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  • : 'zine littéraire - Lecture (sur le web)- Ecriture - Auteurs et textes en tout genre et pour tout genre (humains, enfants, poètes, loups, babouks...)
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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 05:49
Bousculé

                                       Lors, vois ce que la vie

                                       De tes espoirs a fait et ceux qu'elle a défaits…

                                       J’étais, je vous l’avoue,
                                       Parti plus qu’assez mal :
                                       Je voulais être beau, riche et intelligent !
                                       Surtout ne riez pas…
                                       Je ne suis pas le seul
                                       Bien que d’autres, parfois, aient raison de rêver…

                                       Mais dans mon cas, c’était, hélas, désespéré.

                                       Et, voyez vous, la vie
                                       S’amuse, elle le peut, à tout vous chambouler.

                                       Et si mes jours, au bout,
                                       Loin de mon idéal
                                       Furent tristes parfois, très jolis rarement.
                                       Certes je ne dis pas
                                       Que ce temps fut morose,
                                       Car les ennuis souvent éloignent de l’ennui.

                                       Mais jamais je ne vis rêve réalisé !

                                       Et cette sotte vie
                                       (Alors que maintenant j’ai cessé de rêver…)

                                       Me donne du bonheur
                                       Et me montre la chance
                                       Que j’ai plus que plus que ceux-là qu’auparavant j’enviais.
                                       Dès lors je ne sais pas…
                                       Je voulais être heureux
                                       Et c’est malgré mes choix que je le suis enfin !

                                       Alors que dans mon cas, c’était désespéré !

Alpéro

En savoir plus ... : Alpéro .

 


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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 10:27
Le blog de l’Antre-Lire est dédié à lecture sur le web ; cependant certains des auteurs qui participent, publient aussi sur des supports papier. Comme l’Antre-lire est aussi dédié à la promotion de ses habitants, j’inaugure aujourd’hui, une nouvelle catégorie :  une fois n’est pas coutume
Non, le ‘zine ne vous tiendra pas au courant de toutes les publications « papiers » de ses auteurs - ce serait trop de travail et cela envahirait nos pages ;-) -, mais une fois de temps en temps, pour une sortie plus « émouvante » que d’autres, vous aurez droit à un petit coup de pub.
*************


L’édition « émouvante » du jour est celle des premiers Périples mythologiques des éditions Argemmios.
Vous comprendrez cette émotion, si je vous dis que :
- je suis l’un des 18 auteurs (comment ça, vous l’aviez vu venir gros comme une maison  ? ;-))
- que c’est la première fois que je touche des droits d’auteurs pour une nouvelle (je vais avoir de quoi aller deux fois au restaurant. ;-) )
- Anthony Boulanger est, lui aussi, un des 18 auteurs (ah, ah, vous ne l’aviez pas vu venir cet immeuble-là, n’est-ce pas ? ;-))
- qu’Anthony et moi admirons beaucoup l’écrivain Nathalie Dau, et, désormais, l’éditrice Nathalie Dau, car c’est elle qui a fondé et dirige les jeunes éditions Argemmios.

Voici donc Les Héritiers d’Homère, l’anthologie d’Argemmios sur le thème de la mythologie grecque.


Format : 14 x 20 cm
362 pages - 424 gr.
Couverture couleur : Mathieu Coudray
ISBN : 978-2-9530239-3-0
Prix public : 22 euros

Une souscription via le site d’Argemmios est ouverte jusqu’au 10 avril à minuit.
Par la suite, vous pourrez acheter le livre à la boutique en ligne d’Argemmios, la FNAC ou son site, et d’autres librairies (encore une fois, cf le site des éditions).

Pour terminer et puisque tout de même, ici, c’est un blogzine qui propose de la lecture, voici le début de la nouvelle d’Anthony, suivi du début de la mienne.




La descente aux Enfers d'Orphée et Eurydice

Anthony Boulanger


La musique emplissait la pièce depuis des heures, maintenant. Elle avait d’abord été esquissée telle une mélodie riche de larmes, mais les pleurs des saules peints sur les murs, et l’apparition de nuages de tempête au plafond, avaient vite transformé la chambre en une place lugubre.

Quelque peu honteux de ce qu’il avait provoqué, le musicien avait alors décidé de changer de registre. Depuis, ses doigts, courant avec agilité sur le manche du violon, maniant avec brio l’archet, tiraient de l’instrument un crescendo de notes guillerettes.

Perché sur son tabouret, le jeune homme contemplait, le coeur extasié, la magie qu’accomplissait son jeu. Les murs se teintaient d’une lumière dorée, les feuilles des arbres réapparaissaient, blanches tout d’abord, puis reverdissant à vue d’oeil. Un faune se forma soudain sur le mur et accompagna le violoniste en soufflant dans la flûte du dieu Pan. L’artiste descendit de son perchoir et, mi-dansant, mi-sautant, explosa de rire en continuant de jouer.

Un claquement de porte rompit l’enchantement. Surpris par ce bruit métallique, le jeune homme leva son archet et les murs de la chambre redevinrent ce qu’ils avaient toujours été : de simples pans de béton gris et rugueux, des cloisons bâties à la hâte et formant un carré approximatif muni d’une ouverture grossière ; une chambre sale, dont un coin était occupé par une paillasse grouillant de vermine.

Il se précipita hors de la pièce et déboucha dans la suivante – un salon. La lumière blafarde du soleil s’y déversait à travers un vaste trou dans le mur, témoin d’un effondrement récent. La pâle lueur suffit à éblouir le musicien, si bien qu’il ne reconnut pas immédiatement l’intruse, et ne ressentit que la morsure glacée des courants d’air charriant l’odeur putride de la cité.

Après s’être frotté les yeux, il put enfin détailler l’arrivante. Elle avait la peau verte – la couleur des feuilles dans la pénombre –, veinée de brun comme le tronc fort et sage d’un chêne. Le mélange contrastait de façon saisissante avec ses yeux dorés. S’approchant d’elle, le violoniste passa la main dans des cheveux semblables à de fins et jeunes rameaux.

« Eurydice, ma dryade, mon aimée… murmura-t-il.

— Tu n’aurais pas l’impression d’avoir oublié quelque chose, Orphée ? » demanda-t-elle, sa voix vibrant de colère.

Le jeune homme recula d’un pas. Un pli soucieux barrait son front. Si sa nymphe des chênes était dans cet état, c’est qu’il avait réellement dû dépasser les limites. Mais quel jour était-on donc ? Il fouilla quelques secondes dans sa mémoire. Il devait aller voir sa mère Calliope, en compagnie d’Eurydice. Il fallait qu’il passe récupérer sa lyre chez le luthier, aussi. Non, ce ne pouvait être l’une de ces deux obligations : la dryade ne serait pas en colère pour si peu. Et sûrement pas pour sa lyre…

« Bon sang, Orphée ! On devait aller à l’hosto pour vérifier si j’étais enceinte ou pas ! En partant ce matin, je t’avais bien dit de ne pas oublier, que c’était important pour moi et que ça devait l’être tout autant pour toi ! Mais non, laisse-moi deviner… Tu t’es enfermé dans ta chambre et tu as joué de ton violon toute la journée ? Bien sûr que c’est ça, comme d’habitude ! »

Orphée resta sans voix, les yeux baissés, comme hypnotisé par une tache d’humidité souillant le sol. Il voulait compatir, il voulait s’excuser, mais, en ce moment même, les Muses lui inspiraient un prélude de symphonie. Il devait absolument le fixer dans sa mémoire avant qu’il ne lui échappe !



