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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 09:51


Le Général

André Samie

 

- Bienvenu en ma demeure Général.

- Ce n’est pas un peu grand pour toi ?

Un timide sourire apparut sur le visage du Dernier. Le Général le lui rendit.

- Alors, dis-moi, vais-je enfin comprendre de quoi il s’agit ?

- Pas tout de suite. Accompagne-moi au sommet du donjon et tout te sera révélé.

Ils empruntèrent en silence un véritable dédale de corridors, traversèrent de multiples cours et galeries, franchirent nombre de fossés et de portes fortifiées, parcoururent les enceintes concentriques.

- Il s’agit de l’ultime demeure des humains. Elle a été édifiée pendant des siècles par les derniers hommes en prévision de la Bataille du Jugement.

Ils parvinrent sur l’immense esplanade plongée dans l’ombre du gigantesque donjon. L’enfant guida le Général vers  l’un de ses multiples recoins et s’arrêta face à deux tombes.

- Mes parents gisent ici.

Des larmes coulaient sur les joues pâles d’Espoir. Le vétéran ne sachant que faire lui mit une main réconfortante sur l’épaule.

- Tu veux parler d’eux ?

- Non. Pas encore. Tout doit se jouer là-haut.

D’un geste, il désigna le sommet indistinct de la muraille vertigineuse qui les surplombait. Ils reprirent leur chemin et gravirent un large escalier en spirale qui perçait l’édifice de part en part. Enfin, ils débouchèrent à son faîte qui, à lui seul, était suffisamment grand pour accueillir une forteresse tout à fait respectable. Pris d’une soudaine inspiration, le Général s’approcha du parapet et ne put retenir un juron.

- Incroyable !

Sous ses yeux une plaine grise s’étendait à perte de vue. A l’est et à l’ouest, il pouvait contempler les deux plus extraordinaires armées jamais rassemblées depuis l’aube des temps.

- Et voilà mes deux amis ! A l’est, le Bien…

Le campement baignait dans une lumière douce et sécurisante. Il s’agissait en réalité d’une véritable ville qui devait accueillir plusieurs millions d’individus. De son point de vue imprenable, il distinguait la lueur des armes et armures de pur acier des innombrables phalanges de paladins, de puissantes machines de guerre, le vol gracieux des anges de lumière et nombre de créatures qui lui étaient inconnues. Il sentit aussi le regard bienveillant d’un être couronné de joyaux.

- … et à l’ouest, le Mal !

La vision était toute autre mais toute aussi impressionnante. Les cohortes démoniaques se pressaient les unes contre les autres dans un chaos indescriptible, dominées par d’énormes et bestiales créatures. Des dragons dessinaient dans le ciel terne un ballet de mort et de terreur. L’odeur de pourriture et de sang parvenait jusqu’à ses narines et il percevait la clameur furieuse de ces êtres inhumains. Il entendit la voix de l’être au diadème ensanglanté le saluer.

Le Général se tourna vers l'enfant.

- Et bien ! Voilà qui nous promet une belle boucherie !

- Oui. La plus formidable bataille de tous les temps. Et ils n’attendent que toi pour en finir une bonne fois pour toute.

- Dis-moi maintenant quel est mon rôle ?

- Viens. J’ai encore quelque chose à te montrer.

Il suivit le garçon en direction du sud, là où l’on pouvait  contempler la vallée des morts. En approchant des créneaux, il aperçut deux objets posés au sol. Le premier était une superbe trompe de guerre forgée dans un métal sombre et brillant. Sur toute sa surface était gravé un somptueux lacis de roses noires. Un peu plus loin, gisait une bannière déployée. Sur son épaisse étoffe de tissu immaculé, de simples contours noirs dessinaient une grande rose blanche.

- Voilà la Trompe des Morts, forgée par mon père. Quand tu souffleras dedans, les morts se relèveront et te rejoindront. Et voici la Bannière de Vie, tissée par ma mère. Quand tu la dresseras, les morts reviendront à la vie et te serviront.

- Et pourquoi ferai-je cela ?

Le garçon se baissa et ramassa le trompe. Il la tendit vers le guerrier.

- Tu es le Général ? Tu commandes à une armée ? Lève-la.

Le Général eut un bref sourire. Il s’empara de l’artefact et souffla.

Un son doux et grave s’étendit sur la plaine. Les anges et les dragons suspendirent leur vol. Les combattants de la foi et les hordes démoniaques s’immobilisèrent. L’être couronné prit une profonde respiration. Le guerrier au diadème ricana. Le son parvint dans la vallée et se répercuta en échos contre les falaises de roche noire. Les brumes se dissipèrent et une puissante clameur enfla.

Les tombes déversèrent alors les légions des morts, tous ces guerriers qui à travers les âges avaient gagné par leur valeur la damnation de participer à la Dernière Bataille des humains. Lentement, les cadavres vêtus de leurs armures rouillées et traînant leurs armes ébréchées se mirent en route. Quand les premiers d’entre eux arrivèrent au pied de la citadelle, ils s’arrêtèrent, fixant le donjon de leurs orbites vides.

