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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 08:47
La petite fille qui faisait tout à l’envers

 

Marie-Catherine Daniel

 



Il était une fois une petite fille, nommée Elodie, qui vivait avec ses parents et aurait dû être très heureuse. Mais Elodie avait un problème : elle faisait tout à l’envers.

Quand elle voulait faire un bisou à Papa, elle lui mordait la joue. Quand elle voulait dire : « Je t’aime Maman chérie », d’affreux jurons lui sortaient de la bouche. Quand elle appréciait une autre petite fille, au lieu de demander : « Tu veux bien être ma copine ? », elle disait : « Tu es laide comme un pou ! ». En classe, si la maîtresse posait une question facile comme « 9+2 », elle répondait « 217 » et si elle devait lire un poème, elle commençait par la fin et personne n’y comprenait rien.
Bien évidemment, les enfants la fuyaient, la maîtresse l’ignorait et Papa et Maman n’arrêtaient pas de lui crier dessus.

Jusqu’au jour où Oncle Henri vint en vacances.

Elodie ne l’avait jamais vu car Oncle Henri était éleveur de rennes en Laponie et ne pouvait pas laisser seuls ses animaux. Mais, cette année-là, Noël, le curé du village lapon prit sa retraite et Oncle Henri pu laisser les rennes aux bons soins du Père pour venir voir sa famille.

Quand il sonna à la porte, Elodie voulut se précipiter pour ouvrir. Hélas, ses jambes coururent à sa chambre, et sa main claqua la porte derrière elle. Papa dut venir la chercher pour qu’elle puisse enfin faire la connaissance de l’oncle légendaire.
C’était un grand monsieur barbu avec un anorak rouge bordé de fourrure blanche, des jeans violet et de grosses chaussures de marche. Tout à fait comme l’imaginait Elodie !
- Bonjour Elodie ! dit-il d’une grosse voix amicale.
- Gros tas d’poussière, grogna la petite fille, bien malgré elle.
- Humph ! fit Oncle Henri, surpris.
Papa envoya Elodie dans sa chambre « pour apprendre la politesse » jusqu’au dîner. Celui-ci se passa bien puisqu’Elodie réussit à ne rien dire du tout, serrant fort les dents entre deux cuillers de soupe. Seul, un coup de pied lui échappa mais il n’atteignit que le pied de la table.
- Humph ! dit Oncle Henri en retenant son verre qui tremblait sous le choc.
Après le repas, la famille s’installa au salon pour écouter Oncle Henri raconter la Laponie. Même Elodie. Qui, pour plus de sûreté, s’était glissée derrière le canapé et maintenait ses deux mains sur la bouche.

