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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 09:46
Elle vient le matin

Sébastien Ayreault


J’étais réveillé mais encore au lit, je relisais pour la énième fois « Objectif Lune » quand on a sonné à la porte. J’ai sursauté et regardé mon réveil. 8 heures à peine. De l’autre côté de la cloison, ma mère a demandé à mon père :
- On n’est pas dimanche?
 Mais mon père n’a pas eu le temps de répondre,
Tout juste le temps de tousser.
 La sonnerie a de nouveau retenti, plus dure, puis une grosse voix s’est faite entendre, puis des poings contre la porte, biens lourds, et la maison entière a semblé d’un coup basculer dans une obscurité froide. J’ai balancé Hergé par dessus bord, éteint ma lampe, et me suis planqué sous la couette. Dans un éclair j’ai vu une caboche pleine de sang, les yeux grand ouvert, rouler sur la chaussée : Prendre la fuite. Le plus vite possible. Pieds nus traverser l’épouvante et sortir de ce monde saignant, de ce monde hurlant, cognant, frappant à tout rompre. Même la nuit, même aux heures du silence, le monde vous gueule dans la tête. Entre les murs de la tête. Il dégueule le monde, nuit et jour, il vous attaque dans votre sommeil, vous étrangle, vous met la tronche en bouillie, y’a pas de raison, pas de saisons, t’y passeras toi aussi, un dimanche matin ou plus tard, on te découpera la bouche, les tripes, les boyaux…

Et puis, et puis j’ai entendu ma mère grogner un truc à propos des témoins de Java. Les témoins de Java étaient des types qui parfois sonnaient aux portes des gens, on ne pouvait pas dire qu’ils étaient méchants, non, mais c’était de sacrés emmerdeurs, ça oui! On ne savait pas trop d’où ils venaient, on ne savait pas trop où ils allaient, et enfin de compte, on ne savait pas non plus très bien qui était Java. Ou peut-être Jéhovah. Va savoir…

- J’ai l’impression qu’c’est Alain, a dit mon père.
- Ton frère? Mais qu’est-ce qui lui prend? Il est tombé du lit?
- J’arrive, a gueulé mon père, j’m’habille.
- Ferme la porte, a dit ma mère.

La tête décapitée gisait dans le fossé. Je me voyais dans mon pyjama vert, pieds nus, en larmes, tout près de cette tête.
Si tu cours, t’es mort. 

Mon père a ouvert la porte : c’était bien Alain. Et rien à voir avec les témoins de Java de ma mère.
J’ai tendu l’oreille.
- J’espère qu’t’as un tuyau sérieux pour le tiercé ! a dit mon père, un rien rigolard.
- C’est pas pour le tiercé, Antoine.
 La voix de mon oncle était terrifiante,
 Toute dans les basses.
- Antoine est mort, il a dit.

 

 

En savoir plus...  : 

Ce texte est aussi publié  dans le numéro 41 de la revue  La Page Blanche  (une fort bonne adresse de lecture en ligne...).

La fiche auteur de Sébastien se trouve : 
ici.

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 07:40

Attention : Virus


Joëlle Brethes



Ier juin 2065.

   Lydie profitait d’un long congé dans son domespace de repos quand le phénomène avait débuté. Discrètement. Insidieusement. Juste une petite plage circulaire autour de l’ombilic. Une ombre à peine visible qui, peu à peu, s’intensifiait au centre tandis que le pourtour s’élargissait. C’est Paul, son compagnon, qui s’en était aperçu le premier :

   — C’est quoi, ça ? Tu te fais coloriser, maintenant ? Je croyais que tu avais ces nouvelles techniques en horreur !

   Elle s’était examinée, s’était étonnée puis inquiétée. Depuis lors, chaque matin, elle mesurait la progression de la tache. Un ami médecin, à qui elle avait demandé conseil avait haussé les épaules, se voulant rassurant, mais il avait aussitôt contacté ses confrères de l’Institut interstellaire.

   Il s’était vite avéré que Lydie n’était pas un cas unique. Une cinquantaine d’autres spationautes avait développé l’inquiétant syndrome.

   Uniquement des femmes.

   L’une des malades, suivie depuis l’apparition du mal et isolée dans un complexe médical sous haute surveillance militaire en était à son 83ème jour d’observation. Seuls son visage et l’extrémité de ses membres étaient exempts de la curieuse pigmentation. Son nez, en revanche s’était épaté et aplati, ses yeux s'étaient étrécis et ses orteils ainsi que ses doigts avaient presque doublé de volume.

   Qu’était-il donc arrivé à ces jeunes femmes ?

   Pouvait-on envisager un remède à ce mal indolore mais angoissant ? D’autant plus angoissant que les organes internes des malades réagissaient de façon étrange : une curieuse mutation débutait, puis stoppait de façon incompréhensible avant d'amorcer un retour à la normale.

   Mais la métamorphose pouvait reprendre à n’importe quel moment.

   Et s’achever.

   De quelle façon ?


 

   — Il faut absolument cerner l’agent contaminateur ! tonna, ce matin-là, le Major Berthier. Il y a bien, entre ces femmes, un point commun qui explique cette fâcheuse contagion. La rumeur commence à circuler dans les milieux scientifiques et on a enregistré une baisse sensible de recrutement féminin ces dernières semaines.

   Un point commun ! c’est évidemment ce qui avait été tenté ! Âge, taille poids, antécédents médicaux, domiciles, affectations successives... Les données s’additionnaient dans le gros ordinateur de la base spatiale européenne de Francfort mais rien n’en était encore sorti. Qu’elles fussent d’origine européenne, asiatique ou africaine, grandes ou petites, chrétiennes, musulmanes ou athées, mariées ou non, homo ou hétérosexuelles, toutes celles qui attrapaient la maladie devenaient progressivement vertes, s’épataient du nez, se rétrécissaient des globes oculaires et devenaient impossibles à chausser et à ganter.

   Leur parcours professionnel avait été sensiblement identique. La rotation planifiée et suivie scrupuleusement par l’ensemble des personnels volants conduisait en effet tous les spationautes des deux sexes, sans exception, sur les différentes stations spatiales : Mir, Lux, AumhO, Paihrsy. Tous ces jeunes gens avaient en outre fréquenté les plates-formes de leurs homologues Martiens et Vénusiens.

   Une pudeur idiote, la crainte, surtout, d’un conflit diplomatique (ou pire) avec les extraterrestres récemment admis dans la confédération avait empêché un dialogue franc sur le problème. Il allait pourtant falloir s’y résoudre.

   Une réunion des différentes parties fut donc organisée au palais parisien de l’UNESCO.

   Le Major s’éclaircit la gorge. Il adapta son traducteur instantané dans son oreille droite et fit signe à ses collègues de l’imiter. Puis, après moult précautions oratoires et plusieurs couplets amphigouriques sur les bienfaits de la récente coopération entre les trois peuples, il exposa les faits aux dignes représentants martiens et vénusiens dûment protégés par leurs masques et combinaisons thermiques respectifs. Ceux-ci écoutèrent en silence et sans surprise apparente le discours du militaire puis, s’étant juste consultés du regard, ils quittèrent pesamment la pièce.

