La Voiture De Mes Rêves
Sébastien Ayreault
J’ai toujours rêvé d’avoir une voiture
Téléguidée. Un truc d’enfer. Qui foncerait à toute bombe à travers les rues de mon village. Crachant le feu, bondissant sur les trottoirs, dérapant dans un nuage de poussière. Debout devant la maison de mes vieux, je voyais ce truc plus vrai que nature et je téléguidais comme un halluciné. Tous terrains ou simple routière, elle se transformait au gré de mes humeurs, elle pouvait même changer de forme en plein virage. Ouais, comme ça. Elle descendait la rue version ras le sol et la remontait en 4x4 hurlant. Putain ! Elle était redoutable. Sauf que, noëls, anniversaires, passage en classes supérieures, arrêts de but…
RIEN. JAMAIS.
Elle était rouge et noir, elle avait des grosses roues à crampons, et surtout, elle ne coûtait que 200 balles : je l’ai foutue dans le chariot.
- Euh ?? C’est quoi ? a dit ma femme.
- Une voiture téléguidée...
- J’ai vu, oui, mais j’te le dis, Séb, si c’est encore pour un d’tes trucs tordus…
- Style ?
- Tu sais très bien d’quoi j’parle !
En rentrant de la grande surface, j’ai aidé ma femme à ranger les courses et je suis sorti dans le jardin avec l’engin et mes 3 chats. C’était décembre. Le ciel touchait presque le sol tellement qu’y’avait de nuages. Je l’ai posée à terre, le cœur en culotte courte, et j’ai appuyé sur l’accélérateur avec mon pouce. Un grand moment, chérie. Sauf que… Sauf qu’elle ne valait pas une bille. Qu’elle avançait que dalle. Un truc pour nain de jardin ou j’sais pas quoi. Un truc qui renâclait à la moindre bosse, au moindre pli du terrain. Une vraie merde. Au bout de 5 minutes, j’en ai eu le ras le bol et je suis rentré. Claquant la porte à la gueule de mes fauves hilares.
2 jours se sont écoulés.
Et puis je me suis quand même décidé à retourner la voir. Elle n’avait pas bougé. Elle était garée juste à côté de l’arbre. Elle n’avait pas l’air intelligente. Elle n’avait pas non plus la gueule d’un chouette rêve. Ni l’allure, ni les bords. Et pour finir, elle puait la pisse à 15 bornes. Une pitié. J’ai regardé mes chats : ils étaient en pleine toilette. J’ai regardé ma femme qui fumait une cigarette roulée à la fenêtre, les yeux dans le vide. J’avais lu dans son journal intime, quelques semaines plus tôt, que je n’avais plus vraiment la tronche du prince charmant.
En savoir plus... : Bienvenue dans l'Antre-Lire à Sébastien Ayreault !
Poète, nouvelliste, musicien, je viens de le découvrir grâce à la revue Dissonances (n° 14 et n°15), et en explorant le web, j'ai notamment abouti à son site et à trois de ses clips (ici)
Grand merci à lui d'avoir accepté de devenir aussi auteur de l'Antre-Lire !
(sa fiche auteur : ici)