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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 11:07

LA BELLE ECHOUEE


Claude Romashov


Delphinéa s’est échouée. La houle n’est pas son amie. L’onde verte mariée d’orangeade par les langueurs du soleil, caresse ses cheveux emmêlés de nacre. Sa peau délicate et légèrement grenue     se frotte au sable de la plage. Elle exhale un long soupir à faire pleurer les sirènes, ferme un œil bleu azur et décide de secouer le sel qui s’accroche en cristaux sur ses bras ronds.

Un tapis irisé se dessine autour d’elle. Lui, le passant des nues, s’apitoie sur le sort de belle échouée. Il est seul car le galion qui l’a déposé sur la terre australe, a mis le cap sur une île mystérieuse au large. Un récif brun qui décime les équipages. La mer est une voleuse d’âmes. Elle aime jouer avec les hommes, les attirer au plus profond de ses abysses et les engloutir. Il est si facile pour ses vagues musicales de les enchanter.

Delphinéa ne s’en soucie guère. Elle est insouciante malgré le danger que représente le soleil qui darde ses flèches sur tout ce qui lui semble vivant. Non ! Ce qui la préoccupe, c’est ce beau jeune homme aux yeux frangés d’écume et au corps saveur sable brûlé. Elle n’a encore jamais vu d’humain et, le dévisage avec curiosité. C’est la première fois qu’elle saute sur les vagues pour se  rapprocher de la grève au grand dam de ses sœurs. Les sirènes l’ont mise en garde. Delphinéa risque de déchirer sa peau granuleuse de monstre marin. Et puis, elle va se faire piquer par un bivalve. Dans le milieu ondoyant, on se méfie des bivalves : trop ouverts, trop ambivalents pour ces chimères qui préfèrent la sécurité des coraux de  la grande barrière.

Notre belle échouée est jeune et impétueuse comme sa mer. La mer : l’ultime refuge contre les remous du monde terrestre.

Au passage du jeune homme à la peau métissée, elle se redresse et lui fait miroiter mille et une promesses. Elle arrondit ses lèvres ourlées de rose et murmure d’une voix mélodieuse. L’a-t-il entendue ? Son regard se perd dans le sien, allumé de toutes les étoiles de mer. Fatale erreur ! Il est pris dans ses filets. Des rets invisibles où chutent les marins imprudents ! Le cœur palpitant du rouge qui teinte le corail quand les bras tentaculaires des sirènes se referment sur eux et les entraînent au large.

Lui, n’a pas peur d’elle. A-t-on peur d’une belle échouée au matin sur une plage déserte ? Une sirène à la voix si tendre et qui n’a pas encore l’odeur forte de varech de ses congénères.

Il n’a pas compris que la nacre durcie de son cœur ne rayonne pas de miel. Il n’a pas compris que les ondes souples de son corps juvénile ne sont que danse mortelle…

Quand Delphinéa transperça de son regard coupant le cœur du marin en perdition, les dés furent jetés. Il n’était plus qu’un pantin désarticulé qu’elle hissait sur les vagues en écartant ses sœurs envieuses, des coups circulaires de sa queue.  

 

 

En savoir plus sur Claude Romashov ? ICI

 

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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

claude 30/10/2009 20:13


Merci pour ce commentaire Scylliane


Scylliane Mohan 30/10/2009 16:11


Un texte très poétique sur l'archétype de la sirène que j'apprécie particulièrement. Son nom est bien trouvé !