Mais pas d'aller la voir tous les ans. Cependant, exceptionnellement en décembre dernier, il est parti en vacances chez lui. Faut dire que, quatre mois auparavant, il lui est né une petite fille là-bas à Tana. Les quinze jours avant son départ, il rayonnait. C'est la première fois que je le voyais vraiment sourire. C'est comme ça qu'on se rend compte que l'éternel sourire de certains, ce n'est que de la politesse ! Depuis qu'il est revenu, il travaille encore plus et il est devenu presque rare de le croiser au camion-bar. Au début, je lui demandais des nouvelles de sa femme et sa fille. Dans ces cas là, il prend un air résigné de circonstance : "Oui, c'est vrai, elles me manquent" et puis il fuit : il rigole, invoque son boulot et disparaît. Maintenant, je lui parle d'autre chose et même s'il sautille un peu sur place, il s'attarde et me raconte des choses inédites. Ses furoncles aux fesses, par exemple. Parce que ça fait du bien de parler de ses soucis. Et que ce n'est pas trop difficile, quand ils ne sont pas vraiment intimes.


Je ne suis pas encore allée à Madagascar. Peut-être parce que, pour l'instant, je sais que j'y ferai de jolies photos mais guère plus. Alors, j'attends que Fatma, mon amie karane, se décide à faire le pas d'aller y retrouver ce balcon d'où elle épiait les manifestations sanglantes qui l'ont expulsée du paradis paisible de son enfance, et qu'elle m'emmène.

En attendant, je continue mon voyage dans les couloirs et au camion-bar.


Partager cet article

Repost 0
Published by Macada - dans Carnets
commenter cet article

commentaires

Macada 07/05/2010 08:30


Coucou Pandora ! :-)
Fort-Dauphin ? Quelle chance !
Non, je ne suis pas encore allée à Mada ("Fatma" a failli se décider, et puis non). Mais mon voyage a travers les gens s'est approfondi et se poursuit. J'écoute, je ris, je grimace, je pleure, je
déguste le romazava de certains, me régale du foie gras et de la vanille que l'on me ramène de là-bas, caresse et contemple les baobabs de fer forgés que l'on m'a offert. Et je continue d'attendre
une raison spéciale pour y aller. Boulot, projet humanitaire ou culturel franco-malgache, voyage initiatique d'un de mes proches... J'ai quelque fois des occasions et je ne désespère pas qu'un jour
mes autres obligations me permettront d'en saisir une. :-)


pandora 06/05/2010 21:05


Tu y es allée finalement à Mada ?
(j'ai beaucoup aimé Fort Dauphin même si j'y ai mangé un poulet au gingembre qui m'a rendue malade)
C'est vrai qu'il y a des choses beaucoup plus intimes que des furoncles aux fesses...
Merci pour le voyage, intérieur et extèrieur


Marie-Catherine 14/07/2008 17:42

@Xavion : Mada ne doit pas être très loin pour toi non plus, je crois bien.
Prends aussi le temps d'écrire, hein !

xavion 14/07/2008 09:33

C'est coole les vacances, ça permet de prendre le temps de lire. Je découvre ce texte, il me donne une furieuse envie d'y aller moi aussi , à Mada.

Marie-Catherine 25/06/2008 08:56

@Garulfo : :-))