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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 06:29
Jeff Laraclure
André Samie


Assis dans un coin de sa cellule, Jeff Laraclure médite sur le funeste sort qui l’attend. La prochaine fois qu’il verra le soleil, ce sera pour marcher vers l’échafaud. Il a pris un énorme risque en pénétrant dans les appartements royaux pour tenter d’assassiner le Roi et ce dernier n’a été sauvé que par l’intervention de la Reine.

Dans un sinistre grincement, la porte du cachot s’ouvre. Trois gardes patibulaires s’avancent avec un luxe de précaution. Jeff n’est pas un amateur et sa fourberie est devenue légendaire. Sans un mot, les soldats lui entravent les mains et les pieds avec de lourdes chaînes. Jeff se laisse faire. Une profonde détermination se lit dans ses yeux sombres.

La clameur de la foule et la lumière éblouissante du soleil le sortent de sa rêverie. Il est dans la cour du château et devant lui se dresse la silhouette de l’échafaud. Encadré par les soudards du Roi, il s’avance lentement. Tout ce que le royaume compte de personnalités s’est rassemblé pour l’exécution d’un criminel de sa renommée. Sur le large balcon surplombant l’esplanade, Jeff peut apercevoir le Roi au visage sévère, la Reine aussi belle que séduisante, le Prince, frère du Roi, et, à la tête du Grand Conseil réuni au complet, le Juge Suprême aux yeux sages.

Enfin parvenu sur la plate-forme en bois, Jeff observe la populace avide de mort qui s’étend à ses pieds. Les cris hostiles et moqueurs se sont tus et, dans le silence, le Juge Suprême prend la parole.

- Jeff Laraclure, vous allez être exécuté ce jour par la volonté du Grand Conseil et celle du Roi. Telle est votre punition pour vos crimes innombrables. Bourreau, le condamné vous attend.

Jeff reprend son souffle. L’angoisse le submerge quand l’homme cagoulé de rouge lui passe la corde autour du cou. Il pousse alors un grand cri.

- Roi ! Je vous supplie de m’épargner pour le moment ! J’ai d’importantes révélations à vous faire !

La voix tranchante du redouté monarque fait taire le brouhaha provoqué par les paroles du scélérat.

- Qu’as-tu à me dire, misérable ?

- J’accepte de vous révéler le nom de mon commanditaire.

- Par trois fois, tu as refusé de le faire.

- Je n’avais pas la corde au cou, Roi.

- Parle et je déciderai de t’épargner ou non.

- Non, mon seigneur. Je ne peux révéler ce nom qu’à vous et à vous seul.

Le Juge Suprême intervient et chacun de ses mots claque comme un coup de fouet.

- Insolent ! Comment oses-tu poser des conditions ? Tu as cent fois mérité la mort et la pendaison n’est que la plus douce d’entre elles !

Dans le même temps, la Reine se penche vers son époux et lui murmure quelques phrases. Le visage de ce dernier reste un moment indécis puis une ferme résolution se dessine sur ses traits.

- J’accepte ta requête. Mais saches que cela ne signifie pas que ta vie est sauve.

Les cris de déception de la foule se sont évanouis derrière les portes de la salle du trône. Toujours encadré par les plus fidèles soldats du Roi, Jeff Laraclure fait maintenant face au couple souverain. Il est tendu et tous ses sens sont en alerte. Sa vie est en jeu et il va devoir se montrer convaincant. Il a souvent frôlé la mort mais il ne l’avait jamais contemplée d’aussi près.

- Bien. Je t’écoute et sois persuasif. Pour moi, tu es déjà mort.

- Mon commanditaire est le Prince, votre propre frère.

- Imbécile ! Et tu penses que je vais croire cette idiotie. Jamais mon frère n’oserait faire une telle chose. Il n’en a ni la volonté, ni le courage.

- Il est soumis à votre autorité. En apparence. Vous savez parfaitement que nombreux sont les nobles et membres du Grand Conseil à apprécier le Prince. Même le Juge Suprême n’a jamais caché sa sympathie pour lui. Il est plus facilement manipulable et a une image favorable auprès du peuple. Il n’a ni votre poigne, ni votre intelligence. Pour beaucoup, son accession au trône serait un compromis qui satisferait les nobles partisans de la royauté, le peuple, l’opposition républicaine, les philosophes et le Culte.