(la suite dans l'anthologie Les Héritiers d’Homère)





La caverne des centaures mâles

Marie-Catherine Daniel


Aujourd’hui, je me suis coupé les ongles. Longs et mous, ils se fendillaient sans casser lorsque je les heurtais quelque part. Sensation désagréable d’avoir les extrémités empesées de glaise. Alors j’ai pris un couteau et j’ai taillé dans la corne. Les copeaux en demi-lune étaient blanchâtres et s’effeuillaient. J’ai pensé à la lèpre, imaginé que le mal me rongeait, et voulu l’extirper entièrement. La peur de souffrir a arrêté ma lame avant qu’elle n’atteigne la chair. C’est pourquoi ce soir, j’ai encore des sabots.

Phaésas et les autres ne vont pas tarder à rentrer. Je me demande si mon mentor va s’apercevoir de mon massacre. L’holocauste que j’en ai fait a été refusé. La fumée de cèdre s’est bien envolée en plein centre du cercle de stalactites qui honore la cheminée des sacrifices, mais l’odeur de mes ongles calcinés perdure. Le relent écoeurant enveloppe mon corps, stagne dans mes poumons. Je voulais alléger mes jambes, je me suis totalement enlisé.

Je ne pense pas que Phaésas s’en aperçoive. Il ouvrira les trois tentures de nos trois salles pour que la puanteur s’évacue et se fonde dans l’immensité des grottes. Il vérifiera que je ne me suis pas blessé. Il remarquera la sauvagerie de mon rabotage, croira à de la maladresse. Puis il dira :

« Tanghis, tu files un mauvais coton à rester sans rien faire. Tu ne devrais pas avoir à te couper les ongles. Les sabots doivent s’user tout seuls. Va donc te les durcir sur le sable du lac des Ombres. En t’occupant des enfants, par exemple. »

Oui, il dira « t’occuper des enfants » et pas « jouer avec les enfants ». Mon mentor est plein de compréhension. À moins que, ayant désormais une demi-tête de moins que moi, il n’arrive plus à me considérer tout à fait comme un gamin.

Pourtant, j’en suis un. Même si je suis né le même printemps que Phaésas. Même si lui est adulte depuis bientôt un lustre. Je suis un enfant parce que je ne connais que la Caverne, parce que j’ai besoin d’un mentor pour me dire ce qui est bien et mal, et pour m’apporter les fruits et les herbages tendres dont mon corps se nourrit. Pour ne plus être un enfant, il suffirait que j’aille les chercher moi-même, que je sorte au soleil.

Seulement, j’ai peur de sortir.




Je ne me souviens pas de ma mère. Je sais que j’ai tété ses mamelles et ses seins, que ceux-ci étaient fermes et doux comme des oranges. Je ne me souviens pas du soleil et des arbres. Pourtant j’ai connu leurs lumières et leurs feuillages pendant près d’une année. Et je suis devenu un petit centaure mâle robuste et plein d’allant. Ensuite, bien sûr, l’appel du rut a de nouveau embrasé ma mère. L’instinct sexuel a pris le pas sur l’instinct maternel, mais elle a su juguler ses pulsions le temps de retrouver mon père et de me confier à lui.

Mon histoire commence donc comme celle de tous les garçonnets assez aimés par leurs parents pour avoir survécu au sevrage et rejoint le ventre de la Caverne. Alors pourquoi ? Pourquoi ne puis-je répondre à l’appel du soleil ? La peur ? Tous les jeunes mâles ont peur de sortir, la première fois. Mais tous savent que les dangers du dehors sont bien moins grands que lorsqu’on est petit. Tous rêvent à la félicité de la rencontre avec un centaure femelle. Tous s’élancent dans la lumière du jour bien avant d’avoir atteint leur taille finale. Sauf moi. Pourquoi ?




Je les entends qui rentrent. La cavalcade emplit les couloirs. D’ici, on dirait qu’ils galopent, tant le grondement est impressionnant.



(la suite dans l'anthologie Les Héritiers d’Homère)





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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 08:45
Les nuages de Kipie
Didierv


Il n'y a pas  longtemps, j'ai remarqué, qu'il y avait des nuages dans le ciel.
Les nuages sont là presque tous les jours mais il y a des jours où il y en a plein, des jours où il n'y en a pas beaucoup.
Quelquefois, les nuages de Kipie sont tout blancs... ils sont beaux.
Quelquefois, les nuages de Kipie sont moins blancs, on pourrait dire qu'ils sont gris... ils sont beaux aussi mais ce n'est pas pareil que les nuages blancs.
Quelquefois, les nuages sont sombres... brrrr... ils font peur, on dirait des monstres qui veulent nous manger. Mais ce n'est pas vrai, les nuages ne mangent pas les habitants de Kipie. Dans les autres villes, je ne sais pas, peut-être qu'ils sont mangés par les nuages sombres, les autres habitants.
Quand les nuages sont très sombres, quelquefois il tombe de l'eau... c'est la pluie. Cette eau est vraiment mouillée, je peux vous le dire. La dernière fois, j'avais les cheveux tout collés par cette eau. Maintenant, je mets mes mains sur la tête pour éviter d'être tout collant d'eau. C'est vrai que cela ne marche pas beaucoup.

J'ai mis beaucoup de temps pour voir les nuages, car, quand je marche, je regarde par terre pour ne pas trébucher.

Comment j'ai découvert les nuages de Kipie ?
Un jour, c'était même la journée car c'était le matin à 9h53mn12s.
Donc, un jour j'ai entendu un gros badaboum. Surpris, apeuré j'ai voulu me cacher sous une feuille, mais elle était trop petite... ou moi trop grand. Bref, je n'ai pas pu me cacher.
En tremblant, j'ai regardé lentement vers l'origine du badaboum et... au-dessus de ma tête... il y avait des choses (c'est bien après que j'ai su que c'était des nuages). Ces choses étaient toutes grises et... elles avançaient. J'ai cherché le cheval, mais il n'y en avait pas. j'ai cru que je rêvais et je me disais, ce n'est pas possible, ce qui avance est obligatoirement tiré par un cheval ou des chevals (comme on dit au marché). Et puis, après une longue réflexion, je me suis dit : il n'y a pas de chevals devant moi et pourtant j'avance. J'ai donc cherché les jambes, car, comme beaucoup de monde à Kipie, j'ai deux jambes qui me permettent de marcher. Mais pas de jambe non plus.
C'était donc de la magie.
C'est comme ça que je sais, qu'à Kipie, il y a des nuages au-dessus de ma tête. Des nuages blancs, des nuages gris, des nuages qui font peur. Même que quelqu'un m'a dit qu'il y avait des nuages roses le matin ou le soir. N'importe quoi, il ne faut pas me prendre pour un idiot, quand même.




En savoir plus... : Didierv est le Consul à la Vie et à l’Intégration du monde virtuel de Kiponie . Son témoignage sur les nuages est paru dans le journal « Le Kipien » de messidor de l' an 106 AUC.
Merci à lui d’avoir accepté qu’il soit reproduit ici. :-)

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Published by Macada - dans Textes courts
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 09:40

Femme l'une


Femme l’une, face cachée, charme des choses qu’on devine.

 

Femme en rouge, femme passion, dévorante et vive...

 

Poussière de lune, braise d’enfer, de l’une à l’autre un pas de plus,

de l' autre à Lune, songe en elle.

 

Femme voilée, ombre féline, l’essentiel, le regard, ton regard...

