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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 09:46
Elle vient le matin

Sébastien Ayreault


J’étais réveillé mais encore au lit, je relisais pour la énième fois « Objectif Lune » quand on a sonné à la porte. J’ai sursauté et regardé mon réveil. 8 heures à peine. De l’autre côté de la cloison, ma mère a demandé à mon père :
- On n’est pas dimanche?
 Mais mon père n’a pas eu le temps de répondre,
Tout juste le temps de tousser.
 La sonnerie a de nouveau retenti, plus dure, puis une grosse voix s’est faite entendre, puis des poings contre la porte, biens lourds, et la maison entière a semblé d’un coup basculer dans une obscurité froide. J’ai balancé Hergé par dessus bord, éteint ma lampe, et me suis planqué sous la couette. Dans un éclair j’ai vu une caboche pleine de sang, les yeux grand ouvert, rouler sur la chaussée : Prendre la fuite. Le plus vite possible. Pieds nus traverser l’épouvante et sortir de ce monde saignant, de ce monde hurlant, cognant, frappant à tout rompre. Même la nuit, même aux heures du silence, le monde vous gueule dans la tête. Entre les murs de la tête. Il dégueule le monde, nuit et jour, il vous attaque dans votre sommeil, vous étrangle, vous met la tronche en bouillie, y’a pas de raison, pas de saisons, t’y passeras toi aussi, un dimanche matin ou plus tard, on te découpera la bouche, les tripes, les boyaux…

Et puis, et puis j’ai entendu ma mère grogner un truc à propos des témoins de Java. Les témoins de Java étaient des types qui parfois sonnaient aux portes des gens, on ne pouvait pas dire qu’ils étaient méchants, non, mais c’était de sacrés emmerdeurs, ça oui! On ne savait pas trop d’où ils venaient, on ne savait pas trop où ils allaient, et enfin de compte, on ne savait pas non plus très bien qui était Java. Ou peut-être Jéhovah. Va savoir…

- J’ai l’impression qu’c’est Alain, a dit mon père.
- Ton frère? Mais qu’est-ce qui lui prend? Il est tombé du lit?
- J’arrive, a gueulé mon père, j’m’habille.
- Ferme la porte, a dit ma mère.

La tête décapitée gisait dans le fossé. Je me voyais dans mon pyjama vert, pieds nus, en larmes, tout près de cette tête.
Si tu cours, t’es mort. 

Mon père a ouvert la porte : c’était bien Alain. Et rien à voir avec les témoins de Java de ma mère.
J’ai tendu l’oreille.
- J’espère qu’t’as un tuyau sérieux pour le tiercé ! a dit mon père, un rien rigolard.
- C’est pas pour le tiercé, Antoine.
 La voix de mon oncle était terrifiante,
 Toute dans les basses.
- Antoine est mort, il a dit.

 

 

En savoir plus...  : 

Ce texte est aussi publié  dans le numéro 41 de la revue  La Page Blanche  (une fort bonne adresse de lecture en ligne...).

La fiche auteur de Sébastien se trouve : 
ici.

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Published by Macada - dans Textes courts
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commentaires

alpero 06/06/2009 10:44

une matinée ordinaire... hélas !
fort beau, ce texte !