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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:00

Un arc et des flèches


Sébastien Ayreault


J’ai acheté mon premier paquet de clopes à 11 ans, un paquet de Marlboro Rouge. Pour ça, j’avais dû piquer une pièce de dix balles dans le porte-monnaie de ma mère. Je me souviens bien du gars qui me l’a vendu : il s’appelait Eugène. Outre qu’il avait constamment la gueule dans le brouillard à cause de sa gitane maïs qui ne quittait jamais ses lèvres et que ses lèvres ne disaient jamais plus de trois mots, il avait, au bout d’un bras maigre comme tout, une main en bois qu’on avait parfois envie de toucher, et parfois pas. Peut-être bien que c’était du chêne, mais sûrement pas du sapin, encore moins du contre-plaqué. Sûr. Enfin bref, Eugène refourguait aussi des magazines qui vous agrandissaient la pupille, magazines que je n’avais jamais les moyens de m’acheter. Ce que je veux dire par là, c’est que si j’avais piqué de quoi m’acheter ce genre de magazines dans le porte-monnaie de ma mère, je veux dire, ça aurait fait plus que des plis sur la surface de l’eau. Et si t’ajoutes au fait qu’on n’avait pas d’étang dans le jardin, le fait, que je n’avais pas du tout envie d’arrêter de fumer… D’ailleurs, en vous parlant de tout ça, je m’aperçois que ma toute première cigarette, c’était peut-être bien avec ma grand-mère. Une menthol. Peut-être bien qu’on était au bord de la mer, du côté de Notre Dame de Monts, peut-être bien qu’elle fumait en maillot de bain à fleurs sous les immenses peupliers, et peut-être bien que je lui ai demandé le goût que ça avait, alors elle m’a filé sa clope, j’ai tiré dessus, et elle a ri. Il est dans mon oreille le rire de ma grand-mère, juste-là, quand je le tape sur les touches de mon clavier. Après ça, après ça je suis parti avec mon arc et mes flèches jouer aux indiens dans les dunes. Parce que dans les dunes, on y voyait la même chose que dans les magazines d’Eugène, des choses qui vous agrandissaient la pupille. Et allez savoir, assis là, à regarder toutes ces jolies choses dans le creux des dunes, j’ai vite pigé qu’un paquet de clopes me serait plus utile qu’un arc et des flèches.

En savoir plus...  : 

Ce texte est aussi publié  dans le numéro 42 de la revue  RAL, M  (une fort bonne adresse de lecture en ligne...).

La fiche auteur de Sébastien se trouve : 
ici.



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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

alpero 04/05/2009 15:21

grand plaisir à lire ce moment d'adolescence... même si j'ai jamais accroché à la clope, parce que pour les yeux qui s'agrandissent, moi, j'ai piqué la monnaie...

sebastien ayreault 01/05/2009 19:40

Je viens de le relire... :-)
Je pense que la clope, c'est pour la patience... La patience du creux des dunes...

Tristeplume 30/04/2009 10:20

Excellent, très bien amené !
On se demande où tu veux en venir, le rapport avec le titre et la conclusion est très belle.
J'fais aussi parti de ceux qui ont abandonné (malheureusement... ou non) l'arc et les flèches pour la clope.
Merci. :o)