 

Ce regard qui s’arrête aux  grilles de ton voile, qui rêve, qui imagine et ne saura pas.

 

Femme de la sécheresse qui reste par amour lorsque les guerriers tremblent,

un petit contre ton sein, un sourire sur tes lèvres.

 

Derrière ton homme ou son poing, lentement tu marches pieds nus sur le sol brûlant, une chaînette d’or battant le rythme à tes chevilles.

 

Femme d’honneur ou femme de joie, oiseau de jour ou de nuit, ces mots en toi:

"J’ai peur, j’avance, j’ai peur, j’avance"

 

Et avance avec toi la boule bleue qui tient tes pas HUMAINS...




Isabelle POZZI




Petite histoire : Isabelle Pozzi est conteuse mais, de temps en temps, elle prend la plume - ou le pinceau - avec plaisir. Vous pouvez la trouver sur son site ou dans le forum Contes et Lez'arts.

Ou encore par ici.

 
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 12:48
Les Oiseaux-Brume et les Tigurins
Anthony Boulanger



Aujourd'hui est assurément un grand jour, car je vais vous livrer un secret. Oh, ce n'en était pas un auparavant, du temps où nos ancêtres croyaient encore aux druides et aux dieux. Mais notre siècle est ainsi, et ce qui autrefois était Histoire est devenu Légende ou Mythe.
Pourquoi vous raconter ce secret en ce lieu et en cette heure ? Et bien, je ne pense pas qu'il y ait de meilleur moment que celui-ci, car les gens s'intéressent de nouveau à l'oppidum du Vully et à son mur. Oui, je vais vous conter ce qui advint autrefois à nos ancêtres helvètes pour qu'ils construisent ce rempart et cette forteresse.

Notre histoire prend place ici même, dans notre pays d'eau et de montagne. Lorsque vous regardez les Trois Lacs aujourd'hui, que vous évoquent-ils ?  Volupté, sérénité ? Il n'en était pas ainsi, autrefois, pour les Tigurins qui vivaient dans cette région. Car ces Lacs étaient les palais des Oiseaux-Brume et de leurs serviteurs.
Nul ne sait aujourd'hui comment sont apparues ces créatures. Etaient-elles déjà là avant l'installation des premiers celtes ? Sont-ils descendus des montagnes en même temps que nos aïeux s'implantaient ? La réponse importe peu en vérité.
Les Oiseaux-Brume étaient faits d'eau et de brouillard, terrifiants dans leur majesté. Ils ressemblaient à de grands rapaces, de près de sept mètres d'envergure. Imaginez ces êtres prenant leur envol au-dessus des lacs, tandis que les premiers frimas touchaient les rivages. Imaginez ces corps nébuleux fendre l'air. Quel spectacle ce devait être... Mais plus terrifiant encore, imaginez ces mêmes Oiseaux s'élever au-dessus des troupeaux et fondre en piqué sur les bêtes, les saisirent dans leurs serres et les dévorer en vol. Tandis que les Oiseaux attaquaient les pâtures et se rassassiaient, leur corps grisâtre comme la brume se teintait de rouge sang. Quand les créatures ne trouvaient pas leur content dans les prairies, elles attaquaient alors les villages et décimaient les populations impuissantes, secondées par leurs servants, d'immondes Golems de vase et d'eau que les lacs laissaient alors surgir de leurs profondeurs.

C'était une époque de peur et de souffrance...
Nous pourrions croire que, dès la première attaque, les Tigurins auraient pris la fuite, quittant ces contrées verdoyantes et ces lacs majestueux qu'aujourd'hui nous aimons. Mais leur coeur de celtes étaient déjà conquis par ces paysages, ils étaient par trop attachés à cette région. Obstinés, fiers, ils décidèrent de combattre ces fléaux.

Entre chaque attaque, plusieurs années s'écoulaient. Et c'est pendant une de ces acalmies que les Tigurins construisirent l'oppidum du Vully et le mur. La place forte surplombait les eaux, et permettait ainsi de guetter la surface de l'onde. Au moindre frémissement inquiétant, au moindre banc de brouillard qui naissait et persistait trop longtemps, l'alerte était sonnée et les villageois se réfugiaient sur la colline. Si de nombreuses fois, les alarmes retentirent en vain, cinq ans après l'érection du rempart, l'oppidum sauva de nombreuses vies. Les Oiseaux-Brume vinrent, accompagnés de leur Golems, et ne trouvèrent aux abords des rivages aucune nourriture, ni humain, ni bétail. La colère des créatures fut terrible, et on dit que leurs cris résonnèrent jusqu'à Lutèce. Mais la Forteresse n'était pas encore découverte.

Les druides appelés au Pays des Trois Lacs pour libérer définitivement les Tigurins avaient beau chercher, nulle solution ne semblait poindre. Il fallut un évènement des plus malheureux pour enfin trouver la seule arme efficace, la seule arme que redoutaient ces créatures d'eau et de magie. Des traces nous sont parvenues de la bataille que j'évoque. Il s'agit du grand incendie de l'oppidum... Oui, seul un brasier intense pouvait défaire les Oiseaux.
La nuit était tombée, et depuis deux jours déjà, les Tigurins vivaient dans la crainte et le froid, assiégés dans leur forteresse. Le brouillard n'avait eu de cesse de croître et de s'étendre au-dessus des eaux, et tous craignaient que les Oiseaux-Brume ne reparaissent, de la même façon qu'ils étaient venus des années auparavant.
La troisième nuit, le cri lancinant d'une des créatures se fit entendre. Juste au-dessus du mont Vully... Les Celtes levèrent les yeux pour découvrir avec une fascination horrifiée les ailes impalpables les surplomber. Le mur se noircissait de Golems. C'était la nuit, à l'orée d'un massacre, et dans la précipitation, un brasero dut être renversé. Les Oiseaux descendirent en piqué, les flammes montèrent soudain à l'assaut des étoiles avant de s'attaquer à la forêt environnante.
Si de nombreux Tigurins moururent cette nuit là, asphyxiés par la fumée ou dévorés par le feu, il y avait pour la première fois des pertes du côté des créatures des Lacs. Les Oiseaux et les Golems venaient d'essuyer leur première défaite...

Les villageois laissèrent passer deux jours de deuil. Ils enterrèrent leurs morts, promirent de les venger, et se réunirent devant ce que nous avons baptisé le lac de Neuchâtel.  Là, les druides écoutèrent les témoignages de ceux qui avaient vu les Oiseaux-Brume se volatiliser au contact de l'incendie, de ceux qui les avaient vu foncer à travers le rideau de flammes étouffantes sans jamais le traverser. Les hommes de magie demandèrent conseil aux dieux qui étaient les leurs, et déclarèrent ceci :
- Que les Tigurins se mettent en quête des Oiseaux-Feu, par delà les Terres de la Colère, jusqu'à l'île de glace et de volcans où ils demeurent. Que les Tigurins leur demandent aide et protection. Qu'ils aillent humble et sans honte, car leurs ennemis ne sont pas à leur portée et les Oiseaux-Feu n'aideront pas des hommes arrogants.
Et ainsi nos ancêtres helvètes se réunirent, et parmi les habitants de la région, choisirent deux personnes : un homme et une jeune fille. Le premier, Miril, devait protéger la demoiselle, Armiel, car c'est à elle qu'incombait la lourde responsabilité de plaider la cause de son peuple auprès des Phénix islandais. Ils avaient été choisis pour la force d'une part et l'innocence d'autre part. On dit qu'ils partirent un matin, en direction du soleil couchant.
Ils mirent deux ans à revenir.