   — Et voilà ! explosa le docteur Khlone, responsable des recherches éco-ethno-bioterrestres. Nous les avons choqués. C’est la rupture ! Vous savez pourtant bien que ces gens-là sont en avance sur nous ! Ils n’auraient qu’à lever le petit doigt pour transformer la Terre en un désert de ruines ou de sable et de cendre. Parfaitement ! Comme ils l’ont fait sur la lune avec nos ancêtres. Ça les arrangerait : ils pourraient s’installer à notre place après avoir occis jusqu’au dernier d’entre nous. C’était pas malin de leur donner un prétexte ! Pas malin du tout ! Je vous avais pourtant prévenus.

   Très décontenancée, la délégation s’éparpilla, la peur au ventre.

   — De toute façon, glapissait le généticien Shutox en longeant le couloir à longues enjambées, c’est à eux que nous devons cette maladie, quel qu’en soit le vecteur : les malades sont verts comme les Martiens et ont le faciès et les membres des Vénusiens.

   Personne ne répondit mais tous soupirèrent. C’était bien évidemment un phénomène qui n’avait échappé à aucun d’entre eux.

   Le soir même, la plus ancienne des malades mourut. Ses poumons et son cœur avaient proprement et simplement implosé.

   La terrifiante nouvelle se propagea aussitôt et le Terrien lambda, stupéfait et consterné, apprit à la fois l’existence de la maladie et le caractère fatal de son issue.

   Les manifestations de colère éclatèrent parmi les civils, et la panique s'accrut chez les spationautes du monde entier. Même les hommes frissonnèrent bien qu’aucun cas n’eût été recensé dans leurs rangs et qu'il fût admis que la mal était exclusivement féminin.


 

   Le mois suivant, quatre nouvelles malades décédèrent, et une demi-douzaine de nouveaux cas se déclarèrent. On enregistra un grand nombre de démissions dans les centres spatiaux. Que faire ? Fallait-il fermer les infrastructures et abandonner tous les projets d’exploration et d’exploitation extraterrestres ?

   Après avoir été fêtés, invités, adulés, les spationautes étaient fuis comme des pestiférés : pouvait-on être sûr que la maladie, circonscrite provisoirement dans leur milieu, ne se révélerait pas contagieuse à longue échéance pour les civils ?

   Après avoir été respectés et interrogés avec intérêt, les Martiens et leurs confrères Vénusiens étaient eux aussi mis à l’index : porteurs sains du « virus du 3ème millénaire », c’étaient, à n’en pas douter, les anges de la mort...

   Bref, la situation devenait invivable.


 

   Cette conjoncture inconfortable durait depuis plusieurs semaines quand, de façon assez mystérieuse, l’épidémie cessa. Les contaminés achevèrent de mourir, bien sûr, mais aucun nouveau cas ne fut déclaré. On en fit grande publicité, les primes d’engagement furent multipliées par dix, et les recrutements reprirent donc. Timidement d’abord, puis de façon plus hardie.


 

   Ce 4 décembre 2065, dixième anniversaire du premier pas humain sur Mars, Max Friedman, le président de la confédération européenne demanda à visiter les locaux du Centre principal d’entraînement des spationautes, à Moscou. Ce n’était pourtant ni l’excellence des structures du centre ni l’efficacité de l’entraînement dispensé aux spationautes qui avaient motivé cette demande. Non ! si Friedman avait ainsi insisté, c’est que son propre fils, Bruce, y avait été admis neuf semaines plus tôt pour y suivre l’entraînement réglementaire.

   Shutox et Khlone qui présidaient la visite se rengorgeaient devant l’admiration respectueuse manifestée par celui qui dirigeait presque 10 milliards d’êtres humains...

   Après avoir été véhiculée dans des kilomètres de couloir et s’être fait admettre dans une vingtaine d’unités d’entraînement, la délégation arriva devant une vaste porte qui n’autorisait le passage qu’aux personnels munis de cartes spéciales. La cabine de visite ralentit et marqua un léger temps d’arrêt avant de se remettre en marche.

   — Mais... Protesta Friedman, nous n’entrons pas ?

   — Désolé, Monsieur le Président, fit Khlone, mais l’admission est strictement contrôlée.

   — Je suis le Président, tout de même ! répliqua Friedman avec bonhomie.

   Après avoir opposé un nouveau refus aussi aimable que ferme, et reçu en retour une exhortation aussi polie que menaçante, Khlone et Shutox durent se résoudre à obtempérer.

   La salle était très grande. Son pourtour était équipé d’une cinquantaine de petits boxes étanches aux cloisons transparentes. La totalité de ces boxes était occupée par des jeune gens endormis allongés sur une table de verre. Un appareillage compliqué obstruait les bouches, les narines et les oreilles. Une console centrale enregistrait des données... Friedman fronça les sourcils, perplexe : les jeunes gens, quel que soit leur sexe étaient entièrement nus.

   — Simulation de l’atmosphère des stations orbitales de Mars ou de Vénus, fit sobrement Shutox. Tous les spationautes passent dans ces boxes avant chaque mission.

   Il se lança dans des explications que le président écouta avec beaucoup d’attention.

   — Je comprends, mais faut-il vraiment qu’ils soient nus ? fit remarquer Friedman. Ce n’est pas que je sois particulièrement pudique, mais...

   Il s’interrompit. L’une des deux formes, derrière la console venait de se lever et se dirigeait dans leur direction. Un extraterrestre. Il pénétra dans le box devant lequel le petit groupe devisait et s’affaira près d’une jeune femme endormie.

   — Ils sont vraiment laids, ces Martiens, chuchota Friedman.

   — Ce Martien-là est une Martienne, fit simplement Shutox ; la couleur de sa peau tire sur le bleu et ses yeux sont d’or. Les Martiens sont plus franchement verts et leurs yeux sont rubis.

   — Une Martienne, en effet, confirma Khlone. Bizarre !

   Les deux scientifiques se jetèrent un regard perplexe. Suivant une obscure coutume intergalactique appliquée par Mars et Vénus, seuls les hommes travaillaient dans les centres spatiaux terrestres. Les femmes n’étaient admises que dans la diplomatie et le commerce. Que signifiait, par conséquent, la présence de ces Martiennes à Moscou ?

   — À force de se faire brocarder pour leur sexisme, avança Khlone, ils ont apparemment fini par changer leurs habitudes.

   — Eh bien moi !… je me demande...

   Shutox fit claquer ses doigts et fonça vers la sortie.

   — Qu’est-ce qui lui prend ? gronda Friedman interloqué.

   Khlone eut un geste d’ignorance. Quelques minutes plus tard, il invita son hôte à retourner dans le grand hall d’accueil où une collation attendait les visiteurs.


 

   Shutox fut impossible à joindre pendant tout le trimestre suivant. Puis il convoqua son collègue et les responsables des différents centres. Il prétendait avoir résolu le mystère de l’épidémie qui avait causé la mort d’une soixantaine de jolies jeunes femmes, toutes promises à un bel avenir inter-stellaire... Il annonçait du jamais vu, de l’incroyable, de l’horrible.


