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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 00:00
Oiseaux de malheur ?

Marie-Catherine Daniel


Quand je pousse la trappe du toit, la nuit est moins sombre que l’escalier de secours.

Il y a un oiseau sur le local de l’ascenseur. Il est brun ; grisaillant aussi ; quelconque de toute façon. Pas le genre de couleur qui rend intéressant. Pour cela, des plumes jaunes, ou rouges, ou vertes sont nécessaires. Un perroquet, un geai, un bouvreuil sont des oiseaux dignes d’attention. Mais pas celui-ci ; même si en regardant mieux, le brun va du marron au beige, et le gris du presque noir à une jolie tache blanche sur le plastron. Seulement, il faut n’avoir rien d’autre à faire pour s’en rendre compte. Il faut que l’animal soit là, tout seul sur le toit avec moi, pour faire plus que l’effleurer des yeux. Tiens d’ailleurs, les siens sont clairs. Ça c’est bien, beaucoup mieux que les yeux foncés. Dommage cependant qu’ils ne soient pas bleus mais miel. On dirait le regard d’un loup. Pas d’un chat, à cause des pupilles rondes et non fendues. Cet oiseau-là n’attire pas les caresses. Pourtant, je trouve qu’il n’est pas inquiétant, il n’y peut rien si son regard est fixe et sa face immobile. Et puis un tout petit effort suffit pour comprendre que ce n’est qu’apparence : un frémissement de vent et le plumetis de duvet dévoilerait sa douceur aérienne. Alors pourquoi mes ancêtres l’ont-ils cloué aux portes des granges ? Pourquoi maintenant l’ignore-t-on ? Parce qu’il n’a rien d’un perroquet, parce que la clarté de ses yeux n’est pas celle du ciel ensoleillé ? Peut-être à cause de ses oreilles ? Je sais, ce ne sont pas des « oreilles », juste deux plumets qui surplombent son masque. Deux antennes étranges qui le mettent à l’écart des oiseaux que l’on voudrait apprivoiser. Deux excroissances incongrues.

Inversement proportionnelles à mes deux bras atrophiés.

Ces deux moignons qui m’autorisent à peine à me gratter le nombril ; ces deux machins qui, quoiqu’en disent mes parents, ne me permettront jamais de m’envoler. Qui, ce matin encore, dans le regard bleu auréolé de blondeur de Léa, m’ont relégué au rang d’oiseau de malheur. « Ne me touche pas, sale corbeau rabougri ! » a-t-elle sifflé, quand j’ai essayé de lui prendre la main.

Un corbeau ?

Qu’hululerait-elle pour un hibou ?

Celui qui m’observe cligne des paupières puis hoche la tête. Je crois qu’il me sourit. Avec son bec, il réajuste son plumage. Habile et gracieux, lui qui n’a même pas de main ! Il est superbe et il le sait. L’avis de mes ancêtres, des perroquets et de Léa le laisse sereinement indifférent.

Quand il prend son essor pour voguer vers la lune, je souris à mon tour. Puis moi aussi je m’en vais ; par l’escalier bien sûr.

La prochaine fois que je viendrai sur le toit, ce sera pour rendre visite à l’oiseau.

 

 

Petite histoire  : 

Ce texte a été écrit pour répondre à l'appel à texte "Les oiseaux" de Magali Duru. Il a été publié sur le blog de Magali en avril 2008.

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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

Macada 25/11/2009 13:22


Merci Azarian !
Merci Claude !
:-))


claude 25/11/2009 08:34


Très beau rapprochement entre l'homme dont les ailes sont coupées et l'oiseau que l'on clouait sur les portes des granges.


azarian 22/11/2009 14:56


Une forte atmosphère en si peu de lignes bravo


Macada 20/11/2009 06:49


Merci Pandora :-)
J'aurais voulu que ce soit du désespoir qui transparaisse mais je ferai mieux (hum : pire) la prochaine fois.


pandora 19/11/2009 23:02


La rencontre des mal aimés...
J'ai bien aimé ce petit texte où transparaît la douleur de la différence.