Ils arrivèrent dans le Pays des Trois Lacs par une nuit sans lune, mais ils allaient sur les chemins comme si le jour les éclairait. Au bras de chacun des Tigurins, un Oiseau-Feu était perché, le regard fier, le port altier. Ils ressemblaient en tout point aux Oiseaux-Brumes, si ce n'était que leur taille était celle des aigles que nous connaissons tous. Leur corps resplendissait de flammes contenues. Les gens se massaient sur le passage d'Armiel et de Miril, silencieux, mais le visage en liesse. Tous comprenaient la portée de cet évènement. Ils n'auraient bientôt plus rien à craindre des lacs qu'ils chérissaient tant.

Les deux Tigurins et leurs compagnons aviens continuèrent leur route jusqu'au mont Vully. Ils montèrent sur le mur, firent face au lac, et comme répondant à une déclaration de guerre silencieuse, le brouillard se répandit à une vitesse inimaginable au-dessus de l'eau.
Les deux Oiseaux-Feu prirent leur envol tandis qu'une vingtaine d'Oiseaux-Brume émergeaient du brouillard. Le ciel accueillit alors une bataille mémorable. Les corps des Phénix s'embrasèrent face à leurs ennemis, et les rapaces gris semblaient disparaître tandis que le Feu gagnait en puissance. Si le combat fut de courte durée, il en fut autrement de la joie des Tigurins.

L'on dit de ces Phénix qui nous libérèrent autrefois, qu'ils continuent de vivre en chacun de nous, nous donnent notre courage et notre force, notre fierté d'être celtes !


Petite histoire : ce texte a été primé au festival "Vully Celtic" 2007. Félicitations Anthony !

Autre info : Anthony, en plus d'être un nouvelliste prolifique (dommage qu'il n'ait toujours pas eu le temps de faire sa biblio... ;-) ) s'est lancé, avec quelques copains, dans le webzinat.
Ca s'appelle le
Codex Poeticus, la ligne éditoriale est la poésie de l'Imaginaire (SFFF), et deux superbes numéros sont déjà téléchargeables.


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Published by Macada - dans Nouvelles (SFFF)
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 08:14
                                  (la mauvaise nouvelle, G. Marguerite)

LE PARDON

Guy de Maupassant

ECOUTER

Elle avait été élevée dans une de ces familles qui vivent enfermées en elles-mêmes, et qui semblent toujours loin de tout. Elles ignorent les événements politiques, bien qu’on en cause à table ; mais les changements de gouvernement se passent si loin, si loin, qu’on parle de cela comme d’un fait historique, comme de la mort de Louis XVI ou du débarquement de Napoléon.


Les mœurs se modifient, les modes se succèdent. On ne s’en aperçoit guère dans la famille calme où l’on suit toujours les coutumes traditionnelles. Et si quelque histoire scabreuse se passe dans les environs, le scandale vient mourir au seuil de la maison. Seuls, le père et la mère, un soir, échangent quelques mots là-dessus, mais à mi-voix, à cause des murs qui ont partout des oreilles. Et, discrètement, le père dit :

– Tu as su cette terrible affaire dans la famille des Rivoil ?

Et la mère répond :

– Qui aurait jamais cru cela ? C’est affreux.

Les enfants ne se doutent de rien, et ils arrivent à l’âge de vivre à leur tour, avec un bandeau sur les yeux et sur l’esprit, sans soupçonner les dessous de l’existence, sans savoir qu’on ne pense pas comme on parle, et qu’on ne parle point comme on agit ; sans savoir qu’il faut vivre en guerre avec tout le monde, ou du moins en paix armée, sans deviner qu’on est sans cesse trompé quand on est naïf, joué quand on est sincère, maltraité quand on est bon.


Les uns vont jusqu’à la mort dans cet aveuglement de probité, de loyauté, d’honneur ; tellement intègres que rien ne leur ouvre les yeux.

Les autres, désabusés sans bien comprendre, trébuchent éperdus, désespérés, et meurent en se croyant les jouets d’une fatalité exceptionnelle, les victimes misérables d’événements funestes et d’hommes particulièrement criminels.


Les Savignol marièrent leur fille Berthe à dix-huit ans. Elle épousa un jeune homme de Paris, Georges Baron, qui faisait des affaires à la Bourse. Il était beau garçon, parlait bien, avec tous les dehors probes qu’il fallait ; mais, au fond du cœur, il se moquait un peu de ses beaux parents attardés, qu’il appelait entre amis : « Mes chers fossiles. »


Il appartenait à une bonne famille ; et la jeune fille était riche. Il l’emmena vivre à Paris.

Elle devint une de ces provinciales de Paris dont la race est nombreuse. Elle demeura ignorante de la grande ville, de son monde élégant, de ses plaisirs, de ses costumes, comme elle était demeurée ignorante de la vie, de ses perfidies et de ses mystères.

Enfermée en son ménage, elle ne connaissait guère que sa rue, et quand elle s’aventurait dans un autre quartier, il lui semblait accomplir un voyage lointain en une ville inconnue et étrangère. Elle disait le soir :

– J’ai traversé les boulevards, aujourd’hui.

Deux ou trois fois par an, son mari l’emmenait au théâtre. C’étaient des fêtes dont le souvenir ne s’éteignait plus et dont on reparlait sans cesse.

Quelquefois, à table, trois mois après, elle se mettait brusquement à rire, et s’écriait :

– Te rappelles-tu cet acteur habillé en général et qui imitait le chant du coq ?

Toutes ses relations se bornaient à deux familles alliées qui, pour elle, représentaient l’humanité. Elle les désignait en faisant précéder leur nom de l’article « les » – les Martinet et les Michelint.

Son mari vivait à sa guise, rentrant quand il voulait, parfois au jour levant, prétextant des affaires, ne se gênant point, sûr que jamais un soupçon n’effleurerait cette âme candide.


Mais un matin elle reçut une lettre anonyme.

Elle demeura éperdue, ayant le cœur trop droit pour comprendre l’infamie des dénonciations, pour mépriser cette lettre dont l’auteur se disait inspiré par l’intérêt de son bonheur, et la haine du mal, et l’amour de la vérité.

On lui révélait que son mari avait, depuis deux ans, une maîtresse, une jeune veuve, Mme Rosset, chez qui il passait toutes ses soirées.

Elle ne sut ni feindre, ni dissimuler, ni épier, ni ruser. Quand il revint pour déjeuner, elle lui jeta cette lettre, en sanglotant, et s’enfuit dans sa chambre.

Il eut le temps de comprendre, de préparer sa réponse et il alla frapper à la porte de sa femme. Elle ouvrit aussitôt, n’osant pas le regarder. Il souriait ; il s’assit, l’attira sur ses genoux ; et d’une voix douce, un peu moqueuse :

– Ma chère petite, j’ai en effet pour amie Mme Rosset, que je connais depuis dix ans et que j’aime beaucoup ; j’ajouterai que je connais vingt autres familles dont je ne t’ai jamais parlé, sachant que tu ne recherches pas le monde, les fêtes et les relations nouvelles. Mais, pour en finir une fois pour toutes avec ces dénonciations infâmes, je te prierai de t’habiller après le déjeuner et nous irons faire une visite à cette jeune femme qui deviendra ton amie, je n’en doute pas.

