
FOURRE-TOI ÇA DANS LES CIRCUITS
Le robot regarda en son for intérieur et, reflétée dans les composants de son logos positronique, il contempla la condition humaine telle qu’elle s’offrait à sa portée et telle qu’elle était vraiment. Il rétracta sa tête de bronze et de fer moulée, susurra des mots sans musique et les lumières de ses cellules clignotèrent d’étonnement, car le robot savoura le dégoût de se voir à un cheveu de se savoir humain, et il connut sur son trajet cris de fureur et sang, tortures, extorsions, lèvres lapidées par les baisers de la mort, et il fut témoin de suicides, tueries, fraudes, tirs sur des murs de cimetière à l’aube, mensonges qui signifiaient des vies, faim, et il s’y entendit en monopoles et en armes passées de main en main, en couteaux plantés dans des ventres pestilentiels au cœur de ténèbres et en revolver vidés sur le crâne d’autres hommes comme du spray sur un insecte, et il observa la peur, la folie, l’intransigeance, les amitiés déchirées par une femme en arrière-plan, les assassinats, les revanches, les épurations, les pubertés fauchées comme une fleur ouverte à la dépravation et à la désillusion, et il pleura sur les génocides ethniques, les batailles, les décorations de la gloire, la pauvreté, les faux demi-mots qu’on faisait passer pour de l’amour, et il s’y connut en orgueil, cruauté, intolérance, corruption, haine et il archiva des incestes, calibra la misère, vérifia des cruautés, les mille visages de l’horreur dans toutes ses formes, et un fleuve de larmes métalliques déborda de ses yeux chargés de l’innocence d’un nuage, et le robot approcha ses extensions tactiles là où frétillait son cœur de quartz, et il appuya avec force sur la boîte magique d’où lui venait l’inspiration, et tandis que la carcasse de son corps tremblait devant le output qui lui fauchait l’âme et annulait la condition à laquelle il avait pu accéder un moment, le robot pensa si c’est ça être humain je ne le veux pas, si la vie de l’homme est ainsi, cela ne m’intéresse pas.
Rafael Marín Trechera
(trad. J. Fuentealba)
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Bienvenue dans l'Antre-Lire à Rafael Marin, écrivain phare de la Science-Fiction espagnole.
Dans sa version originale et sous le titre « Métalas », ce texte a été publié en 1987 dans le recueil Unicornios sin cabeza aux éditions Ultramar Editores.
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