 

   Il y eut des remous tout le temps qu’il s’exprima ; des « oh ! » des « ah ! » de surprise ; des « C’est scandaleux ! » pleins de colère ; des « Pourquoi ne sont ils pas là pour répondre de leurs actes ? »...


 

   Le lendemain, malgré l’appel à la discrétion de Shutox (après tout, les extraterrestres, même s’ils n’avaient pas battu leur coulpe en public, avaient au moins pris la situation en mains et s’étaient montrés efficaces !) la presse se déchaîna :

   « Centres spatiaux très spéciaux » titrait le Galacticus holographique international qui poursuivait impitoyablement : « Les Martiennes et Vénusiennes récemment nommées aux postes de leurs lubriques compagnons résisteront-elles au charme de nos spationautes ? »


 

   Non, évidemment !


 

   Quelques jours plus tard, au bord de sa luxueuse piscine, le président Friedman, atterré, fit remarquer à son fils Bruce qu'un halo bleuâtre entourait son ombilic...

 

FIN

 



En savoir plus...  : 

Attention : virus a obtenu le 3ème prix du concours de nouvelles Infini en 2006.
La fiche auteur de Joëlle  se trouve : 
ici

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 08:47

LA JUSTICE DE PAIX


Octave Mirbeau

À M. Guy de Maupassant.


La justice de paix occupait, dans la mairie au rez-de-chaussée, une salle donnant de plain-pied sur la place. Rien d’imposant, je vous assure, et rien de terrible. La pièce nue et carrelée, aux murs blanchis à la chaux, était séparée en son milieu par une sorte de balustrade en bois blanc qui servait indifféremment de banc pour les plaignants, les avocats – aux jours des grands procès – et pour les curieux. Au fond, sur une estrade basse, faite de planches mal jointes, se dressaient trois petites tables devant trois petites chaises, destinées, celle du milieu à monsieur le juge, celle de droite à monsieur le greffier, celle de gauche à monsieur l’huissier. C’était tout.

 

Au moment où j’entrai, « l’audience » battait son plein. La salle était remplie de paysans, appuyés sur leurs bâtons de frêne à courroies de cuir noir, et de paysannes qui portaient de lourds paniers sous les couvercles desquels passaient des crêtes rouges de poulets, des becs jaunes de canards et des oreilles de lapins. Et cela faisait une odeur forte d’écurie et d’étable. Le juge de paix, un petit homme chauve, à face glabre et rouge, vêtu d’un veston de drap pisseux, prêtait une grande attention au discours d’une vieille femme qui, debout dans l’enceinte du prétoire, accompagnait chacune de ses paroles par des gestes expressifs et colères. Les bras croisés, la tête inclinée sur la table, le greffier, chevelu et bouffi, semblait dormir, tandis qu’en face de lui, l’huissier, très maigre, très barbu et très sale, griffonnait je ne sais quoi sur une pile de dossiers crasseux.

La vieille femme se tut.

– C’est tout ? demanda le juge de paix.

– Plaît-y, monsieur le juge ? interrogea la plaideuse en allongeant le cou, un cou ridé comme une patte de poule.

– Je vous demande si vous avez fini de jaboter, avec votre mur ? reprit le magistrat d’une voix plus forte.

– Pargué oui, mossieu le juge… c’est-à-dire, faites excuses, v’là l’histoire… Le mur en question, le long duquel Jean-Baptiste Macé accote ses…

Elle allait recommencer ses antiennes, mais le juge l’interrompit.

– C’est bien, c’est bien. Assez, la Martine, permis d’assigner.

Greffier !

Le greffier leva lentement la tête, en faisant une affreuse grimace.

– Greffier ! répéta le juge, permis d’assigner… prenez note…

Et, comptant sur ses doigts :

– Mardi… nous assignerons mardi… c’est cela, mardi ! À un

autre.

Le greffier clignant de l’oeil, consulta une feuille, la tourna, la retourna, puis, promenant son doigt de bas en haut, sur la feuille, il s’arrêta tout à coup…

– Gatelier contre Rousseau, cria-t-il ! sans bouger. Est-il là, Gatelier et Rousseau ?

– Présent, dit une voix.

– Me v’là, dit une autre voix.

Et deux paysans se levèrent, et entrèrent dans le prétoire.

Ils se placèrent gauchement en face du juge de paix qui allongea ses bras sur la table et croisa ses mains calleuses.

– Vas-y, Gatelier ! Qu’est-ce qu’il y a encore, mon gars ?

Gatelier se dandina, essuya sa bouche du revers de sa main, regarda à droite, à gauche, se gratta la tête, cracha, puis, ayant croisé ses bras, finalement il dit :

– V’là ce que c’est, mossieu le juge… J’revenions d’la foire Saint-Michel, la Gatelière, ma femme, et pis Roussiau, ensemble. J’avions vendu deux viaux et, sauf’ vout’ respect, un cochon, et dame ! on avait un peu pinté. J’revenions donc, à la nuit tombante. Mé, j’chantais, Roussiau agaçait ma femme, et la Gatelière disait tout l’temps : « Finis donc, Roussiau, bon Dieu ! qué t’es donc bête ? qué t’es donc éfant ! »

Et, se retournant vers Rousseau, il demanda :

– C’est-y ben ça ?

– C’est ben ça ! répondit Rousseau.

– À mi-chemin, reprit Gatelier, après un court silence, v’là m’a femme qui mont’ l’talus, enjambe la p’tite hae, au bas de laquelle y avait un grand foussé. « Où qu’tu vas ? » que j’y dis. « Gâter de l’iau, » qu’è m’répond. « C’est ben ! » que j’dis… Et j’continuons nout’ route, Roussiau et mé. Au bout de queuques pas, v’là Roussiau qui mont’ le talus, enjambe la p’tite hae au bas de laquelle y avait un grand foussé. « Où qu’tu vas ? » que j’y dis. « Gâter de l’iau, » qu’y me répond. « C’est ben ! » que

j’dis. Et j’continue ma route.

Il se retourna de nouveau vers Rousseau :

– C’est-y ben ça ? dit-il.

– C’est ben ça ! répondit Rousseau.