Elle embrassa à pleins bras son mari ; et par une de ces curiosités féminines qui ne s’endorment plus une fois éveillées, elle ne refusa point d’aller voir cette inconnue qui lui demeurait, malgré tout, un peu suspecte. Elle sentait, par instinct, qu’un danger connu est presque évité.


Elle entra dans un petit appartement coquet, plein de bibelots, orné avec art, au quatrième étage d’une belle maison. Au bout de cinq minutes d’attente dans un salon assombri par des tentures, des portières, des rideaux drapés gracieusement, une porte s’ouvrit et une jeune femme apparut, très brune, petite, un peu grasse, étonnée et souriante.

Georges fit les présentations.

– Ma femme, madame Julie Rosset.

La jeune veuve poussa un léger cri d’étonnement et de joie, et s’élança, les deux mains ouvertes. Elle n’espérait point, disait-elle, avoir ce bonheur, sachant que Mme Baron ne voyait personne, mais elle était si heureuse, si heureuse ! Elle aimait tant Georges ! (elle disait Georges tout court avec une fraternelle familiarité) qu’elle avait une envie folle de connaître sa jeune femme et de l’aimer aussi.

Au bout d’un mois, les deux nouvelles amies ne se quittaient plus. Elles se voyaient chaque jour, souvent deux fois, et dînaient tous les soirs ensemble, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. Georges maintenant ne sortait plus guère, ne prétextait plus d’affaires, adorant, disait-il, son coin du feu.

Enfin un appartement s’étant trouvé libre dans la maison habitée par Mme Rosset, Mme Baron s’empressa de le prendre pour se rapprocher et se réunir encore davantage.

Et, pendant deux années entières, ce fut une amitié sans un nuage, une amitié de cœur et d’âme, absolue, tendre, dévouée, délicieuse. Berthe ne pouvait plus parler sans prononcer le nom de Julie, qui représentait pour elle la perfection.

Elle était heureuse, d’un bonheur parfait, calme et doux.


Mais voici que Mme Rosset tomba malade. Berthe ne la quitta plus. Elle passait les nuits, se désolait ; son mari lui-même était désespéré.

Or, un matin, le médecin, en sortant de sa visite, prit à part Georges et sa femme, et leur annonça qu’il trouvait fort grave l’état de leur amie.

Dès qu’il fut parti, les jeunes gens, atterrés, s’assirent l’un en face de l’autre ; puis, brusquement, se mirent à pleurer. Ils veillèrent, la nuit, tous les deux ensemble auprès du lit ; et Berthe, à tout instant, embrassait tendrement la malade, tandis que Georges, debout devant les pieds de sa couche, la contemplait silencieusement avec une persistance acharnée.


Le lendemain, elle allait plus mal encore.

Enfin, vers le soir, elle déclara qu’elle se trouvait mieux, et contraignit ses amis à redescendre chez eux pour dîner.

Ils étaient tristement assis dans leur salle, sans guère manger, quand la bonne remit à Georges une enveloppe. Il l’ouvrit, lut, devint livide et, se levant, il dit à sa femme, d’un air étrange : « Attends-moi, il faut que je m’absente un instant, je serai de retour dans dix minutes. Surtout ne sors pas. »

Et il courut dans sa chambre prendre son chapeau.

Berthe l’attendit, torturée par une inquiétude nouvelle. Mais, docile en tout, elle ne voulait point remonter chez son amie avant qu’il fût revenu.

Comme il ne reparaissait pas, la pensée lui vint d’aller voir en sa chambre s’il avait pris ses gants, ce qui eût indiqué qu’il devait entrer quelque part.

Elle les aperçut du premier coup d’œil. Près d’eux un papier froissé gisait, jeté là.

Elle le reconnut aussitôt, c’était celui qu’on venait de remettre à Georges.

Et une tentation brûlante, la première de sa vie, lui vint de lire, de savoir. Sa conscience révoltée luttait, mais la démangeaison d’une curiosité fouettée et douloureuse poussait sa main. Elle saisit le papier, l’ouvrit, reconnut aussitôt l’écriture, celle de Julie, une écriture tremblée, au crayon. Elle lut : « Viens seul m’embrasser, mon pauvre ami, je vais mourir. »

Elle ne comprit pas d’abord, et restait là stupide, frappée surtout par l’idée de mort. Puis, soudain, le tutoiement saisit sa pensée ; et ce fut comme un grand éclair illuminant son existence, lui montrant toute l’infâme vérité, toute leur trahison, toute leur perfidie. Elle comprit leur longue astuce, leurs regards, sa bonne foi jouée, sa confiance trompée. Elle les revit l’un en face de l’autre, le soir sous l’abat-jour de sa lampe, lisant le même livre, se consultant de l’œil à la fin des pages.


Et son cœur soulevé d’indignation, meurtri de souffrance, s’abîma dans un désespoir sans bornes.

Des pas retentirent ; elle s’enfuit et s’enferma chez elle.

Son mari, bientôt, l’appela.

– Viens vite, Mme Rosset va mourir.

Berthe parut sur sa porte et, la lèvre tremblante :

– Retournez seul auprès d’elle, elle n’a pas besoin de moi.

Il la regarda follement, abruti de chagrin, et il reprit :

– Vite, vite, elle meurt.

Berthe répondit :

– Vous aimeriez mieux que ce fût moi.

Alors il comprit peut-être, et s’en alla, remontant près de l’agonisante.

Il la pleura sans dissimulation, sans pudeur, indifférent à la douleur de sa femme qui ne lui parlait plus, ne le regardait plus, vivait seule murée dans le dégoût, dans une colère révoltée, et priait Dieu matin et soir.

Ils habitaient ensemble pourtant, mangeaient face à face, muets et désespérés.

Puis il s’apaisa peu à peu, mais elle ne lui pardonnait point.


Et la vie continua dure pour tous les deux.


Pendant un an, ils demeurèrent aussi étrangers l’un à l’autre que s’ils ne se fussent pas connus. Berthe faillit devenir folle.

Puis un matin étant partie dès l’aurore, elle rentra vers huit heures portant en ses deux mains un énorme bouquet de roses, de roses blanches, toutes blanches.

Et elle fit dire à son mari qu’elle désirait lui parler.

Il vint inquiet, troublé.

– Nous allons sortir ensemble, lui dit-elle ; prenez ces fleurs, elles sont trop lourdes pour moi.

Il prit le bouquet et suivit sa femme. Une voiture les attendait qui partit dès qu’ils furent montés.

Elle s’arrêta devant la grille du cimetière. Alors Berthe, dont les yeux s’emplissaient de larmes, dit à Georges :

Conduisez-moi à sa tombe.

Il tremblait sans comprendre, et il se mit à marcher devant, tenant toujours les fleurs en ses bras. Il s’arrêta enfin devant un marbre blanc et le désigna sans rien dire.

Alors elle lui reprit le grand bouquet et, s’agenouillant, le déposa sur les pieds du tombeau. Puis elle s’isola en une prière inconnue et suppliante !

Debout derrière elle, son mari, hanté de souvenirs, pleurait.

Elle se releva et lui tendit les mains.

– Si vous voulez, nous serons amis, dit-elle.


Petite histoire :

"Le pardon" a été publié pour la première fois dans le journal Le Gaulois du 16 octobre 1882 puis a été intégré au   recueil Clair de lune, paru en 1883

Pour une présentation et une bibliographie complète de Guy de Maupassant (1850-1893), vous pouvez,  par exemple, aller voir  ICI.

Et pour d'autres textes en ligne de l'auteur, il y a bien sûr :  Ebooks libres et gratuits .



