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On en parlait à la cour, la princesse, fille du roi avait un amant. Un jeune homme fier et beau. Lasse d’écouter chanter les rossignols des boîtes à musique. Elle avait cédé à la tentation d’une autre mélodie, plus douce à son oreille et glissante comme perles de pluie sur sa peau d’albâtre. Le chant cajoleur de l’amant à la beauté et l’ardeur déployées.
Les duègnes et les parangons s’offusquaient d’une attitude aussi désinvolte car ce n’était pas la première fois que la princesse prenait amant de velours paré. Mais elles fermèrent vite leurs vilains becs car elles ne voulaient pas contrarier le roi qui adorait sa fille.
Dans la chambre de la princesse, le lit se retournait de désir et les boîtes à musique enrayaient leurs mécanismes. Les draps de soie faisaient crisser leurs fifres sauvages et les senteurs s’alourdissaient de tous les lys et tubéreuses des jardins.
L’amant fougueux rejoignait sa dulcinée à la tombée de la nuit et tous les êtres vivants retenaient leur souffle et leurs cris.
Quand au petit matin, la belle princesse s’endormait près de l’élu de son cœur on entendait le claquement d’un couvercle d’une boîte sertie de pierres précieuses. Discrètement un être chiffonné et perclus s’extrayait de son écrin et contemplait d’un regard jaloux, le jeune présomptueux qui lui avait succédé dans le cœur et, il faut bien le dire, dans le corps de l’inconstante princesse. Cela le rendait de fort méchante humeur.
- « Quel impair ai-je donc commis pour être rejeté de la sorte et condamné à vivre dans cet espace étroit. Je l’aime tellement, je ne sais en quoi, j’ai pu déplaire à ma princesse ? » Sanglotait-il assez fort pour incommoder le petit homme à la barbe rêche qui dormait dans un autre compartiment.
- « Tais-toi donc un peu ! Sot personnage ! C’est moi qu’elle aimait avant que tu ne me déloges de son cœur. Rassures toi, je ne vais pas croiser le fer avec toi car j’ai passé l’âge. On vieillit bien trop vite dans cet espace insalubre.
- « Mais enfin, arrêtez de gémir, grinça un autre vieillard édenté. Ici, vous êtes au chaud et nourris du chant des oiseaux des boîtes à musique. D’autres galants, bien plus beaux et plus hardis que vous, ont été passés par les armes ou croupissent dans de sombres et humides cachots. Et puis, vous êtes tout près d’elle, à entendre son souffle, à respirer son parfum, à caresser du regard ses formes, suggérées par les étoffes vaporeuses. »
- « Peut-être ! Reprirent-ils tous en chœur, mais nous sommes devenus secs avant l’âge, la punition est amère pour les ardents jeunes hommes que nous étions. »
Un bruit de voix se fit entendre…
Ils refermèrent le couvercle et on ne percevait plus qu’un long murmure. Il était temps…
Le roi, suivi de sa garde pénétra dans la chambre de la princesse. Il avait son visage des mauvais jours. La jeune fille effarée se jeta à ses pieds, en vain. Il se saisit de l’amant qui essaya de fuir, le pantalon bouffant sur les chausses. Le malheureux gigota entre ses doigts de façon dérisoire puis rejoignit ses pairs dans la boîte gigogne.
La princesse versa quelques larmes d’amertume mais savait qu’un autre prétendant au regard bleu acier attendait son tour pour la cueillir.
Dans la boîte qui craquait aux jointures, les délaissés se poussèrent mécontents pour faire place à un nouveau locataire.
Ils étaient condamnés à finir en poussière car ils avaient répondu aux avances d’une princesse cruelle dont la beauté, les battements de cils, les lèvres rouges sont un piège mortel.
Dans la jungle amazonienne, les perroquets de couleurs jasent comme des boîtes à musique. La princesse des fleurs carnivores ouvre son calice rouge et agite ses cils vibratoires sous les ombrages des feuilles vernies, porteuses d’une cour de bels insectes.
Un jeune et fringant explorateur la fixe de ses yeux, bleu acier. Il avance une main pour la cueillir. L’inconscient !
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