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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 13:22

FOURRE-TOI ÇA DANS LES CIRCUITS



Le robot regarda en son for intérieur et, reflétée dans les composants de son logos positronique, il contempla la condition humaine telle qu’elle s’offrait à sa portée et telle qu’elle était vraiment. Il rétracta sa tête de bronze et de fer moulée, susurra des mots sans musique et les lumières de ses cellules clignotèrent d’étonnement, car le robot savoura le dégoût de se voir à un cheveu de se savoir humain, et il connut sur son trajet cris de fureur et sang, tortures, extorsions, lèvres lapidées par les baisers de la mort, et il fut témoin de suicides, tueries, fraudes, tirs sur des murs de cimetière à l’aube, mensonges qui signifiaient des vies, faim, et il s’y entendit en monopoles et en armes passées de main en main, en couteaux plantés dans des ventres pestilentiels au cœur de ténèbres et en revolver vidés sur le crâne d’autres hommes comme du spray sur un insecte, et il observa la peur, la folie, l’intransigeance, les amitiés déchirées par une femme en arrière-plan, les assassinats, les revanches, les épurations, les pubertés fauchées comme une fleur ouverte à la dépravation et à la désillusion, et il pleura sur les génocides ethniques, les batailles, les décorations de la gloire, la pauvreté, les faux demi-mots qu’on faisait passer pour de l’amour, et il s’y connut en orgueil, cruauté, intolérance, corruption, haine et il archiva des incestes, calibra la misère, vérifia des cruautés, les mille visages de l’horreur dans toutes ses formes, et un fleuve de larmes métalliques déborda de ses yeux chargés de l’innocence d’un nuage, et le robot approcha ses extensions tactiles là où frétillait son cœur de quartz, et il appuya avec force sur la boîte magique d’où lui venait l’inspiration, et tandis que la carcasse de son corps tremblait devant le output qui lui fauchait l’âme et annulait la condition à laquelle il avait pu accéder un moment, le robot pensa si c’est ça être humain je ne le veux pas, si la vie de l’homme est ainsi, cela ne m’intéresse pas.
Rafael Marín Trechera
(trad.  J. Fuentealba)

En savoir plus...  : 

Bienvenue dans l'Antre-Lire à Rafael Marin, écrivain phare de la Science-Fiction espagnole.

Dans sa version originale et sous le titre « Métalas », ce texte a été publié en 1987 dans le recueil Unicornios sin cabeza aux éditions Ultramar Editores.

On peut trouver Rafael sur son  site .

Ou à partir de  sa  fiche auteur .

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commentaires

D.K. 22/02/2009 19:24

"un fleuve de larmes métalliques déborda de ses yeux chargés de l’innocence d’un nuage..."
Belle écriture - je ne savais pas les robots si poétique ! :-) Mais ses yeux étaient-ils déjà si embués de larmes qu'il n'a pu voir que la face sombre de l'humanité ?

xavier 20/02/2009 09:06

ça donnerai quoi les trois lois de la robotique si les humains se les auto-appliquaient ?
Quelle est l'entitée supérieure à laquelle l'homme devrait sacrifier sa vie, comme le robot doit sacrifier la sienne à homme dans la première loi ?
Dieu ? on sait ce que ça donne ce genre de fanatisme.
Une société immanente, supérieure à l'individu ? ça sent la fourmillère ce truc ...

Macada 14/02/2009 12:08

Tout à fait, Alpero ! :-)
Voire même songer à s'auto-programmer en ce sens...

alpero 14/02/2009 09:04

Isaac Asimov et les lois de la robotique, j'adore... je regrette seulement que les "vrais" humains n'aient encore pensé à intégrer ces lois dans leurs créations et, apparemment, n'envisagent pas non plus cela pour plus tard...

Macada 14/02/2009 06:29

Grandes questions que tu poses, Alpéro ! Qu'est-ce qu'une machine ? La conscience peut-elle exister sans l'émotion ?
Non les ordinateurs actuels n'ont aucune velléité de conscience et ne sont pas près d'en avoir. Leur "pensée" se résume à la manipulation de règles syntaxiques dénuées de toute signification. Mais peut-être que de la même façon que beaucoup d'êtres biologiques ont accédés à la conscience, le "cerveau" électronique finira-t-il par être assez complexe pour arriver à capter le sens de ce qu'il produit...et donc à ressentir.
Les robots d'Asimov - que je parie que Rafael Marin a lu en long et en large :-) - offrent une belle réflexion sur toutes ces questions.