- Tout cela, je le sais déjà. Et je ne m’en soucie guère. Je suis inattaquable. Tu n’as aucune preuve.

- Avez-vous vu l’arme que je portais cette fameuse nuit où j’ai pénétré dans votre chambre ?

- Non.

- Faites-la amener ici et tout s’éclairera.

Après un moment d’hésitation, le Roi fait un signe à un de ses gardes. Quelques instants plus tard, ce dernier revient avec l’objet en question, une dague forgée du meilleur acier, incrustée d’or et de joyaux et portant le blason de la famille royale. Le Roi l’examine et son regard vacille d’incertitude.

- Cette dague…

- Est celle que votre défunt père a offerte à votre frère tandis qu’il vous remettait le sceptre royal. Le lot de consolation du Prince.

- C’est impossible ! Depuis tant d’années… jamais je n’aurai cru…

- Vos ennemis ont exploité votre seule et unique faiblesse : votre frère.

Le Roi reste un long moment prostré. Jeff transpire. Il danse sur la lame du rasoir et le moindre souffle peut provoquer l’inéluctable. Petit à petit la consternation du Roi laisse place à une rage froide. D’une voix grondante il s’adresse à ses gardes.

- Amenez-moi mon frère et si ses hommes opposent la moindre résistance, passez-les tous au fil de l’épée.

- Si vous me permettez, Roi, vos opposants n’attendent que ça. Tout ce que vous risquez en ne prenant pas de précautions est une révolte et une sanglante guerre civile. C’est pour cette raison qu’il m’a engagé. Un assassinat propre et net. Beaucoup de bruits, de suspicions mais sans aucunes preuves, aucunes conséquences.

- Je vois où tu veux en venir, ordure. Tu veux sauver ta peau ?

- Oui. Quelle que soit ma victime, je ne fais pas de différences.

Le Roi reste indécis. Il se penche vers son épouse et lui glisse quelques mots.

- Ma chère, toi qui sais lire dans le cœur des hommes à livre ouvert, que penses-tu de tout cela ?

La jeune femme au regard bleu acier sourit en détaillant l’assassin. Elle se lève et s’approche de lui. Elle lui caresse le visage, hume son odeur, goûte la sueur qui coule le long du cou du maître assassin. Jeff reste pétrifié. La Reine revient à sa place, un sourire carnassier sur ses lèvres de sang.

- Mon amour, cet homme transpire la peur. Mais il dit la vérité. Il est prêt à tout pour sauver sa misérable peau. Il vous lècherai les pieds si ça pouvait l’aider.

- Ça pourrait être une idée mais ce n’est pas le moment. Un assassinat… pourquoi pas ? Finalement, ce n’est que justice. Bien. Ramène-moi la tête de mon frère et tu auras la vie sauve. Et pour m’assurer de ta fidélité, mes gardes vont t’inoculer un poison. Si au lever du soleil, tu ne reçois pas l’antidote, tu mourras.

- Comme vous voulez, Roi. Je n’échouerai pas. Cela sera fait cette nuit même.

Tandis que les soldats le libèrent de ses entraves, Jeff reprend son souffle. Il a su jouer cette partie avec talent mais il lui reste beaucoup à faire pour sauver son existence. Le poison coule maintenant dans ses veines et le temps lui est compté. Tandis qu’il recule sans quitter les soldats des yeux, le Roi le rappelle.

- Prends cette dague et tue-le avec.

- Je le ferai, Roi.

(à suivre)

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Published by Macada - dans Nouvelles (SFFF)
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commentaires

Tristeplume 30/10/2008 17:25

Merci Marie-Catherine. ^^

Ben vala Alpero et Freefounette, le suspens ne fut pas trop long. :o)

André

Marie-Catherine 30/10/2008 17:07

TADAAA ! La suite est branchée. Et je peux vous dire qu'André, euh... Jeff, s'y déchaîne. ;-)

Freefounette 30/10/2008 15:38

Rah, quel suspens !!! (je sens que tu vas encore adorer mon comm...). mdrrrrr !

alpero 29/10/2008 09:11

j'attends la suite avec impatience !!!