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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 06:20


Un grand type avec une gueule de tueur


Xavier de Viviés

 


Je l’avais repéré déjà, quelques minutes plus tôt, dans la file d’attente sur le quai d’embarquement de la navette fluviale. Un grand type, avec une gueule de tueur, sans chapeau ni poil d’aucune sorte. Un crâne chauve et bronzé qui brinqueballait tout seul au-dessus des autres, comme un ballon sur une rivière de têtes. Enfin … de près il avait plutôt une drôle de tête qu’une gueule de tueur. Et c’était sa voix qui conduisait à ce résultat bizarre, une voix de gamin rigolard et curieux qui contredisait complètement l’impression de violence qui se dégageait du reste de sa physionomie,Son salut, lancé cordialement à la cantonade quand il pénétra dans le compartiment, avec sa voix d’angelot qui sortait d’une tête de barbare, avait produit un effet qu’il connaissait certainement par cœur. Gestes suspendus, airs incrédules, des mines amusées, d’autres franchement sceptiques : pendant cinq secondes, il capta toutes les pensées qui tournaient dans ce compartiment. Il sourit vaguement, avec un air de gentille condescendance, comme on le ferait à une plaisanterie d’enfant répétée pour la dixième fois, puis il se dirigea vers moi et  me demanda s’il pouvait s’asseoir sur la banquette en face de la mienne. Il voulait utiliser la tablette escamotable qui se trouvait entre nos places pour y poser ses affaires, un travail à continuer me dit-il. Mais son air gourmand démentait la connotation laborieuse du terme « travail » qu’il venait d’utiliser. Il ouvrit un vieux cartable en cuir et déballa ce qui ressemblait à des fragments de carnets, passablement abîmés, couverts d’une écriture dense et précise, ainsi qu’un gros bloc note, à peu près neuf, dont les pages s’ornaient d’une autre écriture, vaste et mouvante, et qui laissait la plus belle part au blanc du papier. Je n’eus pas à forcer beaucoup pour l’inciter à m’expliquer ce qu’étaient ces vieilleries. Il se lança tout de suite dans une explication passionnée. Son visage me captivait par l’inquiétude amicale avec laquelle il me fixait, mais il m'aurait presque inquiété tant il avait l’air d’être engagé dans une mise au point musclée. Ses sourcils froncés, la ride verticale qui barrait son front comme un coup de sabre, sa posture, pas vraiment assise, prêt à bondir, m’auraient terrifié s’il n’avait eut cette voix de môme pour démentir tout le reste. J’étais fasciné, littéralement, comme un jeune singe devant un cobra débonnaire.


 

 

Petite histoire :

Ce texte est une des contributions à l'atelier d'écriture n°7  des Défis de la Mare. La consigne était : « En 2000 signes environ, décrire un personnage sans utiliser les mots yeux, regard, cheveux, lèvres, bouche, paraître, sembler, être ; sans utiliser de couleurs ; sans faire le détail des vêtements.»

Par ailleurs, Xavier est l'un des habitants de l'Antre-Lire.

 

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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

Jacques Fuentealba 18/12/2008 01:18

Je m'insurge en hurlant ! Un tesque comme ça, c'est pas possible !!! Elle est où la suite... :D :D J'ai beaucoup aimé... Mais ils font quoi après les bonhommes, là !