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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 07:23

Zen

(photo /\/òO's)

Zen

Jean-Philippe Drécourt


J’ouvre la porte.

 

Le sable du jardin Zen est intact. Le râteau et sa chaîne sont rangés dans le coin, comme je les ai laissés la veille. J’inspire, je vide mon esprit. J’expire. Viendra-t-elle aujourd’hui ?

 

Un ciel bleu sans nuage. Quatre murs blancs immaculés. Un rectangle de sable gris clair et une pierre noire enchâssée au milieu du jardin. J’attends l’apparition du soleil au dessus du mur qui me fait face. J’inspire. Je fais mienne la tâche à venir. J’expire. Est-elle venue hier ?

 

La chaleur de mon seul spectateur dilate les pores de mon crâne chauve. Je peux commencer. Je place la chaîne parfaitement enroulée sur mon épaule. Je m’empare du râteau. Je sors mon pied gauche de sa sandale et le pose sur le sable. Impossible de reculer maintenant, le chaos introduit doit être chassé. Je sors mon pied droit de sa sandale et le pose à côté de mon pied gauche. Le sable m’accueille et coule entre mes orteils. J’inspire. Ni plaisir, ni douleur. J’expire. Quand lui ai-je parlé pour la dernière fois ?

 

Le soleil s’élève au dessus de mon horizon artificiel. Il m’invite à progresser. Un pas. Je pose le râteau contre mon flanc. Je déroule la chaîne et la dépose dans le sable. Un à un les maillons créent un cataclysme miniature dans les sillons. J’inspire. Je me concentre sur la simplicité de l’acte. J’expire. Pourquoi a-t-elle souillé mon jardin ?

 

L’intensité du soleil blanchit le rectangle bleu qui me surplombe. J’entreprends la création des premiers sillons. La chaîne est une traîne encombrante mais nécessaire. Sillons transversaux, perpendiculaires aux sillons longitudinaux d’hier et identiques au sillons d’avant-hier. Un balancier géométrique. J’inspire. Je relève le râteau en bout de course. J’expire. La perfection l’effraie-t-elle à ce point ?

 

Le soleil atteint son zénith. J’ose interrompre mon travail pour contempler le chemin parcouru. Écrasés par la lumière, les sillons disparaissent. Je continue. À la fin de chaque rangée de sillons, j’enroule méticuleusement la chaîne sur mon épaule. J’inspire. Je contrôle le tremblement de mes mains. J’expire. A-t-elle compris le sens de ma colère ?

 

Encore quelques minutes de lumière. Plus qu’une rangée de sillons. La chaîne est lourde sur mon épaule. J’inspire. Je sèche une larme au coin de mon œil droit. J’expire. Me donnera-t-elle une chance de lui demander pardon ?

 

Le soleil disparaît derrière mon horizon restreint. J’enfile ma sandale droite puis ma sandale gauche. Je pose le râteau contre le mur et j’accroche sa chaîne parfaitement enroulée. J’examine mon travail. J’inspire. Je rejette toute sensation de fierté. J’expire. Elle viendra demain.

 

Je ferme la porte.

 


En savoir plus...  : Jean-Philippe est trouvable sur son site

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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

Jean-Philippe 02/10/2008 15:31

Merci Tristeplume & djin.

djin : si vous vous rendez sur mon site, vous verrez que les bluettes sont généralement ces tranches de vies comme lorsqu'on entend juste une partie de conversation dans la rue ou dans un café. Parfois on croit comprendre, parfois ça n'évoque rien.

djin 01/10/2008 09:11

Un texte qui procure des sensations et des sentiments contradictoires. Bien écrit, à courtes phrases hachées. La précipitation sous le zen. L'interrogation.
Oui MAIS... je n'ai pas compris.

Tristeplume 30/09/2008 12:59

C'est un texte vraiment très intrigant (et donc remarquable ^^). J'avoue qu'il ne me laisse pas vraiment "zen" à l'arrivée. Le côté rituel qui apaise est très bien rendu (j'aime bien ce thème d'ailleurs).

Jean-Philippe 30/09/2008 11:04

Merci D.K., une partie du Zen est justement de réussir à vivre avec ces questions insolubles et d'apprécier les choses pour ce qu'elles sont. (Le point de vue du texte m'empêche de révéler l'histoire qui le motive.)

Sandrine : Un tel commentaire demande des explications supplémentaires ! Ou alors est-ce une revanche que de me laisser à mon tour deviner le sens de vos propos ? Dans tous les cas, j'apprécie la radicalité de votre commentaire.

sandrine 30/09/2008 07:13

Monsieur Xavier est un fin lecteur... J'ai rien a ajouter, alors, je dirais oui la perfection fait peur à ce point, je trouve qu'elle a un gros défaut : elle est ennuyeuse...