Samedi 5 juillet 2008

Gertrude et Dégage
(extrait de "Y'a pas idée de s'appeler Gertrude !")

Jeudi 26 novembre


Elle, c’est Gertrude. Y’a pas idée d’avoir un tel nom et ça lui pose problème depuis la maternelle. Il y a peu, elle a décidé, qu’en fait, c’était pas son vrai nom. Elle a décidé que son vrai nom, c’était Cunégonde. Elle a un humour particulier, Gertrude !

Il y a trois semaines, elle a débarqué à la Réunion. Il y a trois semaines, elle a aussi commencé à travailler à Champion. Non, elle n’est pas caissière. Pas non plus femme de ménage – pardon : technicienne de surface – ni magasinière. Parce que, figurez-vous, ce ne sont pas les seuls boulots pour une femme dans un grand magasin. Elle est comptable. Elle a un bureau dans la partie Administration-Gestion, au-dessus de l’entrepôt. Elle l’appelle son bocal nocturne parce qu’il n’a pas de fenêtre et qu’il est vitré côté couloir. Toutefois, c’est quand même un bureau pour elle toute seule, alors elle hésite encore à le détester franchement.

Pour se fondre dans son vivarium, elle a pensé qu’il serait seyant de ne s’habiller qu’en gris-souris. Mais c’est pas vraiment évident d’assurer chaque jour : le gris-souris n’est pas à la mode ces temps-ci et elle n’a trouvé qu’un T-shirt et une jupe chez Sildy, l’équivalent local de Tatie. Elle a acheté le T-shirt en double mais elle n’ose pas se présenter deux jours d’affilée avec. Des fois qu’on croit qu’elle ne se change pas tous les jours. « On », c’est messieurs de Fondaumière et Ramsimy, le grand chef et le manager. Pour l’instant, ils n’ont pas l’air d’avoir remarqué ses efforts. Ni d’ailleurs de s’offusquer qu’elle alterne le gris-souris avec le rose-thé du boulot précédent. Elle persévère pourtant à vouloir améliorer sa garde-robe. C’est un projet professionnel qui, dans son expérience, tient bien la route. Samedi matin, elle ira faire la galerie du Cora-Sainte-Marie.


***


Lui, c'est Dégage. C’est un chien bien élevé, alors quand on l'appelle, il obéit : il va planquer sa gale dans les cartons sous l'auvent. Il y a encore l'odeur de ses colocataires. Mais à peine désormais. Parce que les humains ont arrosé l'endroit avec leurs produits détergents mais aussi parce que tous les vieux cartons ont disparu avec la meute. Ça fait trois jours. Trois jours que Dégage se sent vaguement coupable de ne pas avoir insisté pour que les autres restent avec lui dans la chambre froide.

Ça a été une belle fête la première nuit : du poisson en veux-tu en voilà. Et bien résistant, même si les crocs finissent par avoir mal de froid. Et la pagaille qui a suivi le festin quand la porte s'est ouverte lui fait encore dresser la queue de rire. N'empêche, ils sont couillons tous les autres Dégage de ne pas avoir compris qu'il fallait rester dans l'entrepôt, tapis comme lui entre des cageots de poireaux et d'oignons (miraculeusement intacts après la fête). Du coup, au lieu de profiter encore de l’aubaine, il a passé une seconde nuit si affreuse de solitude et de froid qu'il s'en est résigné à aller rejoindre le Clan.

Sauf qu'il n'y avait plus personne.

Ils ont tous déménagé il ne sait où, en ne lui laissant qu’une pile de cagettes et deux cartons – neufs en plus ! – et à peine quelques odeurs qui ont du mal à se faire entendre dans la cacophonie javellisée répandue par les humains.

Depuis trois jours, Dégage laisse souvent ses sanglots s’échapper.



Toujours jeudi 26 novembre


Par la porte ouverte de son bureau, Gertrude vient d'entendre que les chiens de l'entrepôt ont tous été éradiqués. « Eradiqués », c'est ainsi que Monsieur de Fondaumière a exprimé la chose. Un terme certainement adéquat du point de vue du patron, qui doit avoir du mal à digérer la tonne de marchandises que les cabots – Ah c'est vrai ! On ne dit pas « cabots » à la Réunion, c'est obscène, bref, que les corniauds – ont bousillée dans la chambre froide lundi soir. Du point de vue de Gertrude, « éradiqués » ne sonne pas mal non plus. Pas à cause de la compta à remettre au point, ce qui est plutôt rigolo, mais parce qu'elle va pouvoir utiliser l’escalier de service pour rejoindre et quitter son bocal. Elle ne va plus être obligée de traverser tout le magasin pour cela. À quatre heures et demi, ça lui stresse la tête tous ces gens qui achètent, achètent, achètent. À peine plus supportable que d'être terrorisée par les clébards galeux qui traînent – non, traînaient – derrière l'entrepôt.

