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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 06:32

La fée verte

Alpero, Apollinaire, Barbara, Baudelaire, Bréaud, Degas, le Dupontesque, Oliva,
Ponchon, Toulouse-Lautrec, Verlaine, Van Gogh


Sonnet de l’absinthe

Absinthe, ô ma liqueur alerte,
Il me semble quand je te bois
Boire l’âme des jeunes bois
Pendant la belle saison verte.

Ton frais parfum me déconcerte
Et dans ton opale je vois
Des cieux habités autrefois
Comme par une porte ouverte.

Qu’importe, ô recours des maudits,
Que tu sois un vain paradis,
Si tu contentes mon envie;

Et si, devant que j’entre au port,
Tu me fais supporter la vie,
En m’habituant à la mort

Raoul Ponchon (Le Courrier Français, 1886)


(Viktor Oliva, le buveur d'absinthe)

La verte

L’avenir m’est si lourd que j’ai trouvé la voie
De la fuite en ce verre dont je voudrais goûter
Avant qu’elle ait fini lentement de goutter
La livide liqueur par où ma vie se noie.

Dans les reflets moirés du liquide qui coule
Au fond du gobelet, mon regard s’est perdu
Comme se perd aussi le malheureux pendu
Qui s’agite et balance au milieu de la foule.

                                Le sucre a disparu. Il n’est plus qu’un fantôme
                                Dans l’eau où s’adoucit la boisson dont j’attends
                                Qu’elle vienne calmer la peine qui me tend
                                Nourrie par le malheur dont m’envahit l’arôme.

                                Le souffle de ma vie sort par ma bouche ouverte,
                                Ma bouche qui, goulue, avale le poison
                                Puisque, sans avenir, je n’ai plus de raison
                                Afin de rester moi, de me priver de verte !!!

Alpero




Ils buvaient de l'absinthe,
Comme on boirait de l'eau,
L'un s'appelait Verlaine,
L'autre, c'était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l'eau,

                                        Barbara
                                                               
                                                                     (@ Dornac, 1896, Paul Verlaine au café Procope)


(Jean Béraud,  le buveur d'absinthe)


Le poison


Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.


                                                    Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
                                                    De ta salive qui mord,
                                                    Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remords,
                                                    Et charriant le vertige,
                                                    La roule défaillante aux rives de la mort!


Charles Baudelaire (Spleen et idéal)









...
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie
...

                                                Apollinaire (Zone, Alcools)









Rhénane d’automne

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Ecoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire


Guillaume Apollinaire (Nuits rhénanes, Alcools)

(Van Gogh, Henri de Toulouse-Lautrec, 1887)


***********



En savoir plus...  : 

• Merci à Alpero dont le poème La verte a inspiré tout cet article.

• L'absinthe a été l'alcool de prédilection de bien des peintres, poètes et écrivains du début du XXème siècle. Ils la célébraient et y noyaient leur spleen. Interdite en France en 1915, puis dans les autres pays, la controverse sur les dangers encourus ou non à la boire, a longtemps battu son plein, contribuant certainement  à l'attraction qu'elle exerçait sur les milieux artistiques. C'est ainsi que la Fée Verte est entrée dans la légende... (e.g. Musée Virtuel de l'Absinthe)

• Si, comme moi avant cet article, vous ne connaissiez pas Raoul Ponchon (1848-1937), vous pouvez faire plus ample connaissance avec son oeuvre : ici .

• Mes recherches m'ont aussi fait découvrir des illustrations du  Dupontesque  à qui je laisse la main :


(le Dupontesque,  la Fée Verte)




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commentaires

Macada 03/01/2009 19:07

Euh... ce ne sont pas "mes" écrits. Mais grand merci au nom de leurs auteurs. :-)

Amitiés aussi, Reine.

Bataillou 03/01/2009 18:29

j'ai toujours du plaisir à lire tes écrits.

amitiés

liliba 31/12/2008 15:37

Bonne année 2009 !
Au plaisir de revenir te lire souvent...
bizz
liliba

Macada 27/12/2008 17:46

@Elie : Ca y est j'ai branché ton blog - et ses superbes poèmes, musiques africaines et autres, histoires,... - dans les liens à gauche. Je n'ai pas trouvé ton mail mais pour des échanges hors sujet (relativement à l'article auquels les com' sont attachés), tu as mon mail en bas de cette page... N'hésite pas. :-)

@Alpero : désolée du flood. Pour me faire pardonner, sache qu'aujourd'hui j'ai eu 2 bons échos inattendus, et donc spontanés :-), à propos des poèmes de cet article.
Tchouss

elie 27/12/2008 15:25

salut,
je voudrais mettre ton blog en lien avec le mien, si tu veux bien.
Elie.