– Pour lors, reprit Gatelier, j’continue ma route. J’marche, j’marche, j’marche. Et pis, v’là que j’me retourne, n’y avait personne sus l’chemin. J’me dis : « C’est drôle ! où donc qu’ils sont passés ? » Et je r’viens sus mes pas : « C’est ben long, que j’dis. On a un peu pinté, ça c’est vrai, mais tout de même, c’est ben long. » Et j’arrive à l’endreit où Roussiau avait monté l’talus… Je grimpe la hae itout, j’regarde dans l’foussé : « Bon Dieu, que j’dis, c’est Roussiau qu’est sus ma femme ! » Pardon, excuse, mossieu le juge, mais v’là ce que j’dis. Roussiau était donc sus ma femme, sauf vout’ respect, et y gigottait dans le foussé, non, fallait voir comme y gigottait, ce sacré Roussiau ! Ah ! bougre ! Ah ! salaud ! Ah ! propre à ren ! « Hé, gars, que j’y crie du haut du talus, hé, Roussiau ! Voyons, finis donc, animal, finis donc ! » C’est comme si j’chantais. J’avais biau y dire de finir, y n’en gigottait que pus fô, l’mâtin ! Alors, j’descends dans le fousséj’empoigne Roussiau par sa blouse, et j’tire, j’tire. – Laissemé finir » qu’y me dit. – « Laisse-le donc finir » qu’me dit ma femme. – « Oui, laisse-mé finir, qu’y reprend, et j’te donnerai eune demi-pistole, là, t’entends ben, gars, eune demi-pistole ! » – « Eune demi-pistole, que j’dis, en lâchant la blouse, c’est-y ben vrai, ça ? » – « C’est ben vrai ! » – « C’est juré ? » – « C’est juré ! » – « Donne tout d’suite. » – « Non, quand j’aurai fini. » – « Eh ben, finis. » Et moi, j’reviens sus la route.

Gatelier prit pour la troisième fois Rousseau à témoin.

– C’est-y ben ça ?

– C’est ben ça ! répondit Rousseau.

Gatelier poursuivit.

– V’entendez, mossieu l’juge, v’entendez… c’était promis, c’était juré !… Quand il eut fini, y revint avé la Gatelière sus la route, ous que j’m’étions assis, en les attendant. « Ma d’mipistole ? » que j’demandai. « D’main, d’main, qu’y m’fait, j’ai pas tant seulement deus liâs sus mè ! » Ça pouvait êt’ vrai, c’té ment’rie là. J’n’dis rin, et nous v’l’a qui continuons nout’ route, la Gatelière, ma femme, et pis Roussiau, ensemble. Mé, j’chantais, Roussiau agaçait ma femme, et la Gatelière disait tout l’temps : « Finis donc, Roussiau, bon Dieu ! qu’t’es donc bête ! qu’t’es donc éfant ! » En nous séparant, j’dis à Roussiau : « Attention, mon gars, c’est juré. » « C’est juré. » I’ m’donne eune pognée d’main, fait mignon à ma femme, et pis, le v’là parti… Eh ben, mossieu l’juge, d’pis c’temps-là, jamais y n’a voulu m’payer la d’mi-pistole… Et l’pus fô c’est, pas pus tard qu’avant-z-hier, quand j’y réclamais mon dû, y m’a appelé cocu ! « Sacré cocu, qu’y m’a fait, tu peux ben t’fouiller. » V’là c’qu’y m’a dit, et c’était juré, mossieu l’juge, juré, tout c’qu’y a d’pus juré. »

Le juge de paix était devenu très perplexe. Il se frottait la joue avec sa main, regardait le greffier, puis l’huissier, comme pour leur demander conseil. Évidemment, il se trouvait en présence d’un cas difficile.

– Hum ! hum ! fit-il.

Puis il réfléchit quelques minutes.

– Et, toi, la Gatelière, que dis-tu de ça ? demanda-t-il à une grosse femme, assise sur le banc, son panier entre les jambes, et qui avait suivi le récit de son mari, avec une gravité pénible.

– Mè, j’dis ren, répondit en se levant la Gatelière… Mais, pour ce qui est d’avoir promis, d’avoir juré, mossieu l’juge, ben sûr il a promis la d’mi-pistole, l’menteux…

Le juge s’adressa à Rousseau.

– Qu’est-ce que tu veux, mon gars ? tu as promis, n’est-ce pas ? tu as juré ?

Rousseau tournait sa casquette d’un air embarrassé.

– Ben, oui ! j’ai promis… dit-il… mais, j’vas vous dire, mossieu l’juge… Eune d’mi-pistole, j’peux pas payer ça, c’est trop cher… ça ne vaut pas ça, vrai de vrai !

– Eh bien ! il faut arranger l’affaire… Une demi-pistole, c’est peut-être un peu cher, en effet… Voyons, toi, Gatelier, si tu te contentais d’un écu, par exemple ?

– Non, non, non ! Point un écu… La demi-pistole, puisqu’il a juré !

– Réfléchis, mon gars. Un écu, c’est une somme. Et puis Rousseau paiera la goutte, par-dessus le marché… C’est-y convenu comme ça ?

Les deux paysans se regardèrent, en se grattant l’oreille.

– Ça t’va-t-y, Roussiau ? demanda Gatelier.

– Tout d’même, répondit Rousseau, j’sommes-t-y pas d’zamis !

 

– Eh ben ! c’est convenu !

Ils échangèrent une poignée de main.

– À un autre ! cria le juge, pendant que Gatelier, la Gatelière et Rousseau quittaient la salle, lentement, le dos rond, les bras ballants.

 

 

Petite histoire : Ce texte est paru dans "Les  Contes de la Chaumières" (1894).

Pour une rapide présentation d'Octave Mirbeau (1848-1917), vous pouvez,  par exemple, aller voir  ICI.

Quant aux "contes de la Chaumière", vous en trouverez la version intégrale sur  Ebooks libres et gratuits (un vrai trésor, cette bibliothèque en ligne de livres du domaine public...).
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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 13:23
LES AMANTS GIGOGNES
Claude Romashov



On en parlait à la cour, la princesse, fille du roi avait un amant. Un jeune homme fier et beau. Lasse d’écouter chanter les rossignols des boîtes à musique. Elle avait cédé à la tentation d’une autre mélodie, plus douce à son oreille et glissante comme perles de pluie sur sa peau d’albâtre. Le chant cajoleur de l’amant à la beauté et l’ardeur déployées.

Les duègnes et les parangons s’offusquaient d’une attitude aussi désinvolte car ce n’était pas la première fois que la princesse prenait amant de velours paré. Mais elles fermèrent vite leurs vilains becs car elles ne voulaient pas contrarier le roi qui adorait sa fille.

Dans la chambre de la princesse, le lit se retournait de désir et les boîtes à musique enrayaient leurs mécanismes. Les draps de soie faisaient crisser leurs fifres sauvages et les senteurs s’alourdissaient de tous les lys et tubéreuses des jardins.

L’amant fougueux rejoignait sa dulcinée à la tombée de la nuit et tous les êtres vivants retenaient leur souffle et leurs cris.

Quand au petit matin, la belle princesse s’endormait près de l’élu de son cœur on entendait le claquement d’un couvercle d’une boîte sertie de pierres précieuses. Discrètement un être chiffonné et perclus s’extrayait de son écrin et contemplait d’un regard jaloux, le jeune présomptueux qui lui avait succédé dans le cœur et, il faut bien le dire, dans le corps de l’inconstante princesse. Cela le rendait de fort méchante humeur.

- « Quel impair ai-je donc commis pour être rejeté de la sorte et condamné à vivre dans cet espace étroit. Je l’aime tellement, je ne sais en quoi, j’ai pu déplaire à ma princesse ? » Sanglotait-il assez fort pour incommoder le petit homme à la barbe rêche qui dormait dans un autre compartiment.

