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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 11:25

(photo Inachisio.com)

Un Petit Bistrot

Célia Deiana


    Je me suis trompé de rue, je le sens.

    Elle m'avait dit la troisième à droite après le magasin de chaussures. J'ai pourtant bien compté, mais visiblement, je ne suis pas du tout au bon endroit. Déjà, je suis sorti de la galerie commerciale, et la boutique que je cherche est censée être en plein dedans. En plus Mari m'avait parlé d'un grand bâtiment qui bouchait la fin de la rue, très éclairé la nuit à cause des magasins situés en contre bas et ouverts jusqu'à minuit. D'ailleurs elle m'avait aussi parlé de tubes de R'nB déversés à plein volume dans la rue.

    Ici c'est quand même plutôt silencieux.

    Très silencieux.

    Et puis il fait bien nuit hein.

    C'est pas encore très glauque, mais ça, c'est uniquement parce qu'il fait très chaud et qu'il ne pleut pas.

    Bon, si je rebrousse chemin, j'arriverai sans doute à retourner dans la galerie commerciale.

    ...

    Visiblement pas.

    Une légende dit que les villes japonaises sont construites en grands carrés posés les uns à côté des autres.

    C'est faux.

    Je n'avais pas souvenir qu'il y avait un distributeur de cigarettes avant. J'ai encore dû me tromper de rue. Mais où et quand ?

    Je fais encore cinquante mètres et me retrouve devant un distributeur de boissons. Je glisse 130 yens dans la fente et rafraîchit mon palais avec une eau citronnée (super vitaminée d'après l'étiquette). J'ai besoin de boire pour avoir les idées plus claires.

    Je suis perdu.

    Je ne sais pas où je suis.

    Et j'ai refusé d'emprunter le portable de Mari parce que ma fierté de mâle me l'interdisait.

    Je suis un grand con.

    Il faut que je trouve soit un téléphone, soit un taxi. Donc il faut que je sorte de cette rue qui change d'apparence à chaque fois que je tourne la tête. Comme je l'ai déjà dit, ça pourrait être pire : il pourrait pleuvoir. Mais ça pourrait être encore pire : je pourrai ne plus avoir d'argent sur moi. Et cauchemardesque : je pourrai croiser des types louches. Faut pas rire avec ça, j'en ai déjà vu. D'habitude, les gaijin, ils s'en foutent. Mais s'ils en croisent un (qui en plus a l'air d'un grand con) la nuit dans une ruelle sombre...

    Ca y est je me fais peur tout seul.

    J'ai encore changé de rue et là, je me dis que les types louches, je vais pas tarder à les croiser.

    Je déchiffre les enseignes d'une maison de massage et de deux boîtes pour adultes.

    Youpi.

    Tout ce que je voulais au début, c'est aller dans une boutique d'éventails, pour acheter des souvenirs. Je veux pas aller dans une boîte pour mec !

    Allez, du calme, si je marche tout droit, tout le temps, je vais forcément arriver quelque part. Une cabine téléphonique, un taxi, une station de métro. Quelque chose ! Une station de flics ! Il est censé y'en avoir plein dans ce foutu pays !

    Un restaurant !

    J'ai réussi à déchiffrer les machins, on dirait un bouiboui bizarre, mais ils doivent avoir un téléphone !

    Ni une ni deux, avant qu'un rabatteur s'attaque à moi, je grimpe l'escalier étroit et je pousse la porte du bistrot.

    Un bruit de clochette tellement étrange dans une ville où toutes les portes s'ouvrent sur des voix suraiguës  de Irrashaimase!!!!

    Minuscule. Deux bancs, quatre chaises et deux tables.

    Et soudain j'ai très faim.

    Il faut savoir vivre dangereusement. Je ne sais pas ce qu'il y aura sur la carte du menu, je ne pourrai même pas la lire. Mais je ne sais pas. D'un coup, je suis très content de m'être perdu.

    Le cuistot me jette un regard plein de curiosité par-dessus ses casseroles, puis retourne ) ses beignets. Un vieil habitué a fait de même avant de reprendre une bière.

« Osutorarian ?

    — Furansu », que je réponds avec un accent à couper au couteau.

    Un sourire. On me donne une table et un menu qui ressemble à un rébus pour génie de 320 de QI.

    « Bi~ru, kudasai. »

    Oh oui une bonne bière. Et puis quelques beignets. Une fois le ventre rempli, je demanderai le téléphone au patron. Mais là j'ai le temps.

    Tout mon temps.

 

 

Petite histoire : Célia est trouvable sur son site, et aussi sur FictionPress.

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commentaires

Celia 28/06/2008 18:08

Merci Nathalie pour ton commentaire ^^

nathalie 26/06/2008 21:26

Ce texte me donne encore plus envie de voyager...

Celia 26/06/2008 16:54

Merci Sandrine pour ton commentaire. Le Japon a été une expérience suffisamment dépaysante pour que je veuille la partager.

sandrine 25/06/2008 15:09

un nouveau voyage, une nouvelle culture : je vois du pays en venant sur l'Antre-lire dis donc !