Mais dans la vie, tout n'est pas toujours rose. Et ça n'étonne guère Gertrude qu'au moment où elle se dirige vers la sortie savourée toute la journée, Monsieur de Fondaumière la croise :

— Ah, au fait Mademoiselle Tarrier ! Ça ne vous dérangerait pas trop de venir un peu le samedi matin ? Avec cette histoire de chambre froide et Noël qui approche, ça nous aiderait vraiment que vous acceptiez. Vous pourriez récupérer vos heures en février-mars après l’inventaire...

« Autant dire à la Saint-Glinglin » repartit silencieusement Gertrude qui connaît aussi bien le droit du travail que la réalité d’une période d’essai.

— D’accord Monsieur, répond-elle tout haut.

Et pour ne pas être totalement défaite, elle brandit son cynisme le plus hypocrite :

— Après tout, quand on n’a pas d’enfant, pas de mari, c’est normal que le travail soit la priorité, n’est-ce pas ?


***


Dégage est toujours aussi triste mais il n’est pas découragé. S’il n’a pas bougé de son poste d’observation depuis longtemps, c’est simplement qu’il réfléchit. S’il ne va plus quémander son besoin d’un clan auprès de chaque humain qui sort de l’entrepôt, c’est qu’il a compris que c’est inutile : il n’y récolte que son nom et ses variantes. Cependant, il reste évident que c’est la stratégie employée qui est inadaptée, pas l’idée de se faire adopter par une meute humaine. Sûr que des chiens, ça serait mieux, mais en leur absence... Comme l’ancien Dominant a préféré partir avec un vieil humain plutôt que de ruminer sur sa place usurpée par un mâle à peine aussi rusé mais plus fort, Dégage sait que les clans mixtes, c’est possible. Donc il réfléchit. Il regrette que l’ancien Dominant et son ami humain ne soient plus dans le coin : ça aurait été un clan tout trouvé. Mais le regret aussi est inutile et ça fait pleurer de penser aux autres Dégage. Alors, voyons, comment doit-il s’y prendre ?


Quand l’humain sort de l’entrepôt, le chien ne réagit pas vraiment. Il faut que l’odeur lui parvienne pour que sa comprenette s’illumine : c’est une femelle, et lui un mâle, et il est plus facile de séduire le sexe opposé. Surtout, il sent qu’elle non plus n’a pas de clan. Cependant il retient son premier élan : l’odeur transporte aussi pas mal d’agressivité. Mais ce n’est que de la colère, ça va passer. Il ne retient pas son deuxième élan. Il se précipite en gémissant et en remuant le bout de sa queue tout en la laissant basse. La femme s’arrête en le voyant puis détourne les yeux et se remet à marcher régulièrement. Elle refuse de le regarder ? Ce n’est pas si grave... c’est même bon signe : ça veut dire qu’elle ne veut pas se battre. D’ailleurs, elle ne dit rien. Elle ne l’appelle pas. Ça aussi c’est prometteur. Toutefois il ne s’approche pas trop : elle s’est mise à sentir la peur alors... on ne sait jamais. Elle passe devant lui et lui tourne le dos. Dégage a compris : elle n’est pas contre l’idée de faire connaissance mais pas trop vite, pas ici. Tout heureux, il la suit.

C’est la première fois qu’il quitte le Territoire. Il est adulte désormais.


***


« Comptable ! » maugrée Gertrude en descendant l’escalier qui mène à l’entrepôt. Ce n'était pas rien à l’époque pour elle. Fallait avoir le Bac, fallait un BTS, fallait un DECF, fallait... Elle a tout fait ce qu’il fallait et voilà, elle est comptable. Et puis... et puis quoi ? Elle est traitée comme une BEP compta. Et elle n’a rien à dire, parce que c’est dégueulasse comment on traite les BEP compta. Et qu’y’a pas d’raison qu’elle soit traitée différemment. À ce stade de ronchonnement, comme d’habitude, elle tilte. Trop débile tout ça. Si j’essayais le Couscous à la Tunisienne de Garbit, ce soir ?