L'enregistrement ci-dessus est l'un des premiers que j'ai effectué pour Audiolivres, site de l'association Ouïe-lire. Celle-ci produit des livres audio à destination des malvoyants et de tous ceux qui aiment écouter des romans, nouvelles, contes,... du domaine public ou avec autorisation de l'auteur. On peut télécharger gratuitement 1 fichier par jour - parmi une sélection du catalogue; ou bien, pour 20 euros annuel (le prix d'1 livre audio !), télécharger tout ce qu'on veut pendant 1 an.






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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 08:09
ZEN ATTITUDE


Le cerveau positronique d’Alden surchauffait dangereusement.

« Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ? » Quel est le bruit d’une seule main qui applaudit ? Quel est le bruit d’une seule main qui applaudit ? Quel est le bruit d’une seule main qui applaudit ? Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ?

Quel…

Une fumée noire s’éleva de la boîte crânienne du robot ainsi qu’une série de bips stridents.

Puis plus rien. La lueur de vie s’éteignit dans les yeux de la machine.

Lin Chang contempla, impassible, sa victime. Il fit tourner le verre d’eau entre ses doigts, puis le termina à petites gorgées.

Il ne parlait jamais à ses collègues, ne disait jamais rien sur ses méthodes de travail.

Stoïque, il écoutait les séminaires où des spécialistes de tous crins – psychiatres, cybernéticiens, comportementalistes… — exposaient leurs théories.

Alors qu’un simple koan suffit, sourit en pensée l’ex-moine bouddhiste, devenu blade runner.


Jacques Fuentealba



En savoir plus...  :  

Cf la  fiche auteur de Jacques ou aller faire un petit tour sur son blog


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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 00:00

Nguyen Tien Bao


Marie-Catherine Daniel


Tien regardait les derniers rayons du couchant embraser la forêt de l'autre côté du fleuve. « De la rivière ! », aurait corrigé Monsieur Chauceney, son professeur de géographie. Mais le jeune homme s'insurgea : « Ici, tout est fleuve, songea-t-il. Quel khin, quel khmer dirait que cette fille du Mekong, n'est pas aussi sa mère ? Les Français ont leurs sciences et nous avons les nôtres. Plus âgées, plus profondes, plus affinées. » L'image de la fourchette lui vînt à l'esprit : si brutale comparée à l'élégante agilité des baguettes.

Avec le crépuscule, la brume s'élevait de l'eau. Ses volutes commençaient déjà à déborder les rives, dépliant leur vaporeux écran entre le village et la plantation d'hévéa. Et de nouveau, Monsieur Chauceney parasita la pensée de Tien : « Le caoutchouc indochinois n'est rentable que parce que les annamites acceptent d'être moins payés que les seringueiros brésiliens. » « Rentable pour les Français », rumina amèrement le fils du collecteur de latex. Si le patron rémunérait mieux ses ouvriers, sa mère ne serait pas là, derrière lui, à faire trébucher sa navette dans la quasi obscurité.

Tien prit conscience que sa sérénité s'effilochait. Son pagne faisait des plis sous sa fesse gauche, ses doigts s'étaient crispés sur la planche qui lui servait d'écritoire.

Il prit plusieurs longues inspirations puis avec des gestes consciemment mesurés, il posa la tablette à côté de lui. Son regard erra sur la page d'écriture préparée pour la classe du lendemain.

Il était l'unique bachelier et instituteur du village. « N'accepte pas un tel poste, s'était exclamé Monsieur Chauceney, ce serait te rabaisser ! » Le khin ricana intérieurement : ce que peut faire un maître d'école demande tellement plus d'ambition que de viser un emploi à la banque.

Ainsi, instituteur dans son propre village lui avait ouvert très rapidement la voie de l'action. Car, si ce soir, 23 janvier 1953, il ne trouvait pas le calme du Boudha, c'est que l'homme qui dormait derrière le rideau de l'alcôve, enrôlerait, cette nuit, dix-sept jeunes dans l'Armée Populaire Vietnamienne. Grâce à lui.




NDA : Nguyen Tien Bao combattit pour le Viêt Nam jusqu'en 1963. En essayant de sauver un enfant d'un bombardement américain au napalm, il fut grièvement brûlé. Rétabli mais ayant perdu un poumon et l'usage d'un bras, il fut envoyé dans le Nord comme sous-directeur du camp de rééducation n°112. Un mois plus tard (16 juillet 1963), il se suicida.

Sur les dix-sept natifs du village d'An Loc Thi (province du Soc Trang) enrôlés le 23 janvier 1953, deux survécurent à la guerre et aux camps viet-minh. L'un est exilé en France, l'autre a prénommé "Tien" son premier petit-fils.


 


 

Petite histoire : Ce texte a été écrit pour un jeu organisé par le forum  A vos plumes ! .  Il s'agissait d'écrire un texte de 3000 signes (1 page) contenant certains mots (dont je ne me souviens plus, désolée. ;-)).

 


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Published by Macada - dans Textes courts
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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 00:00


Conte du soir montagnard

Azarian

 

En s’aventurant dans les contrées reculées du vaste royaume d’Och, bien loin des plaines fertiles centrales, par-delà les plateaux pourpres et la vallée du Selan, l’aventurier audacieux peut découvrir l’imposante chaîne des Montagnes Sombres. En ces lieux inhospitaliers survit une petite tribu d’humains. Robustes, ils cohabitent avec les harpies acariâtres, les nains bougons, les farouches griffons, les ours ombrageux, et les loups affamés. Toutefois, bien que la vie soit rude pour cette petite peuplade, la nourriture est abondante pour les hardis chasseurs et les pêcheurs rusés.

Le soir, après de laborieuses journées de travail, ces hommes et ces femmes se retirent dans leurs étranges habitations mi-troglodytes, mi-cabanes, dont les entrées en bois à flanc de montagne défient le vide, reliées entre elles et au sol par un insolite réseau d’échelles de cordes et de passerelles suspendues. Après le souper, les familles passent un moment autour du feu. Alors, un spectacle étrange s’offre à l’observateur : des colonnes de vapeurs blanches s’échappent des conduits perforant la roche, glissent sur la pierre et serpentent entre les demeures.

Dans l’une d’elles, cette nuit-là, un petit montagnard, Helm, frôlant les huit révolutions, refusait d’aller dormir.

— Encore un peu ! suppliait-il.

— Allons, tu l’as assez regardée pour ce soir Helm, répliqua Elda, sa maman. La ronde des griffons sur le pic de Forgule recommencera demain soir ! Il est l’heure, la chouette l’a dit.

—…

— Helm ? menaça Elda.

— Papa ? sollicita l’enfant se tournant vers le dénommé : Herald.

Un bref regard de la jolie femme menue indiqua « hors de question que tu cèdes ! », et le grand barbu, un sourire contrit aux lèvres, recroquevilla légèrement les épaules en signe de : « Coupons la poire en deux ! ». Enlaçant sa femme par la taille, il fourra l’une de ses grosses mains cornées dans la chevelure hirsute de son fils :

— Viens au lit, mon garçon et je vais te conter une histoire.

Les grands yeux noisette de l’enfant pétillèrent d’impatience, tandis que la maman fléchissait légèrement la tête. Le message à son mari était clair : « Je te préviens : je dormirais quand tu iras te coucher ! ». Il fit une grimace et elle sourit de toutes ses dents en le laissant avec l’enfant.

     Helm s’empressa de rejoindre sa paillasse, d’ôter sa peau de mouton et ses chausses et se glissa sous les couvertures.