- « Tais-toi donc un peu ! Sot personnage ! C’est moi qu’elle aimait avant que tu ne me déloges de son cœur. Rassures toi, je ne vais pas croiser le fer avec toi car j’ai passé l’âge. On vieillit bien trop vite dans cet espace insalubre.

- « Mais enfin, arrêtez de gémir, grinça un autre vieillard édenté. Ici, vous êtes au chaud et nourris du chant des oiseaux des boîtes à musique. D’autres galants, bien plus beaux et plus hardis que vous, ont été passés par les armes ou croupissent dans de sombres et humides cachots. Et puis, vous êtes tout près d’elle, à entendre son souffle, à respirer son parfum, à caresser du regard ses formes, suggérées par les étoffes vaporeuses. »

- « Peut-être ! Reprirent-ils tous en chœur, mais nous sommes devenus secs avant l’âge, la punition est amère pour les ardents jeunes hommes que nous étions. »

Un bruit de voix se fit entendre…

Ils  refermèrent le couvercle et on ne percevait plus qu’un long murmure. Il était temps…

Le roi, suivi de sa garde pénétra dans la chambre de la princesse. Il avait son visage des mauvais jours. La jeune fille effarée se jeta à ses pieds, en vain. Il se saisit de l’amant qui essaya de fuir, le pantalon bouffant sur les chausses. Le malheureux gigota entre ses doigts de façon dérisoire puis rejoignit ses pairs dans la boîte gigogne.

La princesse versa quelques larmes d’amertume mais savait qu’un autre prétendant au regard bleu acier attendait son tour pour la cueillir.

Dans la boîte qui craquait aux jointures, les délaissés se poussèrent mécontents pour faire place à un nouveau locataire.

Ils étaient condamnés à finir en poussière car ils avaient répondu aux avances d’une  princesse cruelle dont la beauté, les battements de cils, les lèvres rouges sont un piège mortel.


Dans la jungle amazonienne, les perroquets de couleurs jasent comme des boîtes à musique. La princesse des fleurs carnivores ouvre son calice rouge et agite ses cils vibratoires sous les ombrages des feuilles vernies, porteuses d’une cour de bels insectes.

Un jeune et fringant explorateur la fixe de ses yeux, bleu acier. Il avance une main pour la cueillir. L’inconscient !


 

 

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 08:41


Le Soleil , le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,


- N'importe quoi, ça ne veut rien dire. Ecoute ça.

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.


- Oh le nul, c'est avec ce genre de truc que tu penses être poète ?

- Paul, Arthur, faites votre exercice de math, ce n'est pas en écrivant ce genre d'âneries que vous réussirez dans la vie.


DidierV


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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 06:29
(Verlaine à 25 ans, Felix Elie Regamey)

L’Heure du berger


La lune est rouge au brumeux horizon ;

Dans un brouillard qui danse, la prairie

S’endort fumeuse, et la grenouille crie

Par les joncs verts où circule un frisson ;


 

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;

Des peupliers profilent aux lointains,

Droits et serrés, leurs spectres incertains ;

Vers les buissons errent les lucioles ;


 

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit

Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,

Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.

Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit.

 


Paul Verlaine

En savoir plus... : Ce poème est tiré des Poèmes saturniens (1866), premier recueil de Verlaine (1844-1896).
Vous pouvez télécharger les oeuvres complètes du poète sur ebooks et consulter une biographie : ICI
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 06:09


Geneviève, Andriaka et le vieux tamarinier
(fin)

Xavier de Viviés

 


La tempête toucha l’île en début d’après-midi. Elle se déchaîna jusqu’au petit matin, bousculant les maisons, ravageant les plantations et causant la mort d’une dizaine d’hommes. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur les hauts de l’île et la montagne vomissait par toutes ses rivières des cataractes d’eau boueuse, des blocs de basalte et des arbres arrachés. Un tamarinier vieux d’au moins 300 ans faisait partie de la sarabande. Il était énorme et portait les marques de nombreux combats victorieux contre d’autres cyclones. Il avait été emporté avec tout un pan de montagne vers le fond d’un cirque et, dévalant la rivière Saint-Etienne, il voguait vers la mer. Tournoyant dans les flots boueux comme un arbrisseau de l’année, il laissait tantôt apparaître sa ramure échevelée, tantôt un réseau de racines enchevêtrées.

 

A une vingtaine de miles de là, la Garonne ressenti les premiers effets du cyclone au moment ou la vigie signalait une terre à l’horizon. Cette configuration était la pire que le capitaine pouvait imaginer. Aux dangers d’une tempête en pleine mer s’ajoutaient ceux liés à la proximité d’une côte inconnue, une côte dont les abords seraient en outre très certainement infestés de débris de toute sorte. Et la nuit tombait.

S’ils n’avaient pas été aussi près du but, il aurait fait tout affaler sauf un tourmentin sur le mât de beaupré et aurait fui sous le vent en faisant le gros dos. Mais c’était courir le risque de se perdre, et d’ailleurs, une fuite en aveugle si près des côtes était une option suicidaire. Il fit réduire la voilure, ne laissant que ce qu’il fallait de toile pour que le bateau reste manœuvrable et fit route vers l’île dans l’espoir d’y arriver avant qu’il ne soit trop tard. Il recommanda à Dieu son âme et son bateau, sans vraiment y croire tant les choses semblaient avoir été diaboliquement agencées pour les conduire à leur perte, et il se prépara à affronter sa dernière tempête.

Ils furent éperonnés par le gros tamarinier quatre heures plus tard. Le choc qui stoppa net le bateau ne le surprit pas. Il l’attendait au contraire et il ressentit une sorte de soulagement à l’idée que sa responsabilité s’arrêtait là ; une très fugace impression. Instantanément remplacée par le bruit bizarre que fit son crâne quand il éclata contre le bastingage. La Garonne avait été éventrée, deux de ses mats s’étaient couchés sous la violence du choc, et elle accusait une gîte qui ne laissait aucun doute quant à la gravité de la situation : elle aurait coulé bien avant que le soleil ne se lève.

 

Geneviève était sur sa couchette au moment du choc. Appuyée contre la cloison, elle avait eu la chance de ne pas être projetée comme la plupart de ses compagnes qui gisaient inanimées dans la pièce. Elle comprit immédiatement que c’était la fin et décida de sortir sur le pont. Il était hors de question qu’elle attende entre ces murs que le bateau l’engloutisse. Elle mourrait certainement, elle ne voyait pas comment il pourrait en être autrement. Mais pas de cette façon-là, pas sans se battre. Dans l’immédiat, il lui fallait survivre au naufrage. Trouver une épave à laquelle s’accrocher quand la Garonne irait au fond. Après, il serait toujours temps de se lamenter, elle aurait au moins gagné quelques heures.

Le spectacle à l’extérieur était hallucinant. Le bateau semblait avoir éclaté comme un fruit trop mûr. A quelques mètres d’elle le pont avait été arraché, ainsi que le flanc tribord du navire sur près de la moitié de sa longueur. De là où elle se trouvait, elle pouvait voir l’intérieur du bateau, de l’entrepont à la cale. Et dans ce trou, un arbre énorme se dressait, ses racines immergées dans les flots bouillonnants comme si elles étaient fichées en terre. A chaque vague il semblait saisir à pleines branches des portions du pont, des cloisons, des coursives, et les broyait en mille planches. A grands coups de griffes il coupait la coque en deux, comme s’il était animé d’une volonté de destruction.