Une décision qu’elle n’a pas le temps de prendre : un horrible bâtard, plus rose que gris tant il est eczémateux, lui fonce dessus. Absurdement, elle pense : « rose-thé et gris-souris ! Il a les bonnes couleurs. » Et absurdement, ça fait reculer la panique. Assez pour se rappeler Tao lui racontant son clebs et les façons de se faire respecter. C’est le moment de se souvenir de ses « contées » : faire semblant de rien, ne pas montrer sa peur... Elle se remet en marche

Bingo ! le chien s’est arrêté. Elle accélère un peu et serre les fesses quand elle ne le voit plus. Quand elle sortira de son terrain de chasse, ça devrait aller.


C'est pas vrai ! Non mais c'est pas vrai ! L'affreux clébard la suit. L'affreux clébard la suit ? Elle augmente encore l’allure. Dans dix pas, non dans vingt pas, elle regardera encore.


Y a rien à faire : vingt pas, cinquante, dix, vingt, dix-neuf,... il est toujours là. Heureusement, il ne s'est pas rapproché. C'est en courant presque que Gertrude franchit le premier porche de son immeuble, traverse la première cour, franchit le second porche et gravit l'escalier extérieur à l’entrée de la seconde cour en fouillant dans son sac à la recherche de la clé. Premier étage, deuxième porte. Elle tremble plus de colère que de peur en farfouillant dans la serrure. C'est déjà ça.

N'empêche, il veut quoi ce pouilleux ?

 

 

Petite histoire : Gertrude et Dégage sont les deux personnages principaux d'un roman court : "Y'a pas idée de s'appeler Gertrude !".  La première version finale (si je puis dire) a été mise au point, il y a quelques mois, grâce à quatre relecteurs acharnés que je remercie toujours et encore de leur travail.  Les encouragements d'une dizaine de lecteurs non-correcteurs ne sont pas pour rien non plus, et loin de là, dans l'aboutissement de cette première version. L'ayant envoyé à deux "grands" éditeurs, j'ai eu la joie - les auteurs me comprendront ;-) - d'obtenir un commentaire détaillé pour l'un des deux refus. Actuellement, j'hésite entre produire une deuxième (!) version finale à destination de l'éditeur qui ne s'est pas contenté d'une lettre-type, ou tenter ma chance auprès de "petits" éditeurs en espérant que l'un d'eux me propose une direction littéraire qui faciliterait grandement l'amélioration de cette novella...

Et vous, vous en pensez quoi de cette Gertrude ?


par Macada publié dans : Divers
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Dimanche 20 avril 2008

 



Quand j’ai décidé il y a quelques mois d’arrêter d’écrire pour les tiroirs, il a bien fallu se rendre à l’évidence : écrire pour les disques durs ou, pire, les enveloppes, demande beaucoup beaucoup plus d’organisation, de connaissances linguistiques, de techniques en tout genre.

Les tiroirs sont caractérisés par une empathie totale avec l’auteur qui les remplit. Ils comprennent tout à demi-mot, tiers de mot, quart de mot,... limite s’ils ne trouvent pas absolument géniale une simple feuille blanche.

Les disques durs, c’est une autre histoire. Outre qu’il va falloir désormais s’exprimer en un français compréhensible et une syntaxe html, pdf ou doc irréprochable, il faut acquérir les possibilités et capacités matérielles, techniques et communicationnelles inhérentes à l’accès et l’utilisation du Net. Heureusement, je fais partie des 15% d’humains disposant d’électricité, d’un ordinateur, d’une connexion internet, du bon âge et de la bonne culture pour apprendre à forumer, bloguer, siter.

C’est ainsi qu’un beau jour, j’ai réussi à publier un texte accessible à des disques durs. Les a-t-il atteints ? A première vue, oui, oui et oui : les retours sont admirateurs, chaleureux, enthousiastes, émus, dithyrambiques, élogieux, laudatifs, transportés, emballés (c’est pesé), enflammés et j’en passe [source : dico des synonymes]. Et voilà, je l’avais parié, j’avais raison : il n’y a pas que les tiroirs qui m’aiaiaiment !

Sauf que, la première euphorie passée, je me suis rendue compte que TOUS les textes de tous les auteurs avaient des retours extasiés, y compris les mauvais, les bancals, les bourrés de fautes, les sans queue ni tête, les incompréhensibles, les indéchiffrables, les illisibles [même source vocarbulesque mais le dico TLF est pas mal non plus]. Autre problème de taille - c’est le cas de le dire : il y avait moins de disques durs à m’adorer que de tiroirs dans mes placards ! Et quand je dis « disques durs », je devrais plutôt parler d’ « écrans » parce que j'ai un gros doute sur le fait qu'un texte arrive effectivement à passer derrière ceux-ci.

