Impalpable
Jean-Philippe Drécourt
Notre amour était tellement impalpable que le jour où il nous a quitté, je ne l’ai pas remarqué. C’était comme le soleil couchant un jour de temps gris. Il faisait déjà nuit avant la nuit. Notre amour s’est ainsi dissout dans la grisaille de notre vie, il s’est envolé dans la tempête des événements.
Nous partions en vacances. Tu étais assise à l’arrière de la voiture. Tu lisais un livre à Téo pour passer le temps. Et d’un coup tu as fermé le livre et m’a demandé de m’arrêter, devant ce restaurant, au beau milieu de nulle part, sur une nationale déserte. Tu es sortie, tu as pris les valises, le petit. Tu étais arrivée. Moi pas.
Pas de scène, pas de dispute. J’ai croisé ton regard dans le rétroviseur. Je ne me suis pas retourné. Téo n’a rien dit, comme s’il avait compris et déjà accepté. La porte a claqué mais je ne l’ai entendue que bien plus tard, lorsque j’étais seul sur la route, sous l’influence hypnotique des ombres des platanes.
Alors j’ai pris une grande inspiration. J’étais libre. Pendant une fraction de seconde, l’impalpable s’est matérialisé. J’ai compris ton amour. Tu avais accepté ce que j’étais : un rêveur solitaire et égoïste. Et tu m’avais sauvé. En me quittant devant ce restaurant, en me laissant continuer sans vous. Pour la première fois, j’ai ressenti la connexion. J’ai découvert que l’amour était possible même pour l’handicapé de l’altruisme que je suis. Tu m’as donné espoir. Avec une autre peut-être, mais grâce à toi.
Petite histoire : Jean-Philippe est trouvable sur son site.
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