Son dernier assaut avait emporté la cloison centrale de l’entrepont, découvrant une pièce au fond de laquelle Geneviève aperçu l’homme qui avait été embarqué à Madagascar. Il était vivant et semblait lutter contre quelque chose qui l’entravait. Le prochain coup de boutoir de l’arbre ne lui laisserait aucune chance s’il ne bougeait pas d’ici là. Il l’avait compris et se débattait en silence mais sans espoir : il était à plat ventre, ses jambes prises sous un entrelacs de poutres et de planches qu’il ne pouvait atteindre. Il cria comme un fou quand il vit Geneviève au-dessus de lui. Il lui montrait les planches et semblait lui intimer l’ordre de venir à son aide.

Elle eut d’abord un vieux réflexe de colère contre les mâles en général dont les manières ne semblaient décidément pas changer beaucoup à travers le monde.  Elle s’apprêtait à lui répondre comme elle l’aurait fait à un matelot aviné mais une image la rendit à la réalité. A quelques pas d’elle une masse blanchâtre gisait au pied de l’escalier de la dunette. C’était le ventre énorme du docteur Bonenfant dont la chemise, troussée par la pluie et le vent, battait contre le mat qui lui avait écrasé la tête.

- « Joyeux Noël docteur. » Lui dit elle avec un mélange de haine et de jubilation. Puis elle sauta dans les branches de l’arbre, le seul chemin qui lui permettrait d’atteindre l’homme qui luttait en dessous. Elle parvint à le rejoindre et, unissant leurs efforts, ils libérèrent ses jambes et s’accrochèrent à une branche maîtresse du tamarinier au moment où celui-ci se dégageait de l’épave. L’arbre bascula en arrière, projetant Geneviève dans les flots. Elle commençait à couler, surprise par la douceur de cette eau qu’elle s’attendait à trouver glaciale, quand elle se sentit tirée en arrière. Cramponné à l’arbre, l’homme lui avait saisi les cheveux et la ramenait à lui.

 

Quelques instants plus tard ils assistèrent à la fin de la Garonne. Malgré le vent qui continuait à hurler ils eurent soudain l’impression que le silence s’était fait autour d’eux. Le fracas des vagues sur les flancs démembrés du bateau, les craquements de la coque, les claquements des voiles déchirées, tous ces bruits de mort s’étaient subitement éteints dans un grand plouf.

Ils restèrent silencieux pendant de longues minutes, attentifs aux mouvements de l’arbre, craignant qu’il ne se retourne ou qu’il s’enfonce à la suite du bateau. Mais il semblait avoir trouvé un équilibre. Momentanément rassurés, les deux naufragés levèrent alors les yeux l’un vers l’autre.

- Joyeux Noël à toi aussi monsieur le grand noir ... Et à toi aussi ma vieille Geneviève. Sacré réveillon. Toute seule au milieu de rien. Sur un arbre. Et avec un sauvage. J’aurais mieux fait de rester avec Marie et les autres. De toute façon je vais mourir. De soif ou de faim ... ou alors c’est toi qui vas me manger hein ? Hé tu m’entends ? Elle avait raison Marie, tu ne sais pas parler.

- Non je ne vais pas te manger. On sera mort de soif avant d’avoir vraiment faim, tu ne risques rien.

- Hein ? Tu parles ? Tu parles Français ?

- Oui. J’ai appris avec le prêtre qui vivait au fort. Il m’a appris à chanter en latin et à parler en français. Mon père est le roi du pays où les soldats ont construit leur fort.

- Pourquoi tu étais prisonnier alors ?

- Mon père est vieux, il craint les soldats. Mais à moi ils ne font pas peur. J’ai réuni les guerriers qui avaient encore du courage pour voler les vaches des blancs. Mais je n’ai pas eu de chance.

- Pas de chance ! Non. C’est vrai, on n’a pas eu beaucoup de chance. Comment t’appelles-tu ? Que je sache au moins avec qui je vais mourir.

- Andriaka. Et je ne vais pas mourir.

 

La tempête se calma au bout de quelques heures, peu après le lever du jour. L’eau autour d’eux était marron et ils virent qu’ils étaient très proches de l’île. Des pans de montagne semblaient dériver en l’air entre des nappes de nuages gris. Le vent et les courants les rapprochaient de la côte. Geneviève n’osait pas croire qu’ils parviendraient tout de même à s’en sortir vivants. Pourtant au bout de quelques heures, le vieux tamarinier s’échoua sur une grande plage de sable noir. Ils rampèrent jusqu’à la lisère de la forêt et s’écroulèrent au pied d’un arbre. Serrés dans les bras l’un de l’autre pour tenter de se réchauffer, ils passèrent leur première nuit sur Bourbon.

Le lendemain, Andriaka dit à Geneviève qu’il comptait monter dans la montagne. Depuis si longtemps que les blancs envoyaient des malgaches en esclavage sur Bourbon, il était sûr que certains s’étaient enfuis vers l’intérieur pour résister. Des guerriers ne deviennent jamais des bêtes de somme. S’il y en avait il les trouverait. Geneviève n’hésita pas longtemps, la perspective d’avoir à chercher asile auprès d’un colon, même riche, ne l’intéressait plus vraiment. Elle suivit Andriaka.

 

Le 4 juin 1766, l’arrière petit-fils d’Andriaka et Geneviève signa un document historique avec le gouverneur de Bourbon. Depuis plus de 70 ans, tout le sud de l’île et les deux cirques de l’ouest appartenaient aux marrons, ces esclaves en fuite qui avaient pris le maquis. En quelques années, Andriaka avait fédéré autour de lui les groupes de fuyards qui survivaient, dispersés dans la montagne et tentaient d’échapper aux « chasseurs de noirs ». Un peuple s’était constitué autour du couple étrange qu’il formait avec Geneviève. Un peuple qui avait résisté aux assauts des français, de plus en plus furieux au fil des années. Qui avait prospéré même, allant jusqu’à entreprendre des échanges avec certains colons qui n’avaient finalement pas plus envie qu’eux de se battre pour l’exclusivité de l’occupation de cette île. Le document reconnaissait aux Marrons la souveraineté sur leur partie de l’île, il abolissait l’esclavage, qui d’ailleurs ne faisait plus florès depuis longtemps tant les colons craignaient les expéditions sanglantes qui étaient régulièrement menées contre ceux d’entre eux qui oubliaient le respect qu’on doit à un être humain. En contrepartie, le document précisait que les Marrons s’engageaient à lutter auprès des colons contre les Anglais. Un autre engagement avait été pris, bien que ne figurant pas sur le traité destiné à l’administration de la cour, celui de faire front commun contre les Français le jour où Bourbon déciderait de s’émanciper de la tutelle royale.