Le lendemain, Papa proposa d’aller en forêt cueillir du houx. Au lieu de sauter de joie, Elodie prit une mine d’enterrement et déclara qu’elle avait mal au ventre.
- Humph ! dit songeusement Oncle Henri.
La pauvre Elodie resta donc à la maison. Elle prit un livre et se blottit dans son lit.
Elle finit par s’assoupir.
Ce fut Oncle Henri qui la réveilla. La fillette entrouvrit les paupières, vit le tendre sourire du géant…et glapit comme si on l’étranglait : « Au secours ! Il me bat ! »
-Humph ! grommela Oncle Henri, mais au lieu de la traiter d’idiote, de menteuse ou de dingote, il lui tourna le dos et alla contempler la photo de mariage de Papa et Maman qu’Elodie avait collé sur la porte de son placard.
Il répéta :
- Humph !
Elodie mit la main sur sa bouche pour qu’une sottise ne s’en échappe pas. Mais Oncle Henri s’adressait à la photo.
- Il s’agit d’un cas de tout-à-l’envers ! Je n’en étais pas sûr au début, parce qu’elle ne marche pas à reculons et qu’elle n’a pas pris la fourchette pour manger sa soupe. Mais maintenant, plus de doute : c’est une Yanouhossi.
Il  pencha un peu la tête comme s’il écoutait ce que disaient les mariés.
- Qu’est-ce qu’une Yanouhossi ? Eh, bien ! Mon ami Ingmar, qui est chaman, une sorte de prêtre-médecin, pense que les Yanouhossi sont des personnes qui ont attiré la jalousie des esprits par leur gentillesse, leur beauté et le fait que tout le monde les aime. Pour se venger, ils leur font tout faire à l’envers
Au fond de son lit, Elodie écoutait de toutes ses oreilles.
Oncle Henri pencha de nouveau la tête :
- Peut-on se débarrasser de l’esprit ?
Elodie retenait son souffle.
- Humph ! soupira Oncle Henri. Ce n’est pas chose aisée mais c’est possible.
Elodie souffla.
- Voyons, reprit Oncle Henri, il me faut…une peau de mouton.
« Aïe ! pensa la fillette, il y en a une chez Papa et Maman mais je n’arriverai jamais à la lui apporter. »
Oncle Henri s’était déjà tourné vers elle. Mais il ne demanda rien. Il ordonna :
- Elodie, reste assise !
Et la fillette bondit sur ses pieds !
- Elodie, je t’interdis d’aller chercher une peau de mouton.
Et la fillette courut chercher ce qui était interdit !
Quand elle revint avec la fourrure, Oncle Henri refusa d’y toucher et, bien sûr, Elodie la lui mit de force dans les mains.
Il l’emporta dans sa propre chambre. A travers la porte fermée, la fillette entendit des bruits mystérieux accompagnés d’un fredonnement monotone. Cela dura longtemps. Puis la porte s’ouvrit brusquement et la fillette, surprise, fit un bond..
- Elodie ! gronda Oncle Henri. Ne me dérange pas ! Disparais de ma vue ! N’entre pas dans ma chambre !
Et la fillette pénétra calmement dans la pièce.
Sur le sol, se trouvait la peau de mouton, au centre de laquelle l’éleveur de rennes avait découpé un morceau rond. Le doux poil blanc des deux morceaux était désormais tacheté d’une substance grasse, sombre et odorante. « De la graisse de renne ! » devina Elodie.
- Ne touche à rien, ordonna Oncle Henri. Et surtout pas à ces pièges à esprits qui ne sont pas pour toi. Il ne faut jamais que tu enfiles cette peau de mouton comme un poncho, ni que tu roules en boule dans ta main le petit morceau. Et surtout, surtout, tu ne dois jamais penser « les Yanouhossi ont le droit d’être en colère » avant de t’adresser à quelqu’un ! J’espère que tu n’as rien compris !
Et, bien sûr, Elodie passa sa tête par le trou de la peau de mouton, roula soigneusement en boule l’autre morceau et le serra bien fort dans sa main droite, pensa très fort : « les Yanouhossi ont le droit d’être en colère ». Puis elle leva les yeux vers ceux d’Oncle Henri.
- Merci Oncle Henri articula-t-elle d’une voix claire… avant de lui sauter au cou.
- Humph ! dit-il, en riant.

 

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commentaires

Macada 14/12/2008 17:52

BISES Sandrine ! :-)

BISES Anthony ! :-)

Anthony 14/12/2008 17:32

Très sympa, je confirme !!!

sandrine 10/12/2008 19:34

Elle est trooooooooooooop belle ton histoire ;-))

Macada 09/12/2008 19:18

@alpero : *rires*

@DK : Je vais penser à en faire faire un audiolivre et comme ça tu pourras l'écouter tous les soirs. ;-)

@Hopie : non, non, quand j'étais petite, je n'étais pas une fille, j'étais un indien ! Un grand ! C'est comme ça que je sais que, oui, oui, cette technique marche aussi pour les adultes. ;-)

Hopie 09/12/2008 18:54

Tu comprends très bien les petites filles je trouve. Tu n'aurais pas été une avant ? ;-) Quelle jolie histoire. Tu penses que cette technique marche aussi pour les adultes qui ont des moments "tout à l'envers" aussi ?