— Alors, quelle histoire aimerais-tu entendre ? interrogea Herald tout en sortant sa pipe et s’enfonçant dans un fauteuil.

— Une histoire de draagôn ! s’excita l’enfant.

— Ah ! Mais j’imagine que tu ne veux pas d’une de ces fables ridicules pour Occidentaux où l’un de leur petit chevalier replet se rend, seul, avec une épée magique, dans l’antre d’un dragon, et terrasse la bête d’un seul coup aussi glorieux qu’improbable.

— Nan ! Je veux une vraie histoire. Pas une histoire pour les petits bras de l’ouest !

Le rire de basse de son père résonna dans la chambre.

— Bien, j’ai une histoire que m’a contée ton grand-père quand j’avais ton âge. Et sais-tu où elle se déroule ?

— En Elfie ! … non : dans la jungle Orc ! … les steppes gobelines ?

— Non mon grand, ici même.

— Ouah.

Le chasseur alluma son tabac et tira quelques bouffées, parfumant la pièce d’une odeur de foin.

— L’histoire que je vais te conter se déroule il y a bien longtemps. A cette époque, la contrée était encore plus dangereuse qu’aujourd’hui, c’était avant l’arrivée des nains. Car, quoi qu’en disent ces chafouins personnages…

— Papa, papa, l’histoire.

— Hum, oui. En ces temps, des Trolls erraient dans les montagnes ; les harpies foisonnaient dans la forêt. Mais une menace bien plus grande planait dans le ciel.

— Un draagôn !

— Oui petit. Un grand dragon des glaces aux écailles reluisant de reflets argentés, aux ailes plus grandes que notre maison. L’écho terrible de son cri résonnait dans tous les monts alentour déclenchant des avalanches, son souffle déchaînait des tempêtes, et son ombre terrorisait les plus vaillants. On l’appelait Forgule.

— Comme le pic montagneux ?

— Eh oui !

— Vivait-il là-bas ?

— Non. En réalité, Forgule s’était installé sur le mont Hule.

— Mais il n’y a pas de mont Hule ici papa.

     Le montagnard se fendit d’un grand sourire sous sa barbe.

— Mais si ! On l’appelle maintenant le mont Carré, car lorsque Forgule en fit son repaire, il en rogna le sommet d’un coup de queue !

— La force !

— N’est-ce pas. Mais ceci n’avait rien de drôle pour notre peuple, car le dragon nourrissait une faim insatiable. Il engloutissait tout ce qui passait sous son énorme gueule. Parfois même, comme l’incarnation de la mort elle-même, il déferlait au village, démolissant nos demeures, et dévorait des familles entières.

Un frisson parcourut l’échine de Helm. Seuls ses yeux dépassaient de la couverture.

— Ça ne pouvait plus durer. Alors, l’un de nos plus grands chasseurs, Arhm « le brave », décida de se rendre au nid du dragon.

— Il n’avait pas peur de se faire manger ?

— Bien sûr, mais Arhm était malin : il attendit que Forgule soit repu et somnole pour se présenter à lui.

— Pour le tuer ?

— Seul ! Oh non, aucune chance. La tribu entière n’aurait pu venir à bout de ce dragon. Non, il s’y rendait pour négocier un accord. Il supplia la bête de laisser son peuple en paix en échange de quoi, il lui ramènerait l’objet de ses désirs. Forgule lança tout d’abord un regard goguenard en direction de la lune, et Arhm pâlit en pensant à ce que pourrait lui demander le dragon. Mais le dragon fronça son gros front écailleux et de sa voix profonde confia à notre ancêtre qu’il était las de manger tout le temps les mêmes mets. Alors si Arhm trouvait à renouveler cet ordinaire, il accepterait son marché.

— Ça alors ! S’étonna l’enfant.

— Oui, notre héros était loin de s’attendre à une quête de cet acabit. Et même si, de prime abord, celle-ci pouvait paraître simple, un dragon n’est jamais facile à contenter. Et la ronde de Arhm commença. Chaque jour, notre vaillant chasseur apportait un nouveau plat au dragon. Poissons, moutons ! Trop petits. Fruits ! Immangeables. Légumes ! Quelle horreur !

— Des vaches !

— Allons, Helm : les vaches sont rares à notre époque alors imagine en ces temps reculés.

— Donc Arhm n’a rien trouvé ?

— Rien. Et le dragon, peu satisfait de ses nouvelles expériences culinaires, tournait à nouveau dans le ciel à la recherche de la première proie venue. Alors, Arhm se rendit voir Finëa, l’une des Sagettes du village.

— Pour lui demander conseil ? Interrogea Helm.

 — Eh bien… A vrai dire, on dit que ce n’était pas la motivation première du chasseur. Finëa était une très jolie jeune fille, tu vois ? s’embarrassa Herald.

— Non… Quel est le rapport ? questionna l’enfant déconcerté.

— Aucun, tu as raison, concéda son père.

— Quoiqu’il en soit, reprit-il, Finëa finit en effet par donner un conseil à Arhm. Et le lendemain, le chasseur se rendit au nid de Forgule pour lui proposer un dernier mets. Je te donne un indice : ça vit dans l’eau et c’est répugnant.

— Du poisson-chat ?

— Beaucoup trop petit, mon garçon. Non, du Kraken !

— Les monstres marins avec des tentacules ? Mais ça n’existe pas !

— Oh que si, ça existe. Mais tu as raison, pas chez nous. Toutefois, le dragon n’en savait rien, il ne vivait dans nos contrées que depuis une centaine d’années et s’intéressait peu aux légendes locales. Arhm lui assura que rien n’était plus savoureux qu’un Kraken fraîchement pêché. Mais arguant que la prise d’une bête de cette taille ne pouvait être réalisée par un humain, il proposa au dragon de le pêcher lui-même. L’idée de se mesurer à une créature de sa taille plut au dragon, il accepta. Et, Arhm lui confectionna une canne à pêche.

— Elle devait être énorme !

— En effet, la canne n’était autre que le tronc du plus haut sapin de la forêt ; le fil de pêche, une corde conçue spécialement ; et l’hameçon, une hallebarde recourbée.

— Et l’appât ?

Son père fit la grimace.

— On dit que le dragon embrocha un Troll pour appât.

— Beurk.

— Comme tu dis.

— Mais puisqu’il n’y avait pas de Kraken, pourquoi ce mensonge papa ?

Herald tira une nouvelle bouffée de sa pipe, pour une pause convenue.

— L’unique but du chasseur était d’attirer le dragon dans un endroit fort dangereux. Dangereux, même pour ce grand prédateur : le lac Maudit. En territoire Harpie. Nulle créature dotée d’un peu d’intelligence n’osait s’y rendre. Car chacun connaissait le sort réservé aux contrevenants : ils étaient métamorphosés en statues de pierres. Nos ancêtres pensaient que les eaux du lac étaient maudites. Des superstitions extravagantes couraient sur l’endroit : on disait notamment que les victimes pétrifiées se réveillaient parfois, tels des golems traquant les importuns. Pourtant, la réalité était autre : le lac était le territoire d’une seule créature bien vivante, quoiqu’assez exotique. Avec toutes les histoires que je t’ai déjà contées, tu dois bien en avoir une petite idée, non ?

Helm remonta une main de sous les draps pour se gratter la tête, puis ses yeux s’élargirent lorsque la mémoire lui revint :

— Un basilic !

— Exactement ! Un basilic qui, d’un seul regard, transforme toutes créatures vivantes en statues de pierres.