Vu sous cet angle, plus de quoi s’étonner que les quelques soumissions à des enveloppes n’aient pas eu le succès escompté.

Mais je n’ai pas désespéré (première qualité d'un apprenti : la ténacité). D’abord, il y a quand même quelques internautes qui ne sont pas que gentils, polis ou intéressés (salut mes fans !). Ensuite, il y a eu deux petites enveloppes qui ne se sont pas déversées dans la poubelle. 

Alors, j’ai fouillé, fouillé, fouillé le web et ses recoins et j’ai trouvé des forums où un auteur a une chance d’obtenir un avis réaliste de ses textes.

J’ai d’abord découvert le forum A vos plumes et ses jeux d’écriture : on travaille un exercice, les textes sont anonymés puis chacun dit quels sont ceux qu’il préfère... sans considération d’amitié, d’amour-propre, d’ascenseurs à renvoyer ou autre. Plein de choses à tirer de tout ça...

Pour des critiques plus constructives, on peut en obtenir sur Tir Na N’og et Compagnie mais les congratulations y sont aussi de mise, car beaucoup d’auteurs ne visent pas (vraiment) les enveloppes. Surtout il y a La Mare aux Nénuphars : dissection assurée dans la joie (humph !) et dans la bonne humeur (là, c'est vrai), et comme le principe est de faire aux autres ce que vous voulez qu’on vous fasse, ça double les progrès. Eh oui, en apprenant à voir ce qui cloche dans le texte des autres, à me demander si une expression, un mot, une conjugaison, une virgule, un retour à la ligne sont corrects, si une information est utile, inutile, insuffisante, énervante, bien placée, ma propre écriture a fait un bond prodigieux (à mon échelle, s’entend). Petit bémol, les grenouilles ne travaillent qu’en Science-Fiction-Fantasy-Fantastique et moi je n’écris que la moitié du temps dans ce genre.

Qu’à cela ne tienne, pour la littérature blanche - comme on dit en SFFF - mes promenades sur le net m’ont aussi rapporté des copains et certains d’entre eux sont des correcteurs qui, y’a pas à dire, savent manier le fouet !

Avec tout ça, les enveloppes, je sais de mieux en mieux ce qu’elles aiment. Reste plus qu’à ajuster mes tirs...

 


Annexe : petite synthèse non exhaustive de mes fréquentations webiennes en tant qu’apprentie écrivain

Outils linguistiques :

Dictionnaire courant : le Trésor de la Langue Française (Université de Nancy, CNRS )

Dictionnaire des synonymes  (Université de Caen)

Manuel de conjugaison

Résumé sur la ponctuation et sa typographie

(auxquels s’ajoute le « Grévisse » pour le « Bon Usage » de la langue dont je n’ai pas trouvé l’équivalent sur le Net)


Lectures critiques :

Forum La Mare aux Nénuphars (administré par Cocyclics)

Forum Tir Na N’og et Compagnie (TNN)


Appels à Texte (les fameuses enveloppes)

 L’Antisèche des auteurs et illustrateurs

Bonnes nouvelles

par Macada publié dans : Divers
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Vendredi 4 avril 2008
Salut,
Moi, c'est Macada. Je lis, j'écris, je lis, j'écris, je lis, j'écris,... etc... et des fois je publie. Ce que j'écris, ce que j'ai lu, ce que j'ai écrit sur ce que j'ai lu.
Je publie à différents endroits mais surtout à partir du fauteuil à coussin orange sur lequel je suis assise maintenant.  Autrement dit sur internet, et plus précisément dans l'Antre-Lire.
Normal c'est mon site (un site, pas un blog) et j'en suis le comité de lecture. Je peux y mettre tout ce que je veux, y inviter d'autres auteurs, progresser en html, php, photoshop. Il est vachement bien réfléchi, structuré, achalandé, visité, référencé, congratulé, et tout et tout (Ben quoi ?  y'a mieux ? Je voudrais vous y voir, moi !)

N'empêche qu'il lui manque une cuisine à cet Antre.
Un endroit où on peut vraiment boire un café virtuel à plusieurs et parler de plein de choses (sans conséquences structurelles et phpéiques, notamment ;-)).
Un endroit où vous pouvez commenter, suggérer, rebondir, proposer un texte, une illustration, une critique de livre ou de site...

Ce blog, par exemple ?

Bises

Macada

par Macada publié dans : Divers
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