 

 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 00:00

Geneviève, Andriaka et le vieux tamarinier

Xavier de Viviés


Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : « Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ? ... » Et tout à coup, il s’écria : « Mais si, j’en ai un, et un bien étrange encore ; c’est une histoire fantastique. J’ai vu un miracle ! Oui mesdames, un miracle, la nuit de Noël »

Marie regarda la petite Geneviève du coin de l’œil, cherchant à déceler sur le visage de son amie un écho de son propre agacement. Elle fut effrayée par son expression : en fait d’écho elle y lisait une exaspération si ouvertement affichée qu’elle en était insultante pour le docteur. Elle en eut des fourmillements dans la peau du dos, là où achevaient de cicatriser les conséquences du dernier crime de lèse-majesté dont elle s’était rendue coupable envers le sieur Bonenfant. Mais malgré sa crainte, elle ne pouvait s’empêcher d’être admirative. Du haut de ses 17 ans, Geneviève tenait tête à ce gros porc et à tous les autres « messieurs de la dunette » avec un aplomb qui en imposait à tout le monde, y compris au capitaine.

Pourtant, après un rot magistral, le docteur Bonenfant continua son monologue sans relever l’impertinence.

-  C’était en 1659. Le 18 ou le 19 décembre. Un corsaire Anglais avait coulé une frégate de notre bon Roi à quelques encablures de l’entrée du port de Saint Malo. La Victoire elle s’appelait cette frégate. Comme quoi, la fortune de mer se fout bien de nous quand elle veut. Bref, j’étais sur les remparts, comme presque toute la ville, et nous avons assisté à la mort de tous ces braves marins sans pouvoir faire quoique ce soit. Dans les jours qui ont suivi, nous avons récupéré des dizaines de corps qui venaient s’échouer sur les rochers à marée basse. Enfin, quand je dis les corps ... c’était souvent des morceaux. Ce salaud d’anglais avait dû balancer un ou deux boulets rouges dans la sainte barbe de la Victoire. Elle avait volé en éclats et une partie de son équipage avait été transformée en viande hachée. Le 24 décembre, un pécheur est arrivé en courant sur la place de l’église. Il gueulait comme un goret ... »

Le docteur rota à nouveau et piqua brusquement du nez sur son pourpoint crasseux. Il se mit immédiatement à ronfler, presque sans altérer le rythme de son histoire.

- « Le miracle, gros cochon, c’est que tu te sois endormi avant de poser tes sales pattes sur nous. A ton âge, il faut choisir entre la gaudriole et la bouteille. De toute façon t’es aussi lamentable pour l’une que pour l’autre.

- Tais-toi Geneviève. S’il t’entend tu auras encore droit au fouet. On ne peut pas se permettre d’attraper une fièvre. Le second lieutenant m’a dit qu’on en avait encore pour près de deux semaines avant d’atteindre Fort Dauphin et au moins autant après pour arriver à l’île Bourbon. Avec la chaleur qu’il fait et les cochonneries qu’on mange on a intérêt à rester solide si on ne veut pas finir au fond de ce putain d’océan comme Mado et Agnès.

- Marie a raison. Arrête un peu Geneviève. Tu sais très bien qu’ils n’abîmeront pas ta jolie gueule, mais on en a marre de subir les effets de ta petite guerre contre tout le monde. On pourrait être comme des reines sur ce bateau si tu cessais un peu de les ridiculiser. Tu as oublié d’où on vient ?

- Non. Je n’ai certainement pas oublié d’où je viens. Mais j’ai très bien compris vers où on allait. On était des moins que rien à Nantes, mais si on se débrouille pas trop mal, on sera comme des princesses d’ici un mois ou deux. Mon ancienne vie, je l’ai jetée à la flotte quand on a passé la digue du port de Nantes. Et vous il est temps que vous le compreniez. On n’est plus des catins maintenant. Dans pas longtemps il y aura au moins trois douzaines de petits coqs qui viendront faire la roue devant nous et mettre leur fortune à nos pieds. Tant que vous vous laisserez tripoter par ce sale porc de Bonenfant ou n’importe qui d’autre, vous garderez votre condition de fille de taverne. Moi je poserai le pied sur Bourbon en princesse.

 

Elles étaient parties depuis près de 5 mois. Enrôlées, de gré ou de force, dans les bouges du port et dans les cachots de l’évêché, pour participer activement au peuplement de l’île Bourbon. Les marins et les soldats qui y vivaient depuis plusieurs décennies déjà se transformaient doucement en paysans, et le Roi lui-même avait ordonné que soient envoyées des femmes afin d’assurer une descendance à ces colons. Plutôt que de se lancer dans une hasardeuse recherche de candidates a l’exil, le docteur Amédée Bonenfant, à qui cette mission de recrutement très particulière avait été confiée, avait préféré la solution de facilité. Il avait invité douze jeunes filles qui ne pouvaient invoquer ni le roi ni l’église pour les défendre, à embarquer sur un trois mâts de la compagnie des Indes. Pour s’éviter le déplaisir d’essuyer des refus, le docteur accompagnait ses invitations d’une escouade de gardes aimablement prêtés par la compagnie elle-même.

La Garonne avait appareillé vers la mi-juillet 1683, avec à son bord de l’outillage, des animaux de ferme et des semences, ainsi que « ces dames » comme le docteur se plaisait à les appeler. Elles avaient été installées dans la partie arrière du bateau, dans une grande pièce qui se trouvait sous la dunette. Sans contact avec l’équipage à l’exception des matelots qui étaient de corvée à l’arrière, elles étaient par contre régulièrement soumises aux ardeurs viriles des officiers qui avaient bien vite troqué leur mépris envers ces filles à matelot, pour des manières grivoises assez inhabituelles à bord d’un navire de la Compagnie.

La descente le long des côtes africaines avait été interminable. Une fièvre foudroyante avait emporté Madeleine avant qu’ils ne passent la ligne. Puis ça avait été au tour d’Agnès, qui s’était discrètement laissée tomber dans le sillage du bateau, un soir ou la mélancolie qui ne la quittait pas depuis le départ s’était faite un tout petit peu plus pesante qu’à l’habitude.

Ils avaient passé le Cap au début du mois de novembre, et avaient entamé leur remontée vers la grande île sous une chaleur étouffante. Ils atteignirent Fort Dauphin le 4 décembre, avec plus d’un mois de retard sur les prévisions les plus pessimistes du capitaine. L’escale qu’ils avaient prévue relativement longue afin de débarquer les animaux survivants pour les faire paître, fut réduite au strict minimum. Les alizés, ces précieux et fidèles auxiliaires de la marine à voile avaient entamé leur pause estivale. La saison des cyclones commençait et il devenait urgent d’arriver à Bourbon avant que la navigation ne s’apparente à une partie de colin-maillard avec le diable.

A Fort Dauphin, ils embarquèrent une dizaine de soldats et un prisonnier. Un grand malgache qui avait conduit une expédition de guerriers à l’assaut du camp retranché Français, et qui s’était fait prendre alors qu’il essayait de s’enfuir avec une partie du troupeau. Il n’avait dû la vie sauve qu’à la cupidité du commandant de la place qui pensait, à raison d’ailleurs, qu’un gaillard de ce calibre se monnayerait sans doute fort cher chez les gros paysans de Bourbon.