— Et Arhm s’en doutait, proposa l’enfant.

— Pas le moins du monde, sourit son père. Pour lui, le lac était bel et bien maudit et c'est pourquoi il chercha bien vite une excuse pour laisser le dragon s’y rendre seul à la pêche au Dahu en l'occurrence au Kraken. Forgule n’y vit pas d’inconvénient, et personne ne revit jamais le dragon.

Helm repoussa les draps et se releva légèrement en fronçant les sourcils.

— Quoi ? C’est tout ? Mais que se passa-t-il ? Le basilic a changé Forgule en pierre ?

Herald savoura l’instant. Car, en effet, la plupart des gens concluaient ainsi le conte de Forgule. Cependant, lui tenait de ses aïeux, une autre version du dénouement. Alors, il prit un air faussement détaché, se leva et s’approcha de la porte de la chambre d’où il pouvait ensuite apercevoir à travers une fenêtre le pic de Forgule.

— Nombre de personnes le pensent en effet. Le mont rocheux « La queue de Forgule » serait une relique de la pétrification du dragon et à son pied…

— Le lac, prononça doucement l’enfant à contrecœur.

— Tu sembles déçu, pourquoi donc ?

— C’est que… Helm se tut pour chercher en lui la réponse.

— Je sais ce que tu vas me dire, continua son père. Un basilic est loin de posséder l’envergure d’un dragon. Alors que Forgule, capable de détruire le faîte d’une montagne, de terrifier des Trolls, d’un souffle de déclencher des tempêtes, soit terrassé par une bête qui ne fait même pas un dixième de sa taille, cela peu paraître étrange. Pourtant, si tu y réfléchis, une piqûre d’insecte suffit parfois à tuer un humain ?

L’enfant hocha la tête en faisant la moue. Son père reprit :

— Oui, je vois bien que tu n’es pas convaincu…

Et, s’approchant, il s’exclama :

— Et tu as raison mon garçon !

S’asseyant cette fois sur le lit, il se pencha sur l’enfant et le débit de ses paroles s’accéléra, relançant soudain l’histoire et la curiosité de ce dernier.

— Car, vois-tu, les dragons sont très résistants à la magie, et ce n’est certainement pas le regard d’un basilic, d’ailleurs un lointain cousin reptilien des dragons, qui aurait pu arrêter le terrible Forgule. Alors quoi ? Comment se fait-il que Forgule, s’il n’a pas succombé au basilic, ait disparu après s’être rendu au lac Maudit ?

L’enfant attendait la suite, impatient.

— Pas d’idée, conclut son père. Bien ! Tu y réfléchis et je te raconterai la suite un autre jour.

— Papa ! S’écria Helm outré, s’accrochant au bras de son père qui déjà se relevait.

 Herald reprit son fauteuil comme un barde qui revient sur scène sous les rappels du public.

— Désolé de te faire languir fiston, gloussa-t-il. La rencontre entre le basilic et le dragon eut bien lieu au lac Maudit. Forgule pêchait tranquillement, remontant de temps à autre le Troll accroché à son hameçon pour voir s’il bougeait encore, lorsqu’il vit sortir d’une grotte non loin, une créature de la taille d’une vache avec un long coup et une petite tête sournoise : le basilic. Ce dernier darda aussitôt ses yeux de braise sur l’importun venant violer son territoire, mais Forgule ne fut pas pétrifié. Tout juste ressentit-il l’attaque magique comme un frisson irritant ses écailles. Il n’en lâcha pas moins sa canne à pêche, afin de rappeler au nouveau venu, qui était en haut de la pyramide des prédateurs. Et d’un coup de mâchoires, il arracha un membre au basilic. Une fois n’est pas coutume, ce dernier en fut pétrifié non pas tant de douleur, mais qu’on ait pu lui résister. Le dragon mâchonna machinalement son prélèvement. C’est alors qu’il fit une découverte. Une découverte qui explique qu’on ne revit plus jamais Forgule sur nos terres ensuite. Te souviens-tu de la promesse de Forgule à Arhm ?

— Oui : il n’importunerait plus les humains si Arhm lui trouvait… un mets nouveau ! Le Basilic !

— Tout juste ! Lorsque Forgule goûta la chair de celui-ci, qu’il se gorgea de son sang, il fut subjugué et dévora l’animal en entier. Et s’il tint sa promesse, ce ne fut pas tant par loyauté que par gourmandise. Forgule s’envola vers d’autres horizons à la recherche de cette nouvelle friandise. Depuis, personne n’a revu de dragon sur le mont Carré.

— Est-il mort ?

— De vieillesse ? Sûrement pas : les dragons comptent leur âge en siècles quand nous utilisons des cycles. D’un combat ? J’en doute fort : il faudrait une armée de milliers d’hommes pour le terrasser.

— Mais alors, il pourrait revenir, s’exclama l’enfant.

— A vrai dire, au cours des ères qui se sont écoulées, des témoins jurent avoir vu un dragon, un sourire énigmatique aux lèvres, pêcher au lac de Forgule. Mais trop souvent ceux-ci avaient l’haleine chargée d’alcool de Genépi. Toutefois, une chose est certaine : personne n’a jamais retrouvé la canne à pêche.

Le silence, propice à la réflexion, revint dans la chambre. Herald tira les dernières bouffées de sa pipe, aussi pensif que son fils. Il se revoyait enfant au mont Forgule, arpentant les contours du lac à la recherche d’une empreinte, d’un signe, d’un bout de bois, de corde, de fer qui auraient pu être partie de la fameuse canne à pêche. Son regard bienveillant revint sur son fils. Demain, à n’en pas douter, l’enfant demanderait à aller pêcher au lac de Forgule. Le sommeil emporta le père et le fils au fil de leur imagination.


Dehors, une brise légère perturba un instant le silence anormalement pesant. Pas un chasseur ne veillait pour pressentir le subtil changement d’atmosphère, la ronde des griffons avait déjà cessé, les mammifères nocturnes et autres chouettes ne donnaient pas signe de vie, et une peur presque palpable se répandait peu à peu dans les montagnes. Soudain une ombre gigantesque dissimula la lune, couvrant un moment les feulements du vent par ses battements d’ailes.

La nourriture doit rester variée, car tout un chacun finit par se lasser, même de ses péchés mignons.




En savoir plus...  : 

Bienvenue dans l'Antre-Lire à Azarian !

On peut trouver Azarian sur le forum littéraire (SFFF) des Songes du Crépuscule,

et on peut trouver des histoires d'Azarian sur son blog : Au Chaos d'Azarian,

ou encore passer par la  fiche auteur d'Azarian .



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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 14:26


Dans un cadre


Sur un cadre accroché au mur
Un lieu commun me faisait face,
Un vers de bout rimé très pur :
« Dans le jardin du temps qui passe… »

Ce vieux jardin mal cultivé
Dont chacun des chemins me lasse
Car par eux je sais où je vais :
Je déteste le temps qui passe !

Je préfère le temps passé,
Ses beaux instants, leur douce trace
Et les bonheurs qu’ils m’ont laissés
Pour oublier le temps qui passe

Même si je conserve au cœur
Les durs moments, les tristes places
Vides laissées par le malheur
Que m’a causé le temps qui passe.

Pourtant j’ai laissé sur le mur
Ce lieu commun qui tant m’agace
Pour ne pas oublier (c’est dur !)
Que dans le jardin, le temps passe.


Alpéro



En savoir plus ... : Alpéro .


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