Le Général éleva haut dans le ciel la Bannière de la Vie et la brandit en signe de ralliement. Une douce lueur se répandit sur les morts tandis qu’une fraîche fragrance de rose envahissait la plaine. Les morts hurlèrent de joie quand ils ressentirent la vie revenir en eux. Les os se ressoudaient, les chairs et organes se reconstituaient, le sang s’écoulait à nouveau à flots bouillonnants dans les artères. La peau recouvrait les visages morts depuis des millénaires et des millions de regards connaissaient maintenant une nouvelle naissance.

L’antique citadelle, elle-même, revenait à la vie. Ses murailles se redressaient et les brèches se comblaient. Scorpions, balistes et catapultes se relevaient de leurs débris et les fossés se hérissaient de lances meurtrières. L’armée des damnés se mit en branle et s’engouffra dans la forteresse. Les compagnies se formaient d’elles-mêmes et les officiers s’imposèrent. Arbalétriers et archers, phalanges et légions, sapeurs et artilleurs, investirent les lieux prenant leurs positions.

Les mains croisées dans le dos, le Général contemplait le spectacle. Il sentait monter en lui l’excitation du combat. Le goût chaud du sang et l’odeur froide de l’acier  et, par-dessus tout, le plaisir de commander. La sensation de contrôler le destin de l’Histoire en puisant dans toutes ses ressources de stratège, de meneur d’hommes et de guerrier. Sentir son esprit acéré comme une lame à la recherche du point faible de l’adversaire, de la manœuvre qui le surprendra, de l’éclair de génie qui le terrassera et décidera de l’issue de la bataille. Il était le Général et avait passé toute sa longue existence à guerroyer, à étudier et à amener au rang de perfection l’Art de la Guerre.

Quand il se retourna, sept officiers lui faisaient face. Il reconnut certains d’entre eux. De son temps, ils étaient des légendes, des maîtres de guerre dont il avait étudié l’enseignement. Ils le saluèrent d’une même voix.

- Nous sommes à tes ordres, Général.

En silence, il les observa un à un et lut dans chacun d’eux une détermination et une loyauté sans faille.

- La victoire ou la mort.

    Les légendes acquiescèrent en frappant leur poitrine de leur poing serré.

Un lourd grondement couvrit la plaine et la voix du démon au diadème résonna.

- Général, seras-tu à mes côtés pour déguster ensemble le sang de la victoire ?

Le tonnerre éclata et l’ange couronné l’interpella à son tour.

- Rejoins-moi et l’humanité survivra !

Le Général resta un moment silencieux puis se tourna vers Espoir.

- Dis-moi garçon, que désires-tu ?

Le visage de l’enfant se couvrit de tristesse.

- Vivre.

Le guerrier se redressa et s’approcha du parapet.

- Je suis le Général et je commande aux Légions des Damnés ! Je vous défie ! Cette forteresse ne sera jamais vôtre !

Son cri s’envola au-dessus des enceintes, effleura les guerriers amassés sur les remparts, souffla sur les formidables armées célestes et démoniaques et parvint en rugissant aux deux êtres divins. Dans un fracas assourdissant, leurs voix se confondirent.

- Pauvre fou ! Tu es inconscient ! Tu oses affronter des Dieux !

Le Général éclata d’un rire sauvage qui fit frissonner d’appréhension les armées inhumaines.

- Fou ? Vous inversez les rôles. Je suis le Général et je suis l’héritier de millénaires de combats livrés en vos noms ! Vous nous avez tout appris mais cela fait bien longtemps que vous avez donné votre dernière leçon ! Vous prétendez vaincre les Légions des Damnés ? Moi, je vous  promets ici le pire des enfers !

La terre trembla et le soleil vacilla quand les armées se mirent en branle. Au sommet du donjon, le Général riait. Sa voix se mêla à celles des Damnés.

- VIVRE LIBRE OU MOURIR !!!



Fin

(André Samie vient d'emménager dans l'Antre-Lire (le site) en tant qu'habitant.  Ses nouvelles , "Le Général" et "Le Vétéran" ont déjà pris place sur les étagères.
Bienvenue chez toi Tristeplume, et vivement ta prochaine histoire ! )




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Published by Macada - dans Nouvelles (SFFF)
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commentaires

Tristeplume 30/09/2008 13:07

Merci Liliba. :o)

et merci Macada pour le petit mot d'accueil ;o)

liliba 24/09/2008 22:09

whaou ! bravo !

Tristeplume 08/09/2008 13:56

Merci Xavier.

La dédicace est très capillotractée. Le général est inspiré de Maximus, le perso de Gladiator (pour le côté général et "force et honneur" bien sûr ^^). Et "l'ambiance" correspond au souvenir (très ancien) du dernier volume de la saga d'Elric, de Morcock.
C'est pas flagrant, c'est sûr. ^^

xavier 07/09/2008 13:53

Super, la fin est à la hauteur de la première partie.
Tu parlais d'une "dédicace" ... l'ambiance m'a fait penser à la fin du seigneur des anneaux, mais sinon je ne vois pas.