  - Marie, tu as vu cet homme sur la plage près du docteur ? On dirait qu’ils l’embarquent, ils vont l’emmener sur le bateau. C’est la première fois que je vois un noir. Il est loin mais il ne ressemble pas à un singe comme on voyait sur les gravures du vieil Antoine. Tu crois qu’on pourra le voir de près ? Lui parler ?

- Ça m’étonnerait. A mon avis ils vont le mettre dans la cale avec une ou deux grosses chaînes aux pieds. Et c’est mieux comme ça, ils me font peur à moi ces gens-là. D’abord on ne sait même pas s’ils ont une âme. Et ils ne savent pas parler, c’est l’abbé Gringoire qui l’a dit. Et puis regarde-le, il est presque nu.

- C’est vrai qu’il est presque nu. Je ne sais pas s’il a une âme ou s’il sait réciter des Pater mais en tout cas, vu d’ici il est moins laid que ce gros lard de Bonenfant.

- Ma pauvre Geneviève, ta haine envers le docteur te brouille le sens commun. Comment peux-tu dire une chose pareille ? C’est un sauvage. Prie plutôt pour qu’il ne s’échappe pas pendant la traversée. Je préfèrerai me jeter à l’eau comme Agnès plutôt que de le laisser m’approcher.

- Le sens commun ! Non mais regarde les tous sur la plage. Le seul qui se tienne comme un prince c’est lui justement. Tous les autre, ils ressemblent à de gros sacs emplumés à côté de lui.

 

Ils reprirent la mer le 6 décembre, avec une navigation éprouvante en perspective. Eprouvante pour les hommes et le bateau puisqu’il leur faudrait naviguer au près pendant 15 à 20 jours, contre une méchante petite mer qui les secouerait jour et nuit. Eprouvante pour les âmes surtout car ils savaient tous, du capitaine au plus jeune des mousses, qu’ils risquaient à tout moment de croiser la route d’un cyclone. Et croiser la route d’un cyclone c’était pire que de rencontrer le hollandais volant. C’était la mort assurée. Tout de suite ou au bout de longues semaines d’errances dans ces mers désertes.

Ils naviguèrent sans problèmes pendant 17 jours, en prenant bien soin de rester sur la bonne latitude. Le moindre écart risquait de leur faire rater l’île Bourbon qui n’était finalement rien d’autre qu’un pois au milieu de l’océan. Et s’ils ne tombaient pas dessus, ils ne sauraient pas s’ils devaient continuer ou rebrousser chemin, n’ayant aucun moyen d’estimer leur longitude. Si le beau temps se maintenait toutefois, le risque de manquer l’île était minime. Elle était très montagneuse d’après ce qu’en avait dit le commandant de Fort Dauphin, ce qui lui assurait un chapeau de nuages qui ne serait pas difficile à repérer. Depuis deux jours déjà, il y avait trois matelots postés en permanence à la vigie, du lever au coucher du soleil ; et le capitaine faisait mettre le bateau en panne pendant la nuit pour ne pas courir le risque de la doubler sans la voir.

 

Ce 23 décembre 1683, dans les hauts du quartier Saint-André, à l’est de l’île Bourbon, Benjamin Hoareau défrichait une nouvelle parcelle du terrain qui lui avait été attribué par le gouverneur 3 ans auparavant. Après une parenthèse maritime de 20 ans, il avait finalement retrouvé la profession qu’il avait cherché à fuir en quittant sa Bretagne natale.

Alors qu’il retournait vers sa case, il remarqua une nuée trouble très loin à l’est et il perçu le bruit, inhabituel à une telle distance de la mer, que faisaient les galets de la côte sous l’effet de la houle qui grossissait. Un cyclone arrivait. Rapidement à en croire la vitesse à laquelle le ciel se couvrait. Il pressa le pas pour remiser ses poules dans sa case et protéger ce qui pourrait l’être et il se prépara à subir une nouvelle fois cette calamité du ciel.

 

 

(suite)

 


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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 06:00


Calme. Trop calme.

Je ne bouge pas. Je sais ce qui m'attend si j'essaye.

Il est là, dans le noir, aux aguets, désirant la faute.

Je scrute l'obscurité, quelle patience il a.

Il ne bouge pas, l'oreille tendue. Depuis combien de temps ?

Je ne peux pas rester là, il faut que je me sauve.

Je me précipite vers la porte.

Claquement assourdissant, cri de rage et de dépit.


Eh bien, tu ne m’as pas eu, saleté d'humain !

DidierV

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 00:00

Un arc et des flèches


Sébastien Ayreault


J’ai acheté mon premier paquet de clopes à 11 ans, un paquet de Marlboro Rouge. Pour ça, j’avais dû piquer une pièce de dix balles dans le porte-monnaie de ma mère. Je me souviens bien du gars qui me l’a vendu : il s’appelait Eugène. Outre qu’il avait constamment la gueule dans le brouillard à cause de sa gitane maïs qui ne quittait jamais ses lèvres et que ses lèvres ne disaient jamais plus de trois mots, il avait, au bout d’un bras maigre comme tout, une main en bois qu’on avait parfois envie de toucher, et parfois pas. Peut-être bien que c’était du chêne, mais sûrement pas du sapin, encore moins du contre-plaqué. Sûr. Enfin bref, Eugène refourguait aussi des magazines qui vous agrandissaient la pupille, magazines que je n’avais jamais les moyens de m’acheter. Ce que je veux dire par là, c’est que si j’avais piqué de quoi m’acheter ce genre de magazines dans le porte-monnaie de ma mère, je veux dire, ça aurait fait plus que des plis sur la surface de l’eau. Et si t’ajoutes au fait qu’on n’avait pas d’étang dans le jardin, le fait, que je n’avais pas du tout envie d’arrêter de fumer… D’ailleurs, en vous parlant de tout ça, je m’aperçois que ma toute première cigarette, c’était peut-être bien avec ma grand-mère. Une menthol. Peut-être bien qu’on était au bord de la mer, du côté de Notre Dame de Monts, peut-être bien qu’elle fumait en maillot de bain à fleurs sous les immenses peupliers, et peut-être bien que je lui ai demandé le goût que ça avait, alors elle m’a filé sa clope, j’ai tiré dessus, et elle a ri. Il est dans mon oreille le rire de ma grand-mère, juste-là, quand je le tape sur les touches de mon clavier. Après ça, après ça je suis parti avec mon arc et mes flèches jouer aux indiens dans les dunes. Parce que dans les dunes, on y voyait la même chose que dans les magazines d’Eugène, des choses qui vous agrandissaient la pupille. Et allez savoir, assis là, à regarder toutes ces jolies choses dans le creux des dunes, j’ai vite pigé qu’un paquet de clopes me serait plus utile qu’un arc et des flèches.

En savoir plus...  : 

Ce texte est aussi publié  dans le numéro 42 de la revue  RAL, M  (une fort bonne adresse de lecture en ligne...).

La fiche auteur de Sébastien se